Je ne vous raconterai pas une fois de plus ses exploits, ni la façon dont il est décédé; ça a été expliqué bien souvent et encore, ça fait trop mal, malgré le temps passé. Plutôt, je vous raconte brièvement mon 8 mai 1982.

Ce matin-là, car avec le décalage horaire, tout se déroulait en matinée chez nous, Gilles Villeneuve participait à la séance de qualifications en vue de la course du lendemain. J’avais l’habitude de suivre chaque course très attentivement, donc j’étais à l’affût de toutes nouvelles concernant ses résultats en piste.

Seulement, ce matin-là, je me rendais au stade olympique pour y voir jouer les Expos qui recevait les Dodgers de Los Angeles. Alors que j’étais bien assis à bord de la camionnette du paternel en attendant l’autobus qui allait nous mener au centre-ville de Montréal (j’avais 13 ans à l’époque), la nouvelle est tombée à propos d’un grave accident.

Puis, le bus arrive.

À l’époque, pas d’Internet, ni de télé placardée partout qui informe en temps réel de ce qui se passe dans le monde.

Je me rends donc au stade, un brin inquiet, mais bon, ça va aller, Gilles est invincible.

Puis, je ne saurais trop vous dire quand pendant le match, la terrible nouvelle de sa mort est apparue sur le grand tableau indicateur du Stade olympique. Jamais je n’avais vu un si grand nombre de personnes se taire d’un trait.

Soudainement, ce qui se passait sur le terrain n’avait plus aucune signification. J’ai vu des gens pleurer.

J’ai pleuré.

Les Expos ont perdu 10 à 8. Je m’en foutais. Je voulais simplement rentrer à la maison pour entendre à la télé que, finalement, la nouvelle était fausse, que Gilles était toujours vivant.

Un héros, quand on a 13 ans, ça ne meurt pas.

Sauf le mien, et celui de tout un peuple.

J’ai encore un pincement au cœur lorsque le 8 mai se pointe au calendrier. Ça va être comme ça jusqu’à la fin de mes jours. Il se produit la même chose le 18 février, jour où j’ai perdu mon autre héros automobile, Dale Earnhardt, en 2001.

Aujourd’hui, je n’ai plus de héros; je ne veux plus qu’ils meurent.

Ma seule consolation, c’est que 34 ans après sa mort, Gilles n’a pas été oublié.

• Merci au magazine Pole Position pour l’utilisation de certaines photos.