Parmi elles se trouvent Cadillac, la pionnière, celle qui depuis le début du siècle dernier redéfinit les standards de luxe dans l’industrie. En fait, il faudrait dire qu’elle redéfinissait les standards, car depuis quelques décennies, elle n’est plus la seule à courtiser les acheteurs à la recherche de reconnaissance.

Les Audi, BMW, Mercedes-Benz, Lexus, Acura et Infiniti possèdent aussi leur aura. Et on oublie volontairement ici les marques de grand prestige qui ne sont accessibles qu’à une poignée : Bentley, Rolls-Royce, etc.

Et Cadillac, dans tout cela? Elle a repris du poil de la bête depuis 10 ans, c’est une évidence, mais elle est encore très loin de sa gloire d’antan.

En vérité, il fut une époque où posséder une Cadillac, ça représentait tout.

Si l’on replonge au cœur des années 60, il faut comprendre que les marques de luxe étaient beaucoup moins nombreuses sur le marché. Il y avait Cadillac, bien sûr, mais aussi Lincoln du côté de Ford et Imperial dans la famille Chrysler. Même si chacune avait sa propre clientèle, la première dominait les deux autres au chapitre des ventes.

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Il y avait aussi Mercedes-Benz qui s’implantait tranquillement chez nous à l’époque, mais, ce n’est peut-être qu’une impression, c’était comme si cette bannière n’intéressait que les intellectuels ou des professionnels qui avaient déjà fait le tour du monde et ne craignaient pas (ou préféraient) la marque allemande.

Audi et BMW? Leur place chez nous était encore au stade embryonnaire.

Voilà qui laissait tout le champ libre à Cadillac qui dominait le segment depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Et la bannière de GM vendait à merveille son image de prestige. Pour les gens, posséder une Cadillac signifiait qu’on avait réussi dans la vie. Tellement que ceux qui ne voulaient pas trop étaler leur richesse et leur succès préféraient se procurer une Buick ou une Oldsmobile.

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Si vous êtes âgés de plus de 45 ans, vous avez probablement le souvenir d’un membre de votre famille qui possédait une Cadillac. Dans mon cas, il se nommait Léo. C’était un ami de mon frère et parce que Léo roulait en Cadillac, on le savait riche. L’était-il vraiment? Ça importait peu. L’impression que ça nous donnait, voilà ce qui importait.

Rouler en Cadillac au début des années 60, c’est ça que ça représentait.

À la défense de l’image de la marque, c’était probablement un véritable signe de succès, car on ne pouvait effectuer de locations à l’époque comme c’est le cas aujourd’hui. De nos jours, il y a beaucoup de faux riches, mais ça, c’est une autre histoire.

Et quand j’y repense, Léo, il en avait du fric; il roulait toujours en Cadillac!

La popularité de Cadillac était très forte au cœur des années 60. La division apportait des changements annuels à son modèle comme c’était la tradition partout dans l’industrie et les amateurs avaient toujours de nouveaux trucs à se mettre sous la dent.

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En 1966, pour vous donner une idée du succès de la bannière, 194 212 modèles étaient écoulés, une hausse de 8,64 % par rapport à 1965. En fait, l’année 1966 était la cinquième consécutive où la division enregistrait une hausse de ses ventes.

Au catalogue, on retrouvait cinq versions différentes soit Calais, de Ville, Fleetwood Eldorado, Fleetwood Brougham & Sixty Special ainsi que Fleetwood Seventy-Five. Bien sûr, l’équipement prenait du galon au fur et à mesure qu’on grimpait dans la gamme. Le prix aussi. Si une version Calais pouvait être obtenue pour 4986 $, il fallait débourser 10 360 $ pour une berline Fleetwood Seventy-Five. On comprendra alors que seulement 980 unités de cette dernière ont été fabriquées contre quelque 28 000 éditions Calais.

Quant à la variante de Ville, elle s’est écoulée à 142 190 copies en 1966. De loin, on parle du modèle le plus populaire de la famille avec 73,21 % des ventes.

La raison était bien simple. Le modèle de Ville, pour environ 500 $ de plus que la Calais, proposait les sièges et les vitres électriques. C’était suffisant pour convaincre la majorité. Rappelons-nous que ces deux derniers éléments étaient associés au luxe à l’époque.

Mécaniquement, un seul moteur servait la Cadillac. Il s’agissait d’un V8 de 429 pouces cubes et 340 chevaux, lequel était jumelé à une transmission automatique.

Pour ce qui est des options, là, ceux qui voulaient piger dans leur portefeuille avaient le loisir de le faire. Le modèle que l’on vous présente, par exemple, était équipé de la climatisation automatique, une commodité qui était offerte en échange de 495 $ à l’époque. La radio AM/FM coûtait 191 $, la sellerie de cuir, 141 $. Le régulateur de vitesse, 97 $, six dollars de plus que le volant inclinable et télescopique. Vous vouliez avoir la chance d’ouvrir le coffre à distance? 53 $.

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Les Cadillac des années 60 ne figurent pas parmi les véhicules les plus recherchés et ne sont pas les plus restaurés. Leur valeur, tout de même intéressante, se situe bien en deçà du coût d’une remise à neuf. Conséquemment, le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle.

Ainsi, vous aurez davantage l’occasion de découvrir des modèles originaux sur le marché que des éditions entièrement retapées.

C’est le cas du modèle que l’on vous présente cette semaine. Celui qui a eu la chance de le dénicher il y a environ deux ans, Rodrigue Amyot, sait à quel point il a eu la main heureuse. Depuis 1966, sa voiture n’a parcouru que 29 000 milles, soit un peu moins de 50 000 km. Le modèle est donc entièrement d’origine, ce qui ne fait qu’ajouter à son cachet.

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Mis à part le peu l’usure visible sur les sièges, quelques pièces de l’habitacle et la peinture, cette voiture est identique à celle qui a été achetée il y a un peu plus de 50 ans.

Et la bonne nouvelle pour cette Cadillac, c’est qu’elle n’est pas la seule possession de Rodrigue Amyot. Conséquemment, les milles ne s’accumuleront pas à un rythme fou au compteur.

Pour avoir eu la chance de conduire ce bolide, je peux vous confirmer une chose; il se comporte de façon exemplaire. Quant à l’expérience au volant, elle nous transporte littéralement en 1966, mais dans l’univers luxueux de 1966; on a l’impression de dominer le monde au volant de ce paquebot.

Il est facile de comprendre pourquoi tant d’amateurs étaient séduits.

Vraiment, un fleuron inestimable dans l’histoire de Cadillac.