Salon de Détroit 1999: sans le savoir, GM dévoile un nouveau genre de véhicules, qui allait éventuellement porter le nom de “multisegment” – ou “cross over” en anglais. Roulement de tambours… c’était le Pontiac Aztek.

Toute la faune journalistique réunie à ce plus grand salon automobile nord-américain… n’en est toujours pas revenue. Non pas parce qu’il s’agissait là du premier “SUV” pour Pontiac, mais bien parce que…: “Z’êtes pas sérieux, là? Vous allez mettre ça sur la route?!”

Vrai qu’à l’époque, les Honda Element, Nissan Cube, Scion xB et Kia Soul ne faisaient pas encore partie du paysage et l’oeil automobile n’était pas habitué à des formes si drastiques. Remarquez, de ces quatre véhicules “cubes”, seul le Kia Soul est toujours présent chez les concessionnaires…

C’est beaucoup plus tard qu’on a appris que le Pontiac Aztek, conçu pour être le “véhicule des gens actifs et de plein air”, n’était pas destiné à être assemblé sur l’architecture des fourgonnettes de GM.

Mais bon, restrictions budgétaires obligent, il a fallu utiliser une plateforme existante. Du coup, les designers ont dû repenser les dimensions du Pontiac Aztek. Ce qui a donné cette silhouette – ne mâchons pas nos mots – grotesque.

Comme si on avait croisé un utilitaire avec une navette spatiale.

Le véhicule, propulsé par le bon vieux V6 de 3,4 litres, fabriqué au Mexique de surcroît, commandait un prix d’étiquette beaucoup trop élevé pour la Génération X à laquelle il s’adressait.

Imaginez: à sa première année-modèle (2001), le Pontiac Aztek débutait à un cheveu sous les 30 000$ canadiens. Sa version GT, lorsque jumelée à l’espèce de traction intégrale “VersaTrak” du temps (vous vous rappelez?), exigeait plus de 37 000$.

Ouch.

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La presse et les quelques forums Internet qui existaient à l’époque s’étaient déchaînés:

Les meilleures attaques, dans le désordre:

  • Le magazine Times a dit du Pontiac Aztek qu’il était l’un des 50 pires véhicules de tous les temps – avec le Model T (1909), la Ford Pinto (1971), la fameuse Bricklin (1975), la Fiat Multipla (1998) et, évidemment, la Jaguar X-Type (2001);
  • Le Daily Telegraph a mené un sondage auprès de ses lecteurs britanniques, qui ont décrété que des 100 véhicules les plus laids, le Pontiac Aztek était le #1…
  • Est-ce que Bob Lutz, le grand manitou de GM (2001-2010), pensait au Pontiac Aztek lorsqu’il a avancé que “certains véhicules de la compagnie avaient des airs d’appareils ménagers en colère”?
  • Le grand patron de la firme américaine d’analyse AutoPacific, James Hall, a comparé le Pontiac Aztek à “du fromage cottage vieux de six semaines”;

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  • Le journaliste du magazine Car and Driver assigné au test routier du Pontiac Aztek s’est fait dire par un automobiliste, à une station-service: “Dites-moi que vous êtes payé pour conduire cette chose…”

Re-ouch.

Après moins d’un an sur le marché, le Pontiac Aztek recevait des “ajustements”: prix réduits, plus d’équipements, quelques retouches esthétiques…

Mais que voulez-vous: retrancher les bas de caisse en plastique et ajouter un aileron au hayon, ça n’a rien donné.

Et comme l’a simplement résumé Jerry Flint, un collègue fort sympathique du magazine Forbes – malheureusement décédé depuis: le Pontiac Aztek a été l’un des plus grands flops automobiles.

Pour la petite histoire, Jerry disait aussi: “Sometimes, you’re the bug, sometimes you’re the windshield”. Traduction libre: “Des fois, t’es l’insecte, d’autres fois, t’es le pare-brise.”

Le Pontiac Aztek s’est avéré être un méchant gros insecte.

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C’est drôle, mais pas un communiqué de presse de GM de l’époque ne mentionne qui était le designer responsable de cette allure “vaisseau spatial”.

Mais les archives d’Automotive News, la bible automobile, révèlent qu’il s’agissait de… Thomas Peter.

Thomas Peter… mais attendez: Thomas Peter? Le Thomas Peter à qui l’on doit le concept de Cadillac Sixteen (2004)? Celui-là même à qui l’on a confié la résurrection de la Chevrolet Corvette (C6 et C7)?

Tout à fait: celui-là même avec qui nous avons dîné, un soir de mars à l’occasion du salon de l’Auto de New York 2013, jasant allègrement allègrement de Chevrolet Camaro Z28.

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Avoir su, nous lui aurions demandé poliment si, à l’époque, il avait été forcé, comme bon nombre des employés de GM, de personnellement rouler en Pontiac Aztek… Eh bien quoi, il fallait bien faire quelque chose avec tous ces exemplaires invendus, non?

C’est que GM avait prédit vendre entre 70 000 et 75 000 Pontiac Aztek par année aux États-Unis. Sauf que chez nos voisins du Sud, les meilleures années – 2001, 2002 et 2003 – ont permis d’écouler annuellement moins de 28 000 exemplaires.

De ce côté-ci de la frontière, les Canadiens n’ont acheté que 10 000 Pontiac Aztek… en cinq ans.

C’est bien dommage que le vilain petit canard n’ait pas hérité d’atours plus séduisants. Car en fait de véhicule polyvalent, on ne pouvait faire mieux.

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S’il existait encore aujourd’hui, le vaste espace intérieur ne serait égalé que par les fourgonnettes. Imaginez: une fois les sièges arrière retirés, la légendaire planche de 4×8 y tenait…

La position de conduite était élevée, comme pour les utilitaires du temps, mais le comportement était beaucoup plus docile. J’ai encore un souvenir marqué, même si mon essai routier du Pontiac Aztek remonte à près de deux décennies, d’une étonnante impression de confort.

Aussi, l’habitacle était d’excellente insonorisation – l’équipe du magazine Car and Driver avait d’ailleurs enregistré moins de décibels intérieurs que pour le Lexus RX300… !

Oh, et la consommation en carburant, un sujet qui n’était pas encore à la mode dans ce temps-là, était étonnamment frugale.

Qui plus est, le véhicule s’est avéré très fiable.

Et le système audio était vraiment, vraiment impressionnant – même d’après les critères d’aujourd’hui.

Et… ok, on s’arrête ici, pour dire que ceux qui ont osé acheter un Pontiac Aztek étaient amplement satisfaits de leur véhicule. Au point où le sondage sur l’appréciation “APPEAL 2001”, mené auprès des consommateurs américains par J.D. Power, a couronné le véhicule comme étant “l’utilitaire d’entrée de gamme le plus intéressant”.

Pas de farce.

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Surtout: vous auriez dû voir les gizmos innovants que le Pontiac Aztek mettait en vedette – et qui, malheureusement, n’ont pas pris la route de la démocratisation.

Il y avait ce tiroir cargo qui, en coulissant dedans-dehors, facilitait le chargement (et déchargement) des sacs d’épicerie;

Il y avait cette console centrale amovible, qui se transformait en glacière portative;

Il y avait cet affichage tête-haute, qui retransmettait les infos de conduite au bas du pare-brise (bon, ça au moins, ça a fait mouche chez les véhicules de luxe et ça se démocratise de plus en plus chez les modèles d’entrée de gamme);

Il y avait ce hayon qui s’ouvrait en deux parties. Celle inférieure arborait des porte-gobelet et transformait un arrêt routier en “tail gate party” – encore plus si on avait opté pour le système audio haut de gamme, qui flanquait ses contrôles jusque dans l’aire cargo.

L’option la plus populaire? La tente de camping et son matelas gonflable.

Vous avez bien lu: une fois le hayon élevé, on pouvait y installer une tente et, merci au compresseur à air intégré au véhicule, on soufflait de quoi passer une bonne nuit.

Parole de journaliste qui a tenté l’expérience, c’était là un gizmo à vous faire oublier à quel point le Pontiac Aztek était hideux.

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Si vous faites le tour des petites annonces automobiles au Québec, vous découvrirez que des Pontiac Aztek, il s’en vend encore, de temps en temps.

Justement, il y en a un qui vient de s’afficher sur Kijiji dans les dernières heures, dans la région de Québec, traité à l’huile (les photos en témoignent), d’excellente mécanique malgré ses 223 000 km, promet son vendeur…

… à vous pour 1400$. À qui la chance?