Les règles entourant les émissions polluantes qui se resserrent et la demande des automobilistes pour des véhicules toujours plus frugaux ont transformé l’industrie automobile – à commencer par ses transmissions.

Il n’y a pas si longtemps, il était de mise qu’une voiture dotée d’une boîte manuelle (généralement cinq vitesses) soit plus économique qu’une même voiture équipée d’une transmission automatique (généralement quatre vitesses).

Pareille affirmation ne tient plus, depuis la démocratisation des transmissions automatiques à six, sept, huit… voire neuf rapports, mais aussi l’éclosion des boîtes à double embrayage (pensez à la DSG de Volkswagen) et, plus encore, des transmissions variation continue (CVT, notre photo ci-dessous).

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En gros, plus la boîte propose de rapports, plus elle accorde au moteur un régime optimal et, donc, plus la consommation en carburant est efficace.

La transformation «transmission» s’est effectuée à vitesse grand V, ces dernières années. Les véhicules qui se proposent sur le marché (pour l’année-modèle 2016) avec une boîte automatique n’offrant que quatre vitesses… se comptent sur les doigts d’une seule de mains: Toyota Yaris (hayon), Toyota Corolla, Nissan Micra et Dodge Journey.

La Mitsubishi Mirage figurerait à cette liste si elle ne sautait pas une année de production, mais sinon… est-ce qu’on en a oublié une?

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Certes, qui dit plus de rapports, peut (généralement) dire que l’économie d’essence est au rendez-vous.

D’ailleurs, le grand spécialiste américain de la chose, le professeur Michael Sivak, directeur à l’Institut de Recherche en Transport de l’Université du Michigan, rapporte dans son dernier bulletin mensuel que les véhicules vendus en novembre, aux États-Unis, affichaient une consommation globale moyenne de 25mpg (9,4L/100km).

Comme en fait foi le graphique ci-dessous, c’est là une sérieuse amélioration (20%) versus le mois de novembre 2007 – autrement dit, avant que les transmissions n’entrent véritablement en révolution. Notez que de l’autre côté de notre frontière, et contrairement aux l/100km, les mpg font que plus la courbe monte, plus les améliorations sont importantes.

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Mais voilà: avec l’augmentation du nombre de rapports – jusqu’à l’infini, dans le cas des CVT, on voit également augmenter les plaintes de consommateurs. Au chapitre des doléances, on retrouve:

  • Des problèmes mécaniques qui vont jusqu’à nécessiter le remplacement de la transmission;
  • Des logiciels de contrôle qui demandent à être reprogrammés, puis re-reprogrammés;
  • Moins sérieux mais tout aussi déplaisants, des comportements erratiques lors des changements de rapports: soubresauts, glissements, perte de puissance…

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Bref, les nouvelles transmissions sont peut-être les plus sophistiquées de toute l’histoire automobile, mais elles ont perdu de leur transparence. Et tel un écho, les plus importants sondages automobiles sur la satisfaction de la clientèle notent de plus en plus de plaintes à leur égard.

J.D. Power est l’un des premiers à avoir sonné l’alarme, dans son étude sur la fiabilité 2014 (l’enquête Vehicle Dependatiblity Study questionne les répondants trois ans après leur nouvelle acquisition automobile). La firme américaine rapportait alors que, pour une première fois en 15 ans d’histoire, le sondage enregistrait une augmentation des problèmes par véhicules.

L’une des principales raisons? La contrariété des consommateurs envers leurs moteurs (surtout des quatre cylindres) et transmissions. Ce qui a fait dire au vice-président à la division mondiale automobile de J.D. Power, David Sargent:

«Pendant que les constructeurs s’efforcent d’améliorer l’économie de carburant, ils doivent s’assurer de la satisfaction de la clientèle à l’égard des solutions apportées. Des moteurs qui hésitent, des changements de vitesse brutaux et des problèmes de puissance nous indiquent qu’il s’agit là d’un défi continuel.»

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Au même sondage, mais cette fois 2015, les choses perdurent: «Près de 30 des problèmes rapportés en lien avec les groupes motopropulseurs sont attribuables à une transmission automatique qui hésite ou à d’abruptes passages des rapports», écrivent les auteurs de l’étude.

Consumer Reports abonde. Sa dernière étude sur la fiabilité, qui a colligé en octobre dernier des statistiques sur trois quarts de million de véhicules, montre une augmentation «troublante» des complications reliées aux nouvelles transmissions.

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L’association américaine pour la protection du consommateur relie directement ces problèmes à la chute, à son palmarès, de constructeurs comme Acura (une dégringolade de sept places, jusque sous la moyenne de l’industrie). Et pour cause: la division de luxe de Honda doit négocier non pas avec une, mais bien deux nouvelles transmissions: à double embrayage huit rapports et automatique neuf rapports.

Jake Fisher, directeur des tests automobiles chez Consumer Reports, mentionne cependant que toutes les nouvelles transmissions ne posent pas nécessairement problème. «Les nouvelles boîtes à double embrayage d’Audi et de BMW, de même que les boîtes CVT chez les hybrides de Toyota et de Honda affichent une solide fiabilité.»

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La leçon à tirer? Avant de s’emballer pour le nombre de rapports qu’une transmission de nouvelle génération peut offrir, qu’on se souvienne de ceci:

Versus une voiture équipée d’une archaïque boîte automatique à quatre rapports, dit l’américaine Environment Protection Agency, la même voiture dotée…

  • d’une boîte automatique à six rapports sera de 3% à 5% plus frugale;
  • d’une boîte automatique à sept rapports sera de 5% à 7% plus frugale;
  • d’une boîte automatique à huit rapports sera de 6% à 8% plus frugale;
  • d’une boîte CVT sera jusqu’à 7% plus frugale.

C’est à se demander si l’écart entre six et huit rapports, voire neuf rapports vaut le risque. Parlez-en aux propriétaires de nouveaux Jeep

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… la moitié des véhicules neufs vendus en 2012 à travers le monde étaient dotés d’une transmission manuelle. Un peu plus du tiers misait sur une transmission automatique, alors que la CVT et celle à double embrayage n’ont représenté, respectivement, que 10% et 3% de la cohorte.

En Amérique du Nord, le portrait est tout autre: 80% des véhicules neufs vendus en 2012 étaient équipés d’une boîte automatique. Les boîtes manuelles et les CVT ont été nez à nez (8%), les transmissions à double embrayage occupant la balance (4%)

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