La présentation du prototype Jaguar C-X75 présenté au Salon de Paris de 2010 a ravivé la flamme en ce qui a trait à la seule et unique supervoiture produite en série par la firme britannique, la XJ220. Cette première véritable tentative du constructeur de s’immiscer dans le segment des bolides exotiques va marquer le début des années 90, au même titre que la Porsche 959 et la Ferrari F40 issues de la même période. Voici l’histoire de la Jaguar la plus rapide de l’histoire.

Au début des années 80, Jaguar n’était vraisemblablement pas aussi en santé qu’aujourd’hui. Pour ramener les amateurs sous le giron de la marque, il fallait impressionner, surprendre et gagner en course automobile! Mais, les budgets étaient limités, surtout pour développer une supervoiture dont la production serait limitée.
Une équipe formée d’une douzaine d’ingénieurs sera donc formée afin qu’elle travaille après les heures régulières, et ce, sans salaire dans l’unique but de développer cette première véritable exotique.

Cette équipe portait affectueusement le surnom de « Saturday Club ». La voiture devait s’inspirer de la mythique XJ13 sur le plan du design, tandis que le côté technique se devait d’impressionner la galerie… évidemment! De plus, le développement de la voiture coïncidait avec l’anniversaire de l’exploit réalisé quarante ans plus tôt par la Jaguar XK120, cette dernière ayant atteint la vitesse de 120 milles à l’heure. Le nom XJ220 fut donc retenu, la vitesse de pointe visée étant de 220 milles à l’heure (354 km/h).

La voiture concept allait être équipée d’une traction intégrale, d’une direction aux quatre roues et d’une aérodynamique variable, la voiture devant être capable de se transformer pour une utilisation sur circuit. Bien entendu, la mécanique se devait également d’être à la hauteur. Un V12 construit à seulement cinq exemplaires pour la course automobile était envisagé, mais ce dernier s’avérait trop complexe pour le projet.

Le partenaire Tom Walkinshaw Racing sera donc mandaté par Jaguar afin qu’il développe un V12 similaire avec quatre soupapes par cylindre et une puissance estimée à 500 chevaux. Jaguar va ensuite approcher la firme FF Developments pour qu’elle élabore un système sophistiqué de traction intégrale, celle-ci ayant déjà fait ses classes avec la Jensen Interceptor FF plusieurs années auparavant.

Les hauts dirigeants de Jaguar seront suffisamment impressionnés pour autoriser la production d’une voiture concept afin de prendre le pouls du public. Dix mois plus tard, le concept XJ220 allait enfin être présenté au public.

Au Salon de l’Auto britannique de 1988, Jaguar va soulever le voile de sa dernière création, le concept XJ220. La réaction des amateurs sera unanime. La XJ220 venait de voler la vedette à la récente Ferrari F40 qui se trouvait également à l’exposition britannique. Jaguar va amasser suffisamment de dépôts de la part de clients fortunés pour autoriser la production limitée de la XJ220 dont le prix annoncé était de 361 000 £ (580 000 $ US). En vérité, le prix de base dépassera le cap des 400 000 £ lorsque la commercialisation débutera.

Les ingénieurs vont rapidement se rendre compte que leur super concept était trop complexe. Le moteur V12 était trop volumineux, ce qui allongeait inutilement la voiture, tandis que la traction intégrale et le système de direction aux quatre roues ne faisaient qu’alourdir la voiture.

Le douze-cylindres sera donc rapidement remplacé par un V6 biturbo de 3,5-litres, un moteur qui avait fait ses preuves dans l’Austin Metro 6R4 de Groupe B. Alimentée par deux turbocompresseurs Garrett T3, le V6 développait 542 chevaux et un couple de 476 lb-pi. Au point de vue historique, ce V6 était le premier de l’histoire du constructeur en plus d’être le premier moteur Jaguar à avoir recours à la turbocompression. Outre le fait que ce moteur s’avérait plus compact et plus léger, il avait aussi l’avantage d’être plus puissant que le V12 original. Pour transmettre la puissance aux seules roues motrices arrière, Jaguar va retenir les services d’une boîte de transmission manuelle à cinq rapports.

Malgré le fait que la voiture s’avérait plus agile et, surtout, plus rapide que prévu, plusieurs clients qui avaient déjà transmis leur dépôt initial voulaient désormais être remboursés à cause des changements importants apportés au concept initial. Plusieurs d’entre eux vont tenter de poursuivre en justice le constructeur, mais ce dernier aura le dernier mot.

Grâce à sa diète subie pendant le développement, la XJ220 de production va devenir, l’instant de quelques mois, la voiture de série la plus rapide du globe. Elle sera d’ailleurs surpassée par une autre belle anglaise, soit la McLaren F1. Avec le 0-97 km/h parcouru en 3,8 secondes, la XJ220 était loin d’être une tortue. La vitesse de pointe enregistrée sera donc de 213 milles à l’heure ou 343 km/h.

Il faut dire que son châssis en aluminium faisait en sorte que la voiture était extrêmement rigide, le poids total étant limité à seulement 1470 kg. Les jantes étaient une gracieuseté du fournisseur Speedline, tandis que les pneus avaient été spécialement développés par Bridgestone pour cette voiture. Quant aux freins à disques à quatre pistons et à l’embrayage, ils provenaient de la compagnie AP Racing.

La production va s’étendre de 1992 à 1994 avec 275 exemplaires seulement de la XJ220. Celle-ci demeure à ce jour LA Jaguar de production la plus rapide de l’histoire.