Sauf dans le cas de Denise Turcotte et de sa Ford Anglia 1961.

Il n’est pas rare de voir des couples célébrer leurs noces d’or (50 ans) et raconter avec fierté leur première rencontre, ainsi qu’à quel point ils sont heureux d’avoir traversé les épreuves de la vie ensemble. Lorsqu’on les voit relater ce genre d’histoires, généralement, en y portant attention, il est encore possible de voir des étincelles dans leurs yeux.

La chose est plus rare entre un humain et une automobile.

Si les cas de personnes qui deviennent amoureuses de leur moitié à quatre roues ne sont pas aussi rares que la logique nous permettrait de le croire, les relations qui s’étendent dans le temps, elles, le sont davantage.

Et la raison, vous le devinez, est fort simple ; une auto, ça se détériore un peu plus vite qu’un être humain.

On vous dira bien que les deux peuvent subir une restauration, mais évitons ce terrain glissant cette fois-ci, si vous le voulez bien. Notre histoire en est une d’originalité, et ce, sur toute la ligne.

Et elle unit, depuis 1961, une petite voiture aux lignes sympathiques à une charmante dame qui a encore du feu dans les yeux lorsqu’elle en parle.

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Toutes les relations qui durent ne commencent pas par un coup de foudre, mais celle qui nous intéresse tombe dans cette catégorie.

Le déclic s’est produit quelque part au début de l’année 1961. Denise Turcotte raconte ; « Je chantais à l’époque dans une chorale et en me rendant à une pratique avec des amis, on passait toujours devant un garage Ford. Un jour, j’ai vu cette petite voiture et ç’a été l’amour au premier coup d’oeil. Parfois, on s’arrêtait pour que je puisse la regarder et l’examiner de plus près. Je lui donnais une petite tape en lui disant “un jour, je vais t’avoir” ».

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Ce jour-là vient assez rapidement. Denise Turcotte réalise son rêve le 19 avril de la même année, soit celui de posséder sa première voiture. « J’étais assez contente, la voiture me faisait penser à moi ; petite et coquette. »

Généralement, lorsqu’on fait l’achat d’un véhicule, on a une idée du nombre d’années qu’on souhaite le conserver. Pour certains, c’est le temps d’un terme de location ou de la durée de la garantie. Pour d’autres, c’est le plus longtemps possible, question de « rentabiliser » l’achat.

Pour Denise Turcotte, l’objectif était tout autre, déjà. « C’est sûr que je voulais garder l’auto le plus longtemps possible, mais il est difficile de voir si loin en avant. En même temps, je me disais que je ne la vendrais jamais. »

Même un mariage, en 1969, n’est pas venu compromettre la relation avec la Ford Anglia. Le premier s’est malheureusement terminé en 1972 ; heureusement, la deuxième perdure.

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Le temps, pour une voiture au Québec, peut être mortel. Nos hivers sont souvent sans merci pour certains modèles et à l’époque, plusieurs ne faisaient que passer ; leur caractère biodégradable les envoyait rapidement à la casse.

Denise Turcotte a peut-être eu une prémonition dans le cas de sa voiture, car dès le départ, elle lui a fait épargner les rigueurs de notre climat. « Il n’était pas question qu’elle subisse nos hivers ; je l’aimais bien trop pour ça », raconte-t-elle avec humour.

Cette précaution va permettre à la Ford d’origine anglaise de survivre. En fait, elle a été la voiture principale de Denise Turcotte jusqu’en 1978. Cette année-là, elle faisait l’acquisition d’une Ford Econoline… qu’elle possède toujours !

Décidément…

En vérité, à partir de ces années, la routine sera bien simple pour notre septuagénaire. Ses étés, elle les passait au Québec et au volant de sa Ford Anglia et de son Econoline. Lorsque l’hiver se pointait le nez, la première prenait le chemin du remisage alors que la deuxième empruntait la direction de la Floride.

Depuis 1979, c’est là que Denise Turotte fuit la neige, le froid et la gadoue.

À son retour, elle retrouve son premier amour avec qui elle passe encore de très beaux moments. L’un d’eux fut cet été au Concours d’Élégance de Chambly ; c’est là que nous avons fait leur rencontre.

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D’ailleurs, voilà une autre coutume qu’entretien Denise Turcotte avec sa voiture, soit la tournée de quelques expositions de voitures anciennes au cours de l’été. Voilà une excellente façon de garder la forme ; on parle ici autant pour la voiture que pour sa propriétaire.

Et, au fait, comment est-ce que cette Ford Anglia a réussi à survivre pendant 57 ans ?

« J’en ai pris soin, bien sûr, et je me suis aussi occupé d’elle lorsque c’était nécessaire. J’ai même suivi un cours de peinture et de débosselage à Key West, en Floride, afin de pouvoir effectuer des réparations moi-même. La voiture a même changé de couleur un temps en passant à un bleu pâle, mais je lui ai redonné sa couleur d’origine par la suite. »

Au final, malgré tout ce temps, la Ford n’a parcouru que 70 000 milles, soit quelque 113 000 kilomètres.

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Parmi ses exploits, l’Anglia compte 55 visites à l’exposition universelle de 1967. Denise Turcotte a toujours son Passeport, d’ailleurs, estampillé de bout en bout.

La voiture a fait aussi de nombreux aller-retour à Amos, le patelin natal de sa propriétaire. À ce sujet, le collant « Poussez pas » qui peut être vu dans la lunette arrière a été placé là pour une raison bien particulière:

« L’auto n’est pas très puissante et une des côtes qui doit être grimpée en se rendant là-bas est si inclinée que je la terminais en première vitesse », se rappelle Denise Turcotte avec beaucoup de nostalgie.

Des récits du genre, on sent qu’elle pourrait nous en raconter à l’infini.

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Et l’histoire n’est pas terminée. Tant et aussi longtemps que la santé sera de la partie pour Denise Turcotte, vous pouvez être certains d’une chose ; il sera possible de la voir au volant de son premier amour une fois l’été venu.

Et pour très longtemps encore, souhaitons-le !