Les décapotables, quelles qu’elles soient, ont toujours eu la cote auprès des amateurs d’automobiles. Qu’on parle d’un modèle récent ou d’une vieillerie du siècle dernier, cela importe peu. Tant et aussi longtemps qu’une balade cheveux au vent est possible, le reste demeure bien secondaire.

N’est-ce pas l’unique raison d’être d’une décapotable?

Essentiellement, ces dernières peuvent être configurées de deux façons : soit munie d’un bonnet souple, soit équipée d’un toit rigide. Depuis quelques années, de plus en plus de modèles profitent de la deuxième solution. Son avantage est évident. En plus de donner une allure d’enfer à une voiture, elle permet son utilisation à l’année.

Au fait, quelle fut la première voiture à profiter d’une telle conception?

La réponse pourrait vous surprendre.

Avant d’aller plus loin, un mot sur le suffixe (Skyliner) ajouté au nom de la voiture (Fairlane). Il avait été une première fois mis à l’index par Ford en 1954 avec le modèle Crestline Skyliner, puis sur les Fairlane Crown Victoria Skyliner de 1955 et 1956. Ces voitures étaient dotées d’un toit rigide fixe, mais composé d’une partie en plexiglas au-dessus des sièges avant, ce qui permettait de voir le ciel.

Il était donc tout normal que le nom réapparaisse pour désigner une décapotable.

Une deuxième précision est nécessaire. Vous trouverez sur le marché des décapotables nommées Fairlane Skyliner ainsi que Fairlane Sunliner. La différence est simple; Sunliner pour toit souple, Skyliner pour toit rigide.

Les versions Skyliner de la Fairlane sont produites entre 1957 et 1959 et remportent du succès auprès des amateurs. Pour la première fois, une voiture décapotable à toit fixe était vendue à grande échelle.

Chez Ford. Le modèle aura modestement contribué, en 1957, à permettre la réalisation d’un fantasme aux bonzes de Ford, soit de devancer Chevrolet au chapitre des ventes pour la première fois depuis 1935. Ironiquement, la concrétisation de ce rêve poussera Henry Ford II a prendre une décision qui lui fera perdre rapidement sa première place. Il ordonna qu’on redessine substantiellement la gamme pour 1958, question de bien la différencier de celle qui l’avait aidé à devancer Chevrolet en 1957.

Le but était de demeurer à l’avant; cela lui fera prendre un pas en arrière.

La Skyliner, issue du modèle haut de gamme chez Ford, la Fairlane, était du lot. Même elle, en 1958, voyait ses ventes chuter. De 20 766 qu’elles étaient en 1957, elles passèrent à 14 713 unités. Elles atteindront le seuil de 12 915 en 1959, dernière année de production de cette déclinaison à toit dur.

Un jalon venait néanmoins d’être posé dans l’industrie et en 1996, lorsque Mercedes-Benz revint à la charge avec sa SLK, les plus vieux ont eu une impression de déjà vu.

Cette impression de déjà vu, ceux qui étaient plus âgés en 1957 en avaient certainement ressenti une à la vue de la Fairlane Skyliner, car Ford n’était pas la première compagnie à avoir pensé à cette technologie.

Au début des années 20, l’ingénieur américain Ben Ellerbeck concevait un premier toit rigide rétractable. Il fut monté sur une Hudson Super Six 1919 et dévoilé au public à la première réunion des carrossiers-constructeurs tenue à New York en 1922. Son démarchage lui permit de se faire reconnaître et mit en lumière le côté intéressant de son œuvre. Il approcha plusieurs compagnies automobiles au cours des années suivantes, mais ces dernières ne semblèrent pas prêtes à se risquer dans son aventure.

Puis, en 1931, Georges Paulin, designer au sein du carrossier constructeur français Pourtout, conçoit un toit rigide rétractable qui sera plus tard installé sur la Peugeot 402 Éclipse. L’invention de Paulin, brevetée en 1933, fit de Peugeot le premier manufacturier à mettre en production une décapotable à toit rigide. Lors de la première année, un mécanisme électrique assurait la levée et la fermeture du toit. Jugé trop compliqué, il fût remplacé par un système manuel dès l’année suivante. Entre 1935 et 1940, environ 580 Éclipse ont été produites.

Malheureusement, la Deuxième Guerre mondiale est venue mettre fin à cette aventure.

D’ailleurs, le même sort fut réservé au concept Thunderbolt 1941 de Chrysler. Ce dernier mettait également de l’avant un toit rigide rétractable, dessiné par Alex Tremulis, celui qui allait donner vie à la Tucker quelques années plus tard. Seulement six concepts Tunderbolt ont été construits et du lot, quatre auraient survécu.

Des trois millésimes existants de la Skyliner, le 1958 était dans la mire d’Yvon Leroux, notre heureux propriétaire. « La 1957 a beau être plus populaire, elle ne m’intéressait pas, parce que son moteur n’est pas aussi puissant que celui de la 1958 », affirme-t-il avec justesse. En fait, on réalisa chez Ford que pour déplacer cette masse. Au total, le toit rigide ajoutait plus de 450 livres au modèle. C’est aussi pourquoi le modèle Skyliner n’était pas offert avec un moteur à six cylindres.

Quant à la bête que vous pouvez admirer dans nos pages, avant de prendre l’allure qu’elle a aujourd’hui, un travail de moine a été nécessaire.

« Elle était très amochée lorsque j’en ai fait l’acquisition », raconte celui qui a dû patienter une dizaine d’années avant de voir la restauration aboutir sur le produit final. « La voiture a été achetée il y a une quinzaine d’années. Elle est originaire de la Californie, mais s’est beaucoup promenée avant d’arriver chez nous. »

Yvon Leroux dit vrai. Cette Fairlane a séjourné à Vancouver, à Ottawa et ailleurs au Québec avant de passer aux mains de son maître actuel.

Pour ce qui est de la restauration, un mot sert à la résumer, selon Yvon Leroux : cauchemar. « Elle était complète, mais c’est une bagnole complexe. Simplement au niveau du toit, il y a quelque 600 pieds de fils et plusieurs connecteurs; ça n’a pas été facile de remettre tout ça à neuf. »

Le chrome a aussi représenté un défi. Les pièces étaient usées, bossées, défraîchies. On voulait bien les remplacer, mais aucune n’a été trouvée en bonne condition pour leur être substituée. En conséquence, elles ont dû être réparées et restaurées : un travail chirurgical. « J’ai donné un coup de main à mon restaurateur, mais ce dernier est incroyable; il a des doigts de fée », explique Yvon Leroux.

Si l’entreprise semble avoir été ardue, le résultat en valait le coup; la voiture est dans un état formidable.

Il faut voir les gens s’agglutiner autour d’une Fairlane Skyliner lorsque le toit est en fonction pour comprendre tout l’attrait que peut susciter cette voiture. Si la vue d’un ballet mécanique ne nous impressionne plus sur nos voitures modernes, ce n’est pas la même chose lorsque la même danse s’exécute sur une belle d’autrefois.

Ça nous rappelle une chose : on n’a rien inventé.

Fiche technique
Marque : Ford
Modèle : Fairlane 500
Version : Skyliner
Année 1958
Production : 14 713 (35 029 modèles Sunliner)
Prix : 3138 $
Moteur : V8 de 352 pouces cubes
Puissance : 300 chevaux @ 4600 tr/min
Couple : 380 livres-pieds @ 2800 tr/min
Transmission : automatique à trois vitesses
Poids : 4094 livres
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