Au Consumer Electronics Show 2017, tous les constructeurs automobiles présents (et ils étaient nombreux) ont discouru de voitures autonomes. Un seul s’est vraiment risqué à faire tester sa technologie: Hyundai.

Utilisant sa toute dernière Hyundai Ioniq, que l’on accueillera sur le marché cette année en variantes hybride, hybride rechargeable et électrique, le constructeur coréen a offert en primeur mondiale, sur réservation par les journalistes intéressés, une courte balade sans chauffeur sur les grands boulevards de Las Vegas.

Ces grands boulevards, la Hyundai Ioniq les connaît bien. Elle a obtenu l’an dernier l’autorisation d’y circuler sans conducteur et, depuis l’automne, trois de ses exemplaires exhibant la plaque d’immatriculation rouge requise sillonnent la Ville du Jeu.

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Justement, nous prenons place à la banquette de celle numérotée 0023. Au-delà de ses capteurs, de ses quatre caméras montées à l’intérieur au haut du pare-brise et de ses trois Lidars dissimulés dans son pare-choc avant (non, pas d’étranges gizmos tournoyants montés au toit), la Hyundai Ioniq a l’air – et la chanson d’à peu près n’importe quelle voiture compacte sur le marché.

Une compacte qui, cela dit, profite des technologies de l’heure, à commencer par le régulateur de vitesse intelligent, l’assistant de suivi de voie et le détecteur de circulation dans les angles morts.

Nous sommes en compagnie du directeur du projet, Cason Grover, qui accepte aimablement de nous expliquer, en temps réel, les prouesses autonomes. Derrière le volant, se glisse un technicien qui, en théorie, ne doit toucher au volant que le temps de quitter le stationnement – et d’y revenir, quatre kilomètres plus tard.

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Et de fait, dès que notre Hyundai Ioniq enfile la Paradise Road, l’opérateur enfonce une commande au volant, avant de déposer ses mains bien à plat sur ses cuisses. À l’écran de bord, l’icône d’un volant s’illumine, confirmant que la voiture vient de passer en mode autonome.

La balade s’amorce paisiblement. Certes, le volant se donne en spectacle, avec ses petits mouvements saccadés qui semblent chercher la précision, mais on ne ressent pas la chose dans l’élan que prend la voiture.

La vitesse est respectueuse des limites (ce dont ne peuvent se targuer les autres véhicules qui nous entourent…) et la Hyundai Ioniq franchit sans encombre sa première intersection, dont le feu est au vert. D’ailleurs, pareille indication se duplique à l’écran de bord afin de rassurer les occupants qui s’y trouvent.

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À la prochaine intersection, le défi se corse: le feu est au rouge, mais une voie d’accès permet l’enfilade à droite, ce que notre voiture entreprend, activant d’elle-même son clignotant…

… jusqu’à ce qu’un piéton lui coupe la route.

Ce piéton, nous ne l’aurions peut-être pas vu si nous avions nous-mêmes manié le volant dans tout ce brouhaha citadin, sans compter l’obstruction visuelle des bâtiments. Tout au plus, l’aurions-nous aperçu à la dernière seconde, nous obligeant à freiner brutalement.

Mais voilà: les systèmes de détection de notre voiture l’ont discerné à temps, de sorte que notre Ioniq ralentit calmement, laisse passer, puis procède au virage en toute sécurité.

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Un autre virage se pointe et voilà que nous roulons sur Joe W. Brown Drive, l’artère sinueuse derrière le Las Vegas Convention Center où, justement, se déroule (en partie) le gigantesque Consumer Electronics Show.

Les choses se corsent un peu plus: ici, les marques de signalisation routière sont à demi effacées. Notre guide du moment en profite pour exprimer qu’au-delà des systèmes de détection, il y a la lecture géographique en haute définition qui importe significativement: largeur des voies, rayon de courbure, inclinaison et présence, par exemple, d’une piste cyclable…

Le moment fort de notre trajet est sur le point de survenir; celui-là va reproduire fidèlement, à quelques détails près, le scénario dans lequel le premier non-conducteur d’une voiture autonome, une Tesla, a trouvé la mort, l’an dernier.

D’un stationnement tout juste à notre droite, un long poids lourd entreprend une manoeuvre pour traverser le boulevard, sans se soucier de notre calandre qui s’amène à à quelques centaines de mètres de là (notre photo ci-dessous).

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De prime abord, la Ioniq autonome réagit bien: discernant la cabine du camionneur et son premier ensemble de roues, elle freine. Mais est-ce qu’elle a estimé, devant l’espace vacant sous le fardier jusqu’à son arrière-train, que la voie était libre?

Toujours est-il que notre Ioniq s’est remise en branle. N’eut été de l’opérateur qui a vitement repris les commandes du volant et du freinage, nous allions nous emboutir dans le deuxième ensemble de roues géantes.

Ce danger, la Hyundai autonome n’a pas su le reconnaître. Par contre, à l’intersection suivante, alors qu’elle amorce son virage à droite sur feu prioritaire, elle réagit comme il se doit lorsqu’une fourgonnette lui coupe la route dans un demi-tour tout aussi illégal qu’inattendu.

Même un conducteur attentif n’aurait pu répondre aussi rapidement à cette menace venue de nulle part. Tout au plus, peut-on reprocher à l’Ioniq d’avoir réagi si efficacement… que le brusque freinage nous a projetés contre nos ceintures de sécurité.

Le dernier virage nous a ramenés à notre point de départ, sains et saufs. Pointage? Deux dangers sur trois évités pour la Ioniq – quand même impressionnant, pour une jeune technologie, avouez. Mais le danger qu’elle n’a pas su gérer montre tous les défis que doit encore relever la conduite autonome, pour pouvoir un jour se passer d’un humain derrière le volant.

À commencer par l’acceptation de l’humain lui-même.

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