Simon Lamarre, vous le connaissez déjà. On doit à ce natif de Sainte-Thérèse, dans les Basses-Laurentides, non pas une, mais bien deux voitures: la feue Volvo C30 et la nouvelle Volvo V40.

Notre Québécois passe son temps dans les avions, entre la Chine où est établi son employeur, le constructeur automobile Geely, et la Suède, où se trouve Volvo – doit-on rappeler qu’en 2010, Geely s’est payé le constructeur européen tatoué à la sécurité?

Mais cette semaine, les envolées ont été plus nombreuses que de coutume pour Simon Lamarre: il a assisté, coup sur coup, hier à Göteborg puis aujourd’hui à Berlin, au lancement d’une nouvelle marque automobile à laquelle il a apporté sa griffe de designer d’expérience: Lynk & Co.

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Vous avez bien lu: la naissance d’une nouvelle marque automobile. Avouez, on ne lit – et on n’écrit pas ça tous les jours… De fait, la dernière fois qu’on a annoncé la création d’une nouvelle division automobile, c’était en 2003, avec le débarquement (alors exclusivement américain) de Scion.

Oui, oui, cette même Scion qui vient de tirer sa révérence, joignant ainsi les rangs des autres disparues au combat des deux précédentes décennies – pensez Hummer, Mercury, Oldsmobile, Pontiac, Saturn, Saab (quoique…)

Mais ne soyons pas oiseau de malheur et donnons la chance au coureur qui s’élancera d’abord sur le marché chinois (en 2017, promet-on), puis en Europe en 2018 – et fort possiblement en Amérique par la suite.

Lynk & Co: le nom est tout nouveau, mais il est «soutenu par la grande expérience» de Volvo, dit la maison-mère Geely. Et nous ajouterions, à l’égard de cette dernière, que Lynk & Co a aussi l’avantage d’être soutenue par l’imposant budget chinois…

Déjà, Lynk & Co est en mesure de dévoiler un premier modèle: l’utilitaire 01 (!), qui sera fabriqué en Chine, mais sur la nouvelle plateforme compacte CMA développée par Volvo, justement pour ses véhicules compacts.

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Vous aimez le style à la fois moderne, urbain et baroudeur du nouveau véhicule qui promet, entre autres, la recharge sans fil, le stationnement semi-automatisé, le hayon électrique et le toit panoramique?

Dites-vous qu’il a reçu une touche québécoise, merci à Simon Lamarre (notre photo ci-dessous). Celui-ci a pris le temps, avant de reboucler sa valise, de nous confier ceci par Messenger:

«Je suis responsable du design extérieur chez Geely, Design en Suède. Le Lynk & Co a donc été dessiné sous ma direction. Au début, nous n’étions qu’une douzaine de personnes chez Geely, Design en Suède, j’ai évidemment mis ma «griffe» sur le design du 01. Aujourd’hui, notre équipe a grandi et nous sommes maintenant 160 dans le studio de Göteborg.»

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Sous la direction du grand patron styliste Peter Horbury (anciennement de Ford), tout ce beau monde-là ne manquera pas de boulot. Du moins, pas si l’on en croit les publications telles que Forbes qui annoncent trois autres modèles pour Lynk & Co, soit une berline quatre portes, une berline à hayon cinq portes et un multisegment (crossover).

On pourrait vous parler en long et en large des motorisations conventionnelles, hybrides, rechargeables et/ou électriques qui se glisseront sous le capot des futurs véhicules Lynk & Co, mais…

… de un, vous les connaissez déjà, ces organes, puisque ce sont ceux qui se retrouvent chez Volvo.

Et de deux, ça serait manquer le plus important: ces Lynk & Co, comme leur désignation le sous-tende, veulent sauter à pieds – non, pardon: à pneumatiques joints dans l’aventure de l’autopartage. Ou si vous préférez, du carsharing, en mauvais français.

Merci aux partenaires Microsoft, Alibaba et Ericsson (suédois, lui aussi), les véhicules Lynk & Co seront connectés à la manière des Car2go et ZipCar de ce monde, afin d’être partagés par leurs propriétaires qui n’en n’ont momentanément pas besoin, avec d’autres qui, tout au contraire, sont en mal de transport.

Une commande de partage à l’écran tactile du véhicule, un envoi par application cellulaire, un intéressé à louer pour une période donnée, une vérification du profil du conducteur, puis une transaction approuvée…

… et hop, l’affaire sera jouée. Le tout, évidemment, supervisé par Lynk & Co, qui veillera d’abord à transférer au locataire une clé d’accès numérique, puis à verser au locateur le «rental fee» qui lui revient – par paiement électronique, évidemment.

Ce n’est pas nouveau, le principe existe déjà – en moult plateformes et expériences, d’ailleurs. Mais c’est bien la première fois qu’un constructeur automobile destine ses produits à pareille utilisation à l’Airbnb.

Surtout, en poussant encore plus loin le bouchon de ce qui existe déjà, Lynk & Co dit vouloir entièrement repenser la propriété automobile. C’est du moins ce que laisse présager son site Internet avec des affirmations comme celles-ci:

  • Nous sommes nés numériques (born digital);
  • Pourquoi le monde a tant changé – mais pas les voitures?
  • Toute cette technologie… et pourtant, c’est toujours la même histoire: on fabrique des véhicules, on achète des véhicules… et quelques années plus tard, tout est à recommencer;
  • Eh bien, bienvenue dans la révolution: nous sommes une compagnie qui n’essaie pas de vous vendre une voiture – imaginez!
  • Pas besoin de posséder une voiture pour en rouler une; il suffit de changer la manière d’y accéder, de l’utiliser, de l’intégrer dans nos vies;
  • Finis les concessionnaires, finie la paperasse, finies les inquiétudes quant aux assurances… D’ailleurs, pourquoi tous ces problèmes devraient-ils être les vôtres?

(À cet égard, la télémétrie d’Ericsson permettrait qu’on s’occupe à distance de la voiture pour le propriétaire qui n’a pas le temps – ou l’envie de passer au garage. Re-imaginez…!)

  • Au lieu de tous ces coûts imprévus de la propriété automobile, choisissez un prix fixe par mois;
  • Nous n’offrons pas des milliards de différents modèles et motorisations. Comme pour votre téléphone intelligent, c’est la manière dont vous programmez votre véhicule qui le rend unique;

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En Chine, on parle d’instaurer un réseau de concessionnaires qui viendra, côté image, se loger à mi-chemin entre l’entrée de gamme Geely et la plus luxueuse Volvo – bref, qui viendra jouer dans les plates-bandes des Ford, Hyundai et Volkswagen.

Mais pour d’autres marchés, comme celui des États-Unis, on discoure d’une expérience de vente directe à la Tesla. Lire: je vous vends une voiture à prix fixe, par le biais d’Internet, je n’ai pas d’établissement de vente traditionnel, mais vous pouvez toujours venir prendre un café dans nos boutiques…

Vous êtes déjà partant? Patience: rien n’est encore annoncé pour le Canada…