Les 38 dernières années nous ont donné droit à des moments mémorables et si tout se déroule comme les promoteurs et le public le souhaitent, les 38 prochaines nous en livreront tout autant.

Cependant, rien ne pourra jamais égaler la magie de 1978.

Est-ce que la suite des choses aurait été différente s’il ne s’était pas passé ce qui s’est déroulé ce jour-là sur le circuit de l’île Notre-Dame? 

Si vous êtes un amateur de Formule 1, vous savez déjà de quoi on parle. Sinon, et bien on vous le donne en mille. Ce jour-là, Gilles Villeneuve, le héros local, avait remporté sa première victoire en Formule 1. 

Il avait fait ça chez lui, comme un grand, devant son public, ses amis et sa famille. 
Vous étiez vivant et conscient cette journée-là? Vous vous en souvenez certainement. 

Vous n’étiez pas né? On vous en a assurément parlé. 

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En 1978, Gilles Villeneuve en était à sa première saison complète en Formule 1. L’année précédente, il avait couru une fois pour McLaren avant d’être embauché par la Scuderia pour les deux dernières courses de la saison. 

Son palmarès était reluisant; il avait tout gagné ailleurs. Cependant, la marche était haute et cette première année en fut une d’apprentissage pour lui.

Pendant les 15 Grand Prix disputés avant celui du Canada, Gilles Villeneuve est contraint d’abandonner six courses, trois fois en raison de bris mécanique et à trois autres reprises en raison d’un accident ou d’une sortie de route. Et lorsqu’il termine un Grand Prix, il n’est pas souvent sur le tour des meneurs. 

Néanmoins, il signe une quatrième place au Grand Prix de Belgique, la sixième étape de la saison. Puis, après un passage difficile au cours des cinq courses suivantes, il démontre tout son savoir-faire en réalisant un premier podium: une troisième place à l’étape autrichienne. 

Puis, deux autres résultats encourageants: une sixième position sur le circuit de Zandvoort, au Danemark, puis une septième place à Monza, au Grand Prix d’Italie. 

Il ne restait que le Grand Prix des États-Unis sur le circuit de Watkins Glen dans l’état de New York avant la présentation du premier spectacle à être tenu sur l’île Notre-Dame. Là, Gilles est victime d’ennuis de moteur. 

Ne restait maintenant que la course de Montréal pour clore cette première année d’apprentissage. Et quel apprentissage!

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Tout a été dit, tout a été écrit sur cette course mythique. Évitons la redondance. Sur une note personnelle, je vous confie que je venais d’avoir 10 ans. J’étais trop jeune pour être sur place parce que mes parents et la Formule 1 n’allaient pas ensemble, mais assez vieux pour être rivé devant mon téléviseur à suivre les exploits de Gilles. Il était déjà héroïque à mes yeux. 

Voir la Ferrari 12 enfiler les tours de piste et savoir que ça se passait chez nous, ça n’avait pas de prix. En plus, savoir qu’elle était conduite par un des nôtres; le summum. 

Gilles Villeneuve aurait terminé au 15e rang que cette course serait demeurée un grand moment dans ma mémoire et dans le registre collectif. Cependant, lorsque la Lotus du Français Jean-Pierre Jabouille, dominante jusque-là, a éprouvé des ennuis après 49 tours, c’est simple, ce fut l’apothéose. 

Pourquoi? Parce que la voiture de Gilles Villeneuve était à ce moment deuxième et qu’il a hérité de la tête. Ce qui a suivi alors a certes été un des moments les plus stressants de ma jeune existence. Il restait 21 tours à faire. C’est long, 21 tours. Tout peut arriver pendant 21 tours. 

Pour une fois, rien n’est arrivé.

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Gilles Villeneuve a franchi le fil d’arrivée en première place, devançant dans l’ordre son futur coéquipier Jody Scheckter et Carlos Reutemann, son compagnon d’alors chez Ferrari.
 
Le point d’exclamation venait d’être apposé sur une saison-école fertile en rebondissements. 

Le tour du gagnant de Gilles avec le drapeau à damiers: magique. La cérémonie sur le podium, tout aussi mémorable. Émotive aussi. Ce qui venait de se passer était non seulement spécial, mais unique. Jamais on ne reverrait quelque chose du genre. Il fallait savourer le moment à la vitesse de l’éclair, au rythme d’une F1. 

Heureusement, il y a les souvenirs. 

Merci, et salut, Gilles.