La voiture en question était une Dodge Polara 1965 qui se trouvait à vendre, une version commune à quatre portes, magnifiquement conservée, et offerte pour moins de 5000 $. Une offre à saisir, avais-je titré. À juste titre, puis-je me permettre d’ajouter?

Et c’est là que la controverse a pris naissance, car pour certains, une voiture ancienne à quatre portes, ça ne vaut pas grand-chose.

Quoi qu’on en dise, ils ont partiellement raison. Il est vrai qu’aux yeux des collectionneurs et de ceux du marché, une 4-portes, ça ne fait jamais lever les enchères et ça génère moins d’attention. Cependant, là où ils ont tort (avoir partiellement raison, c’est aussi avoir partiellement tort), c’est qu’il est faux de dire qu’une voiture à quatre portes ne vaut pas grand-chose.

En fait, pour celui qui l’achète, elle vaut souvent de l’or, car il s’agit d’un achat souhaité, rêvé, l’aboutissement d’un processus qui procure l’ultime bonheur.

À ce titre, chaque voiture ancienne vaut son pesant d’or. La valeur d’une possession, aux yeux de son détenteur, ça n’a pas de prix. Les sentiments, ça ne se quantifie pas en nombre de billets verts.

Lorsqu’on discourt sur cette façon de voir les choses, la plupart des passionnés de voitures anciennes vont s’entendre, chacun respectant les choix et les goûts des autres.

Ainsi, on se comprend que pour un modèle donné, un coupé vaut plus qu’une berline. Même la berline à toit rigide (Hard Top) vaut plus que la berline munie d’un pilier B. L’ultime valeur, c’est la décapotable.

On s’entend également qu’on n’investit pas 30 000 $ dans la restauration d’une berline sans savoir qu’on se ruine ce faisant. Nous convenons aussi que pour investir dans une voiture ancienne, il faut bien choisir son modèle.

C’est comme ça.

Cependant, permettez-moi d’ajouter un troisième sens au mot valeur. Cette fois, je ne le ferai pas à titre de chroniqueur automobile, mais bien à titre d’historien, un titre acquis dans une autre vie, comme le dit l’expression.

Je parle ici de la valeur patrimoniale.

L’automobile est un gros morceau (le mot est faible) de notre histoire. Sans elle, c’est notre réalité entière qui serait différente. Elle a servi à façonner le monde que l’on connaît, avec ce que cela comporte de meilleur et de pire. Elle a représenté ce que nous étions et symbolise aujourd’hui ce que nous sommes devenus, collectivement.

Un reflet de nous-mêmes, finalement.

Et c’est là que chaque voiture ancienne vaut son pesant d’or. En face d’une Duesenberg Model J 1930, on peut ressentir une grande admiration pour les concepteurs et s’imaginer le genre de vie que menaient les gens qui avaient les moyens de se payer ce modèle à l’époque. Il en va de même pour tous les grands bolides de l’histoire, ceux qui se sont inscrits dans les anales pour toutes sortes de raison.

Ce même exercice, on peut le faire devant une Dodge Polara 1965, pour en revenir à ce modèle. On peut s’imaginer le moment où cette voiture a été choisie pour servir les besoins d’une famille aux revenus plus modestes. On peut imaginer la vie de cette même famille et la quantité de souvenirs que ses membres ont vécus à bord.

Ce genre de souvenirs, ça n’a pas de prix et ça ne se compte pas en nombre de portières.

Conséquemment, la valeur de chaque voiture ancienne est inestimable et au-delà de ce qu’elle représente aux yeux du marché et de celui des acheteurs, elle a une valeur patrimoniale.

Détruire son patrimoine, c’est un peu se détruire soi-même. Dans les cas des berlines à quatre portes, boudées sur le marché, il importe de les sauver pour cette même raison.

Au-delà des goûts personnels et des intérêts pécuniaires, c’est de cela qu’il faut se souvenir à la vue de chaque voiture ancienne.

Et, question de réconcilier tout le monde avec les voitures à quatre portes, notre galerie en regroupe quelques-unes qui méritent un second regard.

À bon entendeur…