…que j’ai croisé ce p’tit bout de femme, c’était au début de ma carrière dédiée à l’automobile. Alors rédacteur en chef du magazine Québec Tuning, j’étais affecté à la couverture du championnat canadien de drift, le DMCC (pour DriftMania Canadian Championship).

Je suivais tant bien que mal les activités de ce championnat disputé presque entièrement dans la Belle Province, des réunions de pilotes aux tandems endiablés sur la piste. Marie-Laurence Paquin semblait déjà faire partie de la gang lors de ces « drivers meeting », elle qui parlait à tout le monde, avec une assurance et un calme qu’on reconnaît parfois à certains pilotes.

C’est toutefois plus tard que j’ai recroisé et enfin rencontré la principale intéressée, à l’occasion d’un reportage sur l’école de pilotage Jim Russell. Je m’y étais inscrit tout d’abord pour parfaire ma technique, mais également pour m’amuser au volant de ma vénérable Mitsubishi Lancer Evolution GSR 1993. Évidemment, j’avais aussi un texte à pondre sur cette expérience de trois jours.

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Au milieu des instructeurs de pilotage se trouvait justement Marie-Laurence. Au fil des rotations d’instructeurs, la passionnée de conduite s’est finalement retrouvée au volant de ma conduite à droite, abordant les virages du Circuit du Mont-Tremblant comme si de rien n’était.

Je me souviens également qu’elle m’avait complimenté sur ma vieille voiture qui contrastait avec les Porsche 911 et BMW M3 stationnées dans les puits, un petit velours, je dois l’avouer, à côté de ces grosses pointures. Bien entendu, elle m’avait donné quelques points à surveiller pour améliorer ma ligne de course, c’est son boulot après tout!

VA : Ça vient d’où cette passion pour les autos?

MLP : J’ai toujours aimé les voitures, même quand j’étais petite. À huit ans, j’étais contente parce qu’il me restait seulement huit autres années avant de pouvoir obtenir mon permis de conduire. À onze ans, mon père qui était déjà un passionné de course automobile a décidé de nous emmener, mon frère et moi, à une piste de karting amateur. J’ai tout de suite eu la piqûre!

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VA : Comment tout a débuté pour toi… dans le monde du sport motorisé bien sûr?

MLP : Les années suivantes, je me suis retrouvée en karting avec mon père qui était bien heureux d’accompagner sa fille à la piste. J’ai ensuite grimpé à la Formule 1600, une série passablement plus coûteuse. J’ai également beaucoup appris lors des épreuves du Grand-Prix de Trois-Rivières, du Molson Indy à Toronto ou à celle du Mont-Tremblant. C’est à ce moment que je me suis rendu compte que je voulais vraiment faire ça le métier de pilote automobile.

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En 2007, Marie-Laurence fait l’acquisition d’une Nissan 240SX 1995, une plateforme idéale pour s’adonner au merveilleux monde de la drift. De dérapage en dérapage, elle modifie sa voiture à roues arrière motrices de manière à ce qu’elle soit compétitive sur un circuit. Elle la possède encore d’ailleurs. Au fil des années, elle loue des voitures au sein du CTCC (Canadian Touring Car Championship) simplement pour savourer à nouveau le plaisir de piloter une voiture sur un circuit.

VA : Ça fait déjà un bout que tu pratiques le métier de cascadeuse. Pourquoi avoir choisi ce métier?

MLP : Je connaissais déjà des gens dans le monde de la cascade au Québec. Certains d’entre eux m’ont approché en reconnaissant mes habiletés en pilotage, mais également pour mes connaissances en arts martiaux. Je me suis aussi rendu compte que ce métier me permettrait de continuer à vivre ma passion pour l’automobile.

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VA : Le métier de cascadeuse, ça s’apprend?

MLP : En fait, ça te prend une bonne « démo » pour te démarquer dans cette industrie. Avec les différentes vidéos à saveur automobile et quelques cascades à mon actif, c’est plus facile maintenant. Mais au début, ça ne l’était pas, le milieu étant plutôt fermé. Il n’y a pas beaucoup de filles et le travail n’est pas aussi abondant qu’avec les cascadeurs masculins. À mon avis, nous sommes entre 20 et 30 filles qui pratiquent au Québec.

VA : Quelle est la cascade dont tu es la plus fière?

MLP : C’est sans aucun doute celle où je déboule les marches avec un autre cascadeur dans le film The Factory de 2012. Disons qu’il fallait être parfait pour la réussir, et à cause d’une erreur de production, il a fallu la refaire. Je me suis même blessée lors de la deuxième tentative, rien de grave heureusement!

VA : Justement, une cascadeuse, ça se blesse souvent?

MLP : Évidemment, le but premier est de ne pas se blesser en s’entraînant et en se préparant, mais oui, ça arrive! Par exemple, dans cette scène de l’escalier, je portais une robe. Je ne pouvais donc pas vraiment ajouter de la protection. Les garçons ont cet avantage de pouvoir dissimuler de la protection sous leur pantalon.

VA : Tu as mentionné plus tôt que le travail n’était pas si fréquent dans le domaine de la cascade. Est-ce pour cela que tu donnes des cours de pilotage?

MLP : J’ai toujours aimé enseigner, c’est toujours différent. Je dois m’adapter à l’étudiant et je dois trouver le moyen de lui apprendre à mieux réagir avec sa voiture. Au Québec, malheureusement, les cours de conduite ne permettent pas d’apprendre ces méthodes à prendre lors des situations d’urgence. C’est ce que j’essaie de transmettre à ceux et celles qui s’inscrivent à mes cours.

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VA : Et le métier de chroniqueuse automobile, c’est un prolongement des autres carrières?

MLP : J’ai étudié en communications à l’université et mon intérêt était pour le volet télévision. Je me suis dotée des outils pour faire des reportages avec cette formation. Au fil des années, j’ai produit des capsules pour différentes publications. Ça m’a également permis de développer des concepts pour la télévision, des documentaires en lien avec ma passion pour l’automobile comme Rapides et Millionnaires à ZTélé, notamment.

VA : En terminant, le fait d’être future maman va-t-il te pousser à reconsidérer tes différents choix de carrière?

MLP : C’est certain qu’à court terme, je vais devoir cesser toute activité risquée pour le bébé, la cascade, le sport motorisé et même parfois les reportages comportant des risques, mais aussitôt que je pourrai, je vais retourner derrière un volant, une caméra ou même sur un plateau de tournage.