Ce n’est pas le choix qui manque dans le créneau des berlines de luxe intermédiaires. Les consommateurs peuvent lorgner du côté des allemandes (Mercedes-Benz, Audi ou BMW), des japonaises (Lexus, Infiniti ou même Acura), des américaines (Cadillac et un peu Lincoln) et même des coréennes avec Hyundai et Kia qui proposent des alternatives hyper équipées. Mais qu’en est-il du penchant italien?

Assurément moins répandue comme marque en Amérique du Nord, Maserati entend changer la perception du public mondial en produisant des véhicules plus abordables, mais toujours aussi passionnants. La sportive Gran Turismo est là depuis un bon moment déjà et demeure une voiture de niche, un qualificatif qui peut aussi s’appliquer à la Quattroporte, une prestigieuse berline introduite en 2014 qui peine encore à s’imposer face aux ténors de la catégorie.

Au bas de la gamme, la Ghibli est sans contredit une porte d’entrée plus facile à faire avaler à votre banquier. À 83 800 $, la Ghibli de base demeure une belle dépense pour le commun des mortels, mais pour certains d’entre nous, rouler à bord d’une voiture tatouée du trident représente une occasion de faire bonne première impression.

Toutefois, pour une expérience un peu plus relevée, il faut accepter d’allonger quelques écus supplémentaires. Le modèle S est celui qu’il faut privilégier si, bien entendu, vous êtes du genre mélomane. Voyez-vous, la Ghibli S est munie d’un V6 biturbo assemblé chez Ferrari qui laisse entendre sa symphonie à tous ceux qui se trouvent à proximité de la berline.

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Déjà, au premier coup d’œil, cette italienne séduit par sa silhouette hors du commun et sa carrosserie bleue « Emozione ». Ce bouclier arborant le trident et ces phares pincés annoncent déjà les couleurs de la voiture. Le capot plongeant et ces trois trappes d’aération sur les flancs sont également à souligner, tout comme les jantes optionnelles Urano de 20 pouces de diamètre. La portion arrière n’est pas en reste, elle qui propose une fenestration latérale qui se termine en pointe, le pilier C portant fièrement l’écusson de la marque de Modène, tandis que les feux de position s’occupent d’envelopper le tout avec ce coffre arrondi. Bien entendu, ces quatre tuyaux d’échappement indiquent les intentions de cette dame en bleu.

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La marque Maserati a beau avoir une histoire plus qu’enviable derrière elle, il n’en demeure pas moins qu’elle fait partie intégrante du groupe FCA qui regroupe toutes les divisions de Chrysler (Chrysler, Dodge, Jeep et Ram), mais également celles de Fiat (Fiat, Alfa Romeo, Lancia et Maserati), Ferrari ayant été séparé du géant italo-américain au début de l’année en cours.

Disons que le lien de parenté avec Chrysler saute aux yeux aussitôt qu’on prend place à bord de la Ghibli. La panoplie de boutons provenant du catalogue américain – de l’ouverture des fenêtres à l’écran du système de divertissement sans oublier la molette pour les phares – n’est pas un crime en soi, surtout auprès des non-initiés, mais pour les autres, ceux qui accordent une importance capitale au prestige de la marque, il s’agit assurément d’une déception. Disons qu’il y a une marge entre une Dodge Dart et une Maserati Ghibli, n’est-ce pas? Et pourtant, ces deux voitures partagent quelques touches plastifiées.

Heureusement, au-delà de ce détail technique, la Ghibli propose une position de conduite facile à trouver et assez prêt de la perfection, les sièges de la première rangée étant moelleux à souhait. À ce niveau, un peu plus de support aurait été bienvenu, quoique la Ghibli S Q4 ne soit pas encore considérée comme une « tueuse de BMW M5 » si vous voyez ce que je veux dire!

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Si la sellerie en cuir vient d’office avec le chauffage intégré, il faut payer pour obtenir la ventilation (!), mais bon, ce n’est pas la première fois qu’un constructeur de prestige trouve le moyen de faire payer sa clientèle en moyens. Le volant, recouvert de cuir et d’une fine ligne en bois véritable est à mon avis trop gros pour le tempérament sportif de la Ghibli S. Un diamètre réduit aurait sans aucun doute rendu l’expérience plus sportive. Les immenses palettes attachées à la colonne de direction ne plairont certainement pas à tout le monde, mais en revanche, je dois l’avouer, ces dernières sont agréables à manipuler lorsque la route se tortille devant soi.

Le levier de vitesse de la boîte automatique est quant à lui un irritant au quotidien. Le passage entre les P, N, R et D n’est pas toujours fluide et complique quelque peu les manœuvres. Certes, ceci n’affecte pas la conduite, mais lorsqu’est venu le temps de se garer, c’est plus ardu!

À l’arrière, les passagers sont eux aussi bien nantis en matière de confort et même d’espace, malgré cette fenestration qui semble rétrécir la cabine. Quant au coffre pouvant être ouvert automatiquement, il s’agit d’un gadget optionnel qui facilite la vie à l’occasion.

Heureusement, une Maserati est une voiture qui inspire au pilotage. Au diable les liens avec FCA, cette berline a une âme et c’est là-dessus que je me dois d’insister. Ce V6 biturbo de 3,0-litres a beau naître dans une usine Chrysler, c’est Ferrari qui s’occupe de l’assemblage final. Sous cette capote plastifiée servant d’écran thermique se cache une symphonie italienne qui ne demande qu’à chanter.

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Le hic, du moins pour l’auteur de ces lignes, c’est que l’habitacle de la voiture est assez bien insonorisé. Les piétons ont donc les meilleurs sièges pour cet opus en six cylindres. Pour profiter au maximum de cette musicalité, il vaut mieux baisser les fenêtres, trouver un tunnel, rétrograder en troisième vitesse et appuyer sur le champignon. C’est à ce moment que la Ghibli s’anime réellement.

La sauce n’est pas assez épicée? Pas de problème. Le bouton Sport, logé à côté du levier
de vitesse, s’occupe d’aiguiser les réactions de la mécanique, la transmission devenant plus rapide, la direction étant plus chirurgicale et le système d’échappement, eh bien, disons seulement qu’il rappelle à votre voisinage que vous êtes un excentrique!

Il est également possible de raffermir la suspension à l’aide d’un autre bouton, mais sur une route bosselée québécoise, il est préférable de laisser celle-ci en mode Confort. Les accélérations ont beau être mélodieuses, la Ghibli doit tout de même composer avec son poids de 1870 kg, les deux turbos accusant également un léger délai, mais rien pour écrire à sa mère. Et pour stopper les ardeurs de cette voiture, les freins à disques mordent très bien, même dans les situations d’urgences. Pour l’avoir essayé à quelques reprises, je me dois de le confirmer!

Récapitulons si vous le voulez bien! Cette Maserati est un pas dans la bonne direction pour la division italienne. Le constructeur intéresse un auditoire plus vaste, le design est à la hauteur et le plaisir de conduite se trouve à un niveau plus qu’acceptable.

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Les quelques éléments partagés avec FCA vont certainement en refroidir quelques-uns, mais au final, acheter une Maserati Ghibli n’a rien de rationnel. En fait, cette voiture est bien à sa place aux côtés des Fiat 500 Abarth, Dodge Challenger SRT Hellcat et Jeep Wrangler de ce monde, trois véhicules qui n’ont absolument rien en commun (et qui ne retrouvent même pas dans la même salle de montre), mais qui suscitent tous un côté passionnel.