Si vous ne lisez que deux paragraphes de ce texte, que ce soit ceux-ci:

L’entreprise Transpod, fondée par Sébastien Gendron il y a un peu plus d’un an et qui bosse sur un hyperloop canadien, revient du grand rendez-vous mondial InnoTrans à Berlin, où elle aurait recueilli quelque 20$ millions de promesses financières chez les équipementiers européens, tant ferroviaires qu’aéronautiques.

Nous attendons toujours un retour d’appel du ministre fédéral des Transports, l’honorable Marc Garneau (incidemment, le premier Canadien à avoir voyagé dans l’espace) confirmant les dires de Sébastien Gendron, à savoir que les autorités canadiennes seraient «hautement intéressées» par cette idée d’un tube à basse pression (donc: à friction réduite) pour relier nos deux grandes métropoles et dans lequel des capsules fileraient – pardon, léviteraient électro-magnétiquement à 1220km/h.

Vous êtes bons pour un autre paragraphe de science-fiction… qui n’en est plus?

1220km/h, c’est presque la vitesse du son. Surtout, c’est trois à six fois plus rapide que pour les trains à grande vitesse. C’est même moitié plus vite que pour l’avion qui vous mène de l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau à celui de Lester B. Pearson, à Toronto.

De fait, le parcours d’un peu plus de 500 kilomètres pourrait s’effectuer en 30 minutes, mais parce qu’il faut tenir compte des décélérations nécessaires aux extrémités, Transpod avance plutôt une balade en plus ou moins 45 minutes.

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Vous tenez le coup, vous êtes toujours avec nous? Alors, laissez-nous vous dire que ce hyperloop canadien est, comme bien d’autres depuis 2013, né de la volonté d’Elon Musk de faire avancer une idée qui… germe dans les cerveaux surchauffés depuis deux siècles, maintenant.

Oui, oui: il faut remonter au début des années 1800 pour retracer les écrits – et les brevets de George Medhurst, le Britannique qui a été le tout premier à imaginer la voie ferrée atmosphérique et le moteur Aeolian à air comprimé comme moyen de propulsion.

Bien qu’elle n’ait pas vu le jour, cette technologie est tout de même à l’origine des tubes corporatifs convoyeurs de lettres ou de billets de banque qui ont fait leur apparition 50 ans plus tard.

Et que dire des expériences de transport par tubes atmosphériques menées à Londres et à New York au milieu du 19e siècle – pensez respectivement Crystal Palace et Beach Pneumatic Transit

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Retour à notre ère moderne, pour vous dire que Transpod n’est pas seule au combat. Une centaine de start-ups aux quatre coins de la planète se font actuellement concurrence pour dessiner LA capsule du «5e élément du transport», comme le martèle le fondateur de Tesla et de SpaceX.

Surtout, il y a les Hyperloop Transportation Technologies et Hyperloop One, deux entreprises officiellement encensées par Elon Musk et qui sont au travail depuis déjà trois ans. Leurs projets? Des liens quasi-supersoniques entre San Francisco / Los Angeles et entre Los Angeles / Las Vegas.

Ailleurs, des projets et des sondages de faisabilité sont déjà lancés: Moyen-Orient, Asie et même en Europe où, pourtant, les trains grande vitesse accaparent déjà le marché.

Eh bien, quoi: qui ne rêve pas de de faire Paris-Amsterdam en 30 minutes? Traverser la Pologne? Relier Moscou à Saint-Pétersbourg? Passer de Stockholm à Helsinki… par un hyperloop sous-marin, sous la Baltique?

Des utopies? Pas si tant: Hyperloop One a procédé à ses premiers tests de propulsion au printemps dernier. Et depuis, la compagnie peut-être la plus avancée en la matière discoure d’une expérience aussi simple que de sauter dans le métro – pour à peu près le même prix.

Même avec pareil nom, Sébastien Gendron n’est pas québécois, encore moins canadien. Plutôt, il est Français, mais son métier d’ingénieur, d’abord chez Airbus, puis chez Bombardier, l’a fait s’établir au pays de la Feuille d’érable il y a six ans – sa fille est d’ailleurs née à Montréal.

C’est donc de ce côté-ci de l’Atlantique que le Néo-Canadien de 36 ans poursuit ce rêve d’un déplacement terrestre encore plus rapide que ce qui existe actuellement.

«Le train à grande vitesse est limité à 300km/h, l’hyperloop est donc la prochaine étape, dit-il. En prime, l’hyperloop cadre avec les préoccupations écologiques de l’heure, avec ses moteurs à induction linéaire et ses compresseurs à air, sans émission. On pense même à de l’énergie solaire pour l’opération des infrastructures.»

Ce rêve, il n’est pas pour le siècle à venir; il est pratiquement pour demain. Du moins, c’est si l’on en croit ceux qui y travaillent ardemment: Hyperloop One parle d’un réseau mondial d’ici cinq ans, alors que plus humblement, Transpod vise «une certification pour 2020, avec un système opérationnel d’ici 2025,» nous dit son fondateur.

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Vous salivez déjà à l’idée de filer le long de l’autoroute 401 dans une capsule tout en confort; sans turbulence, atterrissage d’urgence, crash ou collision; à l’abri des intempéries et des annulations qu’elles entraînent; tout ça pour rejoindre votre destination en moins de temps qu’il ne vous en aurait fallu pour franchir la… sécurité aéroportuaire?

Tut-tut-tut, pas si vite. Il faut savoir que ce ne sont pas des passagers qu’on propulsera d’abord, de Montréal à Toronto ou vice-versa, dans des tubes dépressurisés.

Ce sera du cargo.

Sécurité et certification auprès des autorités gouvernementales obligent, il sera plus rapide de d’abord faire transiter, dans ces pods qui atteindront presque la vitesse du son, nos denrées périssables, les produits électroniques commandés en ligne…

… bref, des marchandises qui transitent actuellement par camionnage, «à raison de 10 000 de ces poids lourds qui circulent chaque jour entre Montréal et Toronto,» soutient M. Gendron.

Imaginez le temps épargné, si nos fruits et légumes accomplissaient la distance en cinq ou six fois moins de temps. Et imaginez quelles transformations surviendront si, un jour, ce sont des passagers qui en profiteront…

«Nous croyons que l’Hyperloop peut apporter aux gens, ce que l’Internet a apporté à l’information,» dit le grand patron de Transpod.

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Il faut aussi savoir que Transpod n’a pas l’intention de construire les infrastructures de tubes elles-mêmes, mais plutôt les capsules. «Nous nous positionnons comme Bombardier, explique Sébastien Gendron. Nous voulons vendre le véhicule à des compagnies comme, par exemple, Via Rail ou même Air Canada.»

On laisse donc à d’autres les études de sol, les modifications aux règlements de zonage et, peut-être, les éventuelles expropriations. Remarquez, les ferroviaires CN et CP ont déjà ces droits-là sur leurs actuelles emprises, alors imaginez si elles se lançaient dans l’aventure…

Encore faut-il que la technologie soit prouvée. «Pour cela, dit Sébastien Gendron, il nous faudra construire une ligne d’essai, comme nos concurrents aux États-Unis. Il faudrait qu’un tracé d’au moins 10 kilomètres soit opérationnel avant la fin de 2018.»

Et ça, ça prend des sous. Beaucoup de sous. Pour le moment, les quelque 20 millions de dollars recueillis à date – soit près de 10% du budget total estimé pour la première phase du projet – «nous permettront de développer de A à Z un prototype de capsule.»

Celui-ci, qui devrait faire 23 mètres de long, sera ceinturé d’un verre qui, merci à une compagnie italienne, reproduira dans l’habitacle la lumière du ciel. Eh bien quoi: pas besoin de fenêtres, lorsqu’on passe en coup de vent dans un tunnel sombre!

Oh, et si l’on en croit les prémisses de la vidéo YouTube (ci-dessous) mise en ligne par Transpod, on pourra même y déambuler, verre à la main.

Dans cette section AutoRadar, nous vous avons déjà prévenus de ne pas vous enflammer, comme le faisait malheureusement le reste de la cyber-planète automobile, pour la voiture à air comprimé.

Et nous vous avons raconté les sombres dessous de celle qui prétend rouler à l’eau de mer, la Quantino Concept NanoFlowcell.

Est-on devant d’autres folles fabulations pour une technologie qui fait parler d’elle depuis plus de 200 ans sans jamais avoir accouché d’une souris? Ou, tout au contraire, se trouve-t-on à l’aube d’une méga-révolution de nos modes de transport?

Lorsqu’on entend Elon Musk discourir, comme il l’a fait la semaine dernière, de coloniser la planète Mars, on se dit que finalement, il n’est pas si fou que ça, le retour de l’idée de la «voie ferrée atmosphérique».

Oh, il reste bien quelques défis à relever. Par exemple: «À des vitesses aussi élevées, ça va chauffer, mais… impossible de transférer cette chaleur dans un tube qui n’a pas d’air, explique Sébastien Gendron. Rien d’insurmontable, cependant, on a d’ailleurs quelques inspirations sympathiques – comme le glaçon dans votre verre de whisky…»

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