Dans l’histoire de l’automobile, rarement une aussi mauvaise presse a été réservée à une voiture. Mal-aimée, la Corvair? Absolument. Toutefois, pour une bagnole qui a été si décriée, elle a joui et jouit toujours d’une popularité incroyable. Quelle est l’origine alors de cette ambivalence?

Tentons d’y voir clair.

Au cours des années 50, le marché américain est témoin de l’arrivée massive de petites voitures importées. Voyant leur popularité auprès des consommateurs, les constructeurs américains travaillent à proposer leurs propres solutions. C’est dans ce contexte que débutent en 1956 les travaux qui vont mener, à l’automne de 1959, à l’introduction de la Corvair.

Appelée à concurrencer des modèles comme la Rambler American, la Studebaker Lark ainsi que les nouvelles Ford Falcon et Plymouth Valiant, la Corvair a également dans sa mire une autre petite voiture fort populaire, la Volkswagen Beetle. Tellement que sa conception reprend la recette à succès de la fameuse Coccinelle, soit une configuration à moteur arrière.

Il faut l’avouer, c’était fort audacieux.

L’objectif de GM était clair; offrir la Corvair à un prix qui défiait toute concurrence. Ce fut mission accomplie. La première version à deux portes se vendait moins de 2000 $ US. Cependant, pour en arriver à ce prix, des décisions discutables avaient été prises.

La plus contestable fut sans contredit celle de ne pas munir la suspension avant d’une barre stabilisatrice. Coût de la pièce en question : 15 $. En conséquence, le comportement du train avant avait quelque chose de brouillon. De plus, le design de la suspension arrière, un essieu oscillant, présentait le danger, limité, de voir l’une des roues se recroqueviller sous la voiture en cas d’accident ou de manœuvre extrême.

Pourtant, la réponse des amateurs fut excellente. Plus de 200 000 Corvair se trouvèrent un foyer en 1960. Le célèbre magazine Motor Trend fit même d’elle sa voiture de l’année.

Mais un livre, publié en 1965, allait lui faire très mal.

Cette année-là, Ralph Nader, un auteur, avocat et activiste américain, publiait un ouvrage décriant la réticence et le manque de volonté des gens de l’industrie à investir et agir pour améliorer la sécurité de leurs voitures.

Le titre du bouquin en question : « Unsafe at Any Speed » (non sécuritaire, peu importe la vitesse). Le premier des huit chapitres est consacré à la Corvair. Ralph Nader y décrit ce que nous mentionnions au sujet de la suspension et cite des cas où des accidents qui ont eu lieu auraient pu être évités si la voiture avait été équipée d’une suspension plus adéquate.

Le livre a eu l’effet d’une bombe. La popularité de la Corvair en a pris un coup. Voilà qui explique la relation d’amour-haine qu’ont plusieurs envers cette voiture.

Pourtant, GM avait apporté des correctifs à sa Corvair, et ce, avant la publication du livre de Ralph Nader. Dès 1964, des améliorations importantes avaient touché la suspension. Un ressort à lame transversal avait été ajouté à l’arrière afin de réduire le roulis et offrir un comportement routier plus neutre. Les amortisseurs étaient aussi plus souples et la fameuse barre stabilisatrice, absente en 1960, était maintenant de série sur toutes les Corvair.

On avait reproché à ces dernières leur instabilité, spécialement lorsque le conducteur montrait un peu trop d’agressivité en virage. Ne serait-il pas juste de dire que c’était le cas de toutes les voitures à moteur arrière, qu’on parle de la Porsche 356, de la Volkswagen Beetle ou de la Renault Dauphine? En fait, lorsqu’on pilote une voiture à moteur arrière de façon stupide, on en perd indubitablement le contrôle.

La Corvair était peut-être plus fragile, mais pas si différente.

D’ailleurs, il suffit de demander au propriétaire de notre Corvair Monza 1964, Malcolm Peddie, ce qu’il pense de toute la controverse entourant sa voiture. « C’est de la foutaise. La voiture n’est pas plus dangereuse qu’une autre à conduire, à condition de ne pas faire le fou. Lorsqu’on la conduit normalement, son comportement routier n’est pas plus dangereux que celui de n’importe quelle autre voiture de son temps. »

Voilà pour la controverse.

Il est vrai qu’en 1964, comme nous l’avons vu, la Corvair profitait d’améliorations importantes. Qu’importe, le danger réside souvent derrière le volant.

En 1964, la Corvair profitait aussi d’une mécanique revue. La taille de son moteur de six cylindres à plat passait de 2,3 à 2,7 litres (145 à 164 pouces cubes). La puissance bondissait de 80 à 95 chevaux (moteur de base). Autre amélioration : les freins. Des tambours plus efficaces reposaient à l’arrière. Bref, la dernière année du modèle de première génération devenait intéressante.

À l’été 2008, le couple Peddie décide de se porter acquéreur d’une voiture ancienne. « Nous y pensions, mais attendions que les enfants aient quitté la maison », mentionne Marlene Peddie.

Pour dénicher la perle rare, le couple prend la route des vacances en Ontario. « Nous étions à la recherche d’une Ford Thunderbird. Nous nous étions donné une semaine pour arpenter les routes. La première voiture que nous avons vue, c’était la Monza. Nous avons poursuivi notre route, mais sommes revenus à la Monza », explique Malcolm Peddie.

La voiture était dans une bonne condition puisque Malcolm Peddie l’a conduite pour la ramener au Québec où elle a passé du premier coup l’inspection requise pour être immatriculée ici.

La Corvair des Peddie appartient à la série Monza 900, la troisième série en importance après les séries 500 et 700. Le modèle haut de gamme était la Monza Spyder (série 600). L’équipement de base de la série 900 était généreux comme en témoigne la présence de revêtements en vinyle, de feux de reculs, d’un volant de luxe avec klaxon chromé et d’une lumière dans le coffre à gants, entre autres.

Aucune restauration n’a encore été amorcée sur cette voiture. C’est plus une mise à niveau graduelle qu’elle subit, puisque le couple s’en sert abondamment la belle saison venue.

Vous remarquerez la présence de sièges modernes à l’intérieur, une situation temporaire, selon Malcolm Peddie. « Ce sont des sièges de Chevrolet S10. Lorsque j’aurai trouvé les originaux, je vais les remplacer »

Malcom Peddie ne tarit pas d’éloges à propos de sa Corvair. Il adore son comportement routier et sa suspension souple. Il est tellement devenu amoureux du modèle que lui et sa femme se sont ensuite procuré un deuxième modèle Corvair : un Greenbrier 1963.

Des amoureux fous qu’on vous dit…

Toujours mal-aimée, la Corvair?

Certainement pas chez les Peddie.