Et c’est à Walter de Silva que l’on doit la chose. Vous savez, celui à l’origine de la grille en trapèze d’Audi si controversée et qui est aujourd’hui le grand patron du design chez Volks?.

Ce designer italien alors âgé de 54 ans et en charge du design pour le groupe Audi / Lamborghini, il en rêvait, de re-dessiner la Lamborghini Miura.

Il rêvait de lui rendre sa gloire d’antan, mais avec les technologies de conception, les percées aérodynamiques et les procédés de fabrication du jour.
 
Et vrai qu’il a religieusement conservé les lignes classiques d’autrefois,  notamment avec ces ailes qui se fondent en courbure au capot et cette inclinaison prononcée du pare-brise. Par contre, le prototype Lamborghini Miura Concept 2006 a vu sa chute de toit s’affirmer et son museau gagner en substance, pour une meilleure diffusion de l’air.

Toujours pas d’aileron à l’arrière pour détruire l’image d’époque et cet exploit, on le doit à du travail sous-châssis afin d’améliorer l’appui de la voiture. La prise d’air au capot s’est cependant modernisée et des rétroviseurs sont apparus à la carrosserie.

Cette carrosserie a d’ailleurs revêtu une variante de la teinte pistache qui n’a jamais semblé effaroucher les Lamborghini, tant celles d’hier que d’aujourd’hui…

Dans les années 1960, l’arrivée de la Lamborghini Miura avait provoqué toute une commotion. Non pas parce que le bolide devenait la voiture la plus rapide de monde, avec son 280 km/h – d’ailleurs, on n’en attendait pas moins, de la part du grand rival (et voisin) de Ferrari.

Non, la Lamborghini Miura 1966 allait plutôt entrer dans l’histoire automobile comme la toute première voiture de production à moteur central – un V12 de 3,9 litres monté transversalement et développant, par le biais d’une boîte manuelle cinq rapports, 350 chevaux.

Qui plus est, la sportive deux places était considérée – et elle l’est encore aujourd’hui – comme l’une des plus belles moutures sur quatre roues à avoir été créée. Et cette fois, l’exploit revient à un jeune designer de 27 ans de chez Bertone, Marcello Gandini, dont le destin allait être, on s’en doute, intrinsèquement lié à Lamborghini.

Pour un peu, pourtant, la première Lamborghini Miura n’allait pas voir le jour. Car fruit du travail “à temps perdu” d’un trio d’ingénieurs bossant pour la marque, le coupé sport était en nette coupure avec les bolides de tourisme que voulait privilégier Ferruccio Lamborghini.

Heureusement, le grand patron n’a pas joué au matador avec ses employés. Et une première Lamborghini Miura a donc été dévoilée au salon de Genève de 1966, en présence du carrossier Nuccio Bertone.

De 1966 à 1972, la production à Sant’agata Bolognese a accouché de 764 exemplaires de la Lamborghini Miura, pour environ 20 000$ l’unité. Dont un exemplaire commandé en teinte “arancia” – c’est orange, ça – par Frank Sinatra.

Le chanteur est lui-même allé récupérer sa Lamborghini Miura (au châssis #4407) à l’usine italienne, à temps pour son 54e anniversaire.

Contrairement à la Lamborghini Miura que Miles Davis a détruite en 1972, celle de Sinatra est toujours bien portante. Tellement, qu’elle vient de remporter le prix du Concours d’élégance organisé le mois dernier par Lamborghini, afin de célébrer son demi-siècle d’histoire.

L’événement a également été le théâtre du dévoilement d’un nouveau prototype, la Lamborghini Egoista… une autre création de Walter de Silva.

Le premier coup d’oeil sur la Lamborghini Miura Concept, 40 ans après le dévoilement de sa prédécesseure, on a pu le jeter en marge du salon de l’auto de Los Angeles, en janvier 2006. (Il n’y a pas si longtemps, le rendez-vous automobile dans la Ville des Anges se déroulait tout juste la dernière bouchée de dinde avalée…)

Mais… pas un mot quant à la motorisation. Deux semaines plus tard, le prototype était montré à la Mecque automobile de Détroit. Et depuis…

… Rien.

Il ne faut pas s’en surprendre: c’est ce qu’avait annoncé le patron Stephan Winkelmann: “Le design rétro n’est pas la raison de notre dévoilement, nous ne fabriquerons donc pas la Miura.”

Et le prototype de prendre la route du musée de Sant’Agata Bolognese, où il se laisse admirer aux côtés de légendes comme la 350 GT 1964, le tout premier modèle de production de Ferruccio Lamborghini (1964), de même que le prototype de la légendaire Countach (châssis #1), le premier bolide à avoir franchi le mur des 300km/h.