David Booth est probablement le journaliste automobile le plus chanceux en Amérique du Nord: il a testé plus de _supercars que n’importe qui d’autre. Pensez McLaren P1, Porsche 918, Ferrari LaFerrari et même la très exclusive Jaguar C-X75 – qui incidemment n’a jamais été menée en production._

Chanceux, voire… «maudit chanceux», dit son cousin de Gatineau, Robert Sigouin. Car devant ce quarantenaire qui en bave pour les bolides exotiques, David n’a aucun scrupule à étaler ses expériences.

Voici d’ailleurs ce qu’il lui raconte après avoir testé la nouvelle Aston Martin DBS Superleggera 2019, dernière venue dans la famille britannique.

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Berchtesgaden, Allemagne – Salut Bobby, comment ça va? Désolé si la dernière fois, je t’ai mis au volant d’une Toyota Camry plutôt que d’une Honda Accord. Tu sais, cher cousin, une berline japonaise ou une autre, pour moi, c’est tellement du pareil au même…

Encore une fois, tu me demandes où je me suis envolé dans le monde et pour y conduire quel supercar? Attends, laisse-moi réfléchir: cette semaine, c’était… non, pas en Italie pour piloter sur circuit un bolide «a-Bobby-nablement» super puissant (excuse-la…).

Non, j’étais en Bavière et il ne s’agissait pas d’une hyper-voiture; j’avais plutôt affaire à une GT: la nouvelle Aston Martin DBS Superleggera 2019.

Bon, une super GT, disons. Certes, on n’est pas dans l’aussi rapide que la McLaren Senna dont je t’ai entretenu le mois dernier, mais avec 715 chevaux sous le capot et une vitesse de pointe de 338 km/h, c’est certainement assez… super proche pour que tu me sortes ton «Sacrament», tes points d’exclamation et même un «Holy Crap, Dave!».

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De fait, Marek Reichman, Monsieur Aston Martin lui-même – officiellement, il est le designer en chef de la marque anglaise – dit que sa toute dernière création sur quatre roues est la «brute en complet-veston» qu’on attendait du fief de Gaydon. C’est, pour lui, une façon comme une autre de dire que la DBS Superleggera viendra rejoindre les Ferrari 812 Superfast de ce monde.

Autrement dit, Bobby, encore une fois, tu n’y échappes pas: tu vas devoir te montrer jaloux de ton cousin et dire qu’il a vraiment le meilleur job sur terre.

Essentiellement, le V12 bi-turbo de 5,2 litres de l’Aston Martin DB11 a été retravaillé pour que lorsque tu le pousses à fond, la DBS exploite ses 715 poulains, mais surtout ses 664 lb-pi de couple.

Laisse-moi te dire que c’est ce torque qui domine toute l’expérience au volant de la Superleggera. D’autant qu’il s’invite aussi vite qu’à 1800 tr/min de révolutions! C’est dire qu’importe où et à quelle vitesse tu roules, le bolide anglais répond comme le ferait le Faucon Millenium de Star Wars – en overdrive, s’il vous plaît.

Un exemple? Un instant, tu végètes derrière un gros dix-huit roues, l’instant d’après, tu ne fais que chatouiller la pédale de droite (oh, si peu…) et te voilà littéralement transporté dans une autre Galaxie.

Peu de voitures – pas même la McLaren P1 – peuvent égaler pareille rapidité en dépassement. Cette DBS impressionne, tellement elle «déménage», comme vous dites en français. Oh, sûr qu’il y a des voitures plus rapides au fil d’arrivée. Quelques-uns atteignent même des vitesses de pointe encore plus élevées.

Mais je vais te dire, Bobby: très peu sont aussi empressées une fois que les roues tournent. Véritablement, le dernier V12 d’Aston Martin est une force de la nature. Pas mal, pour le premier turbo «ever» fabriqué par la marque.

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Même que… c’est un peu trop puissant. Non non, écoute-moi, Bobby, je suis très sérieux: c’est trop puissant pour les autres organes motopropulseurs.

De fait, même si les ingénieurs ont musclé la transmission à huit rapports, les trois premiers passages doivent (sur)vivre avec un couple limité, sinon tout se disloquerait à chaque burn tenté sur les Pirelli PZeros 305/30ZR21.

Mais crois-moi sur parole (est-ce que je t’ai jamais menti?): à ces trois premiers rapports, on obtient quand même jusqu’à 600 lb-pi de torque, selon qu’on sélectionne le mode GT, Sport ou Sport Plus. On n’y voit que du feu… surtout toi, versus ta Honda Accord.

Je t’entends, Bobby: tu me demandes, comme toujours: comment ça se conduit, cette Superleggera? Ça se conduit très… supercar, parole d’un cousin qui s’en est donné à coeur joie sur les routes sinueuses autour de Berchtesgaden. (Si cette localité te semble familière mais que tu n’arrives pas à savoir pourquoi, fais une recherche Google avec «Nid d’Aigle» et «Adolf Hitler»…)

Ça se conduit très supercar, merci à la caisse surbaissée et au centre de gravité réduit, gracieuseté (entre autres) du capot et du toit en fibre de carbone. On ne s’appelle pas SuperLeggera – «super léger» – pour rien!

La voie est plus large, ce qui anéantit pratiquement le roulis. Oh, et l’appui aérodynamique grimpe à 180 kg – du jamais vu pour une Aston Martin de production, nous assure Reichman.

Conséquence: à haute vitesse, la DBS s’enfonce littéralement dans le tarmac. Que tu lances ce grand coupé 2+2 dans un virage en épingle (eh oui, c’est ce qu’on a fait) ou que tu attaques l’Autobahn à 338 km/h (euh… non; il y avait trop de circulation), cette grosse DBS gère avec aplomb l’une comme l’autre de ces situations.

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Et ici, «grosse» est le mot-clé. Sérieusement, Bobby, la voiture semble plus large qu’un camion-citerne, tellement elle remplit sa voie.

Oui, elle est quelque 70 kg plus légère qu’une DB11, mais elle est aussi plus large de presque 2cm au niveau des hanches. Imagine: elle fait presque deux mètres de droite à gauche – 1968mm, pour être exact.

Et tu sais quoi? Cet arrière-train surdimensionné est possiblement l’élément qui fait que cette SuperLeggera est la plus sexy de toutes les Aston Martin deux portes jamais produites ces dernières années.

Reichamn peut bien discourir, dans son jargon de styliste, de courbes voluptueuses, de lignes acérées et de répartition inédites des proportions, mais entre toi et moi, cher cousin de Gatineau, faisons simple: on est devant la voiture avec le plus de sex-appeal jamais offerte par une compagnie – pourtant réputée pour ses designs sensuels.

Même avec toi à son volant, Bobby, tu pourrais ramasser les chicks!

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En comparaison, l’habitacle est plutôt… ordinaire. Oh, il est luxueux comme il se doit, avec ses découpes de fibre de carbone et son cuir de la firme écossaise Bridge of Weir. (Ça, c’est la garantie que la peau de l’animal, parce qu’elle n’a été piquée ni par les moustiques, ni par les fils de barbelés, est super… parfaite).

Mais comme la DBS coûte quelque chose comme 100 000$ de plus que pour l’Aston Martin DB11, le fait qu’elle soit intérieurement habillée de manière presque identique est surprenant.

Cela dit, je ne suis pas sûr que ceux qui magasinent sérieusement la DBS vont faire la moue devant cet habitacle «ordinaire» – selon les standards de Gaydon.

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De fait, je suis pas mal sûr que la recette du supercar va fonctionner encore ici: des performances assez démentes pour déchirer les pneumatiques, combinées à une silhouette «too sexy for my car»…

… et les amateurs vont se garrocher pour qu’Aston Martin prenne leurs 365 434$.

Oh, une dernière chose, Bob: j’ai un super cadeau pour toi. Mais ne pars pas en peur; je sais que tu mourrais d’envie de trouver pareil bolide dans ton entrée de garage. Je sais que tu mourrais d’envie juste de conduire, ne serait-ce qu’un instant, pareil bolide.

Désolé, mon cher cousin, ce n’est pas ce que je t’offre comme présent. Plutôt, je te rapporte… une super bouteille d’eau à l’effigie d’Aston Martin. Hey, arrête de te plaindre, Bobby: c’est mieux qu’un T-shirt…