Il est environ 13 heures en ce dimanche de Grand Prix de Trois-Rivières lorsque je rejoins les gens de Nissan Canada qui venaient de mettre la table en prévision de la séance d’autographes des pilotes de la Coupe Nissan Micra. Devant la vingtaine d’hommes et de femmes pilotes, dont plusieurs revêtaient toujours leur combinaison de course, une foule massive s’agglutine, prête à rencontrer ceux et celles qui viennent de se battre en piste.

Certains pilotes sont moins connus et génèrent moins d’attention. C’est normal. D’autres le sont un peu plus, comme le vainqueur des deux courses du week-end et actuel meneur au championnat, Olivier Bédard. Plusieurs sont d’ailleurs allés recueillir sa signature.

Mais à vrai dire, c’est assez calme devant tous les pilotes, sauf devant un coureur aux cheveux gris, simplement habillé d’un jeans et d’un polo bleu. On ne peut compter le nombre de personnes qui attendent de le voir, lui parler, le toucher et, au passage, mettre la main sur sa griffe. Et n’oublions pas les autoportraits ; Michel Barrette devra se faire «sécher les dents» à plus d’une reprise pour le grand plaisir de ses fans.

Clairement, les gens viennent rencontrer la vedette, non le pilote.

Ce qui est fascinant, c’est de voir sa réaction à la visite de chacun: son attention est totale. Le plaisir évident qu’a l’homme à écouter ce qu’on lui raconte en dit beaucoup sur ce qu’il est.

Michel aime le monde comme le monde l’aime ; c’est aussi simple que cela.

HeapMedia488285

Lorsque Michel se lève pour se retirer dans ses quartiers, il laisse des amateurs en attente. S’il n’en tenait qu’à eux, le comédien-humoriste aurait eu à passer le reste de la journée à les rencontrer.

Au passage, je lui fais signe à propos de notre entrevue et il acquiesce en m’indiquant que ça va se dérouler sous la tente où repose sa voiture, le temps qu’il puisse se rafraîchir.

Vivre pour les autres, c’est parfois drainant.

En l’attendant alors qu’il prend une bouchée et enfile une bouteille d’eau, des gens qui l’aperçoivent du coin de l’œil s’approchent. Comme une bête en cage, ses moindres gestes sont observés, scrutés. Comme l’animal en captivité, Michel n’a jamais bronché ; il est habitué.

N’empêche, tout ça fait réfléchir. Surtout, ça fait prendre encore plus conscience que derrière la vedette se trouve un homme.

HeapMedia488280

Au fait, si on ne connaissait pas si bien le livre ouvert qu’est Michel Barrette, on pourrait se demander ce que ce dernier fait au volant d’une voiture de course au Grand Prix de Trois-Rivières.

Sauf que…

Sauf que l’amour de Michel pour les voitures est bien documenté. D’ailleurs, c’est l’an dernier qu’il a fait ses premiers pas en Coupe Nissan Micra. Mieux encore: à cette même compétition de Trois-Rivières, son rêve le plus fou est devenu une réalité: courir en compagnie de ses deux fils, Martin et Nicolas.

Là-dessus, tout a été dit. Enfin, presque…

HeapMedia488286
(Crédit photo: Magazine Pôle Position)

En s’installant sur deux petites chaises pliantes derrière sa voiture, notre échange s’amorce sur le thème de cette deuxième édition, de ce deuxième rêve éveillé que l’homme vient tout juste de vivre. Il n’en faut pas plus pour qu’il nous livre le fond de sa pensée.

«Le rêve se continue, en fait. Et ce qui est incroyable là-dedans, c’est que c’est unique. Avoir la chance de vivre une passion du genre avec tes deux fils, ça ne se décrit pas. Il y a peu de sports qui permettent ça.»

Sur ce point, Michel Barrette a entièrement raison. La course automobile, parce qu’il est possible de la pratiquer au-delà de la cinquantaine, permet de se mesurer à ses propres enfants. Ça s’est vu souvent dans la série NASCAR, par exemple.

Cependant, rarement avec DEUX fils. La chose est très rare. Dale Earnhardt, la légende NASCAR, a eu cette chance avant son décès et tout comme pour Michel Barrette, c’est avec une étincelle particulière qu’il avait raconté son expérience.

Au hockey, le grand Gordie Howe a pu jouer avec ses deux fils. Michel Barrette n’est pas un athlète au même titre que les deux autres, mais là n’est pas la question. L’émotion ressentie par le père, elle, est la même.

Ça dépasse le cadre du sport.

Cette seconde édition de la Coupe Nissan Micra pour lui à Trois-Rivières, lui a-t-elle apporté quelque chose de différent ? «L’an dernier, mes fils venaient me demander des conseils et on se battait en piste. Cette année, c’est moi qui suis allé les voir pour obtenir leur aide et ils ont roulé loin devant moi. C’est vraiment le cas classique du maître qui a été surpassé par l’élève.»

HeapMedia488291

À travers ses paroles, on sent toute l’émotion du père, de l’homme. Michel Barrette a beau être une des personnes les plus authentiques qui soit, lorsqu’il parle des moments privilégiés qu’il a vécu avec deux de ses fils, son humanité est repoussée à un autre niveau.

Et après deux années à vivre ces émotions incroyables, pas question de lever le pied:

«Déjà, la course est à peine terminée, qu’on a le regard tourné vers l’an prochain. On est déjà à la recherche de commanditaires, mais peu importe, coûte que coûte, je vais courir à Trois-Rivières l’an prochain.»

Il y a des rêves desquels on ne veut pas s’extirper. Michel Barrette a l’occasion d’en vivre un qui peut s’étirer dans le temps.

N’essayez surtout pas de le réveiller.

HeapMedia488297

Questionné à savoir s’il retournerait derrière le volant dans quelques années si jamais son plus jeune fils, Jonathan, manifestait un intérêt pour la course, sa réponse a été instantanée: «C’est sûr que j’y serais. Il a 12 ans maintenant et bien qu’il soit moins porté sur l’automobile et la course que mes deux autres fils, il pourrait être admissible d’ici quelques années et ce serait aussi incroyable de vivre ça avec lui.»

En terminant, la chose s’y prête, une question doit être posée à Michel Barrette, l’humoriste. Est-ce qu’on peut s’attendre, un jour, à voir un segment de spectacle qui va porter sur l’expérience en course automobile ? Est-ce qu’on peut séparer complètement le pilote de l’artiste ?

Là, l’homme, ET l’humoriste, acquiesce un sourire, comme si 32 blagues viennent de lui traverser l’esprit sur toutes les situations vécues au cours des deux dernières années. Après un moment de réflexion, il dit simplement, sourire en coin, que «tout sert à tout».

On peut donc s’attendre, éventuellement, à ce que Michel Barrette, le comique, nous fasse vivre en spectacle, avec humour et émotion, ses expériences en Coupe Nissan Micra.

Il faudra patienter, toutefois, car son rêve éveillé n’est pas encore terminé.

HeapMedia488295

P.-S. Lors de notre entrevue avec Michel Barrette, il a bien sûr été question du pari que l’humoriste a lancé l’an dernier – et remporté cette année aux dépens du maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.

Rappelons que le perdant des deux courses au total des positions s’engageait à faire la pelouse de l’hôtel de ville avec une tondeuse à bras. Eh bien, le maire de Trois-Rivières a terminé avec une 21e position, alors que Michel Barrette s’en tire avec une 19e.

Devinez qui coupera le gazon «à bras» à l’hôtel de ville, très prochainement… et devinez qui sera dans les estrades à rigoler (gentiment) de lui?

HeapMedia488288
(Crédit photo: Magazine Pôle Position)