Généralement, un survivant, c’est une décapotable ou une voiture de très grand luxe qui repose aux mains d’un collectionneur privé. En quelques occasions, c’est un modèle X qui a réussi par miracle à ne pas être trop utilisé et qui a profité d’un garage pour conserver sa superbe. Lorsqu’un véhicule ne sort pas depuis quelques décennies et est conservé dans un climat tempéré, il n’a pas le choix de bien se conserver.

Cependant, dans le cas d’une camionnette ou d’un véhicule utilitaire sport comme le GMC Jimmy, il s’agit pratiquement d’un miracle. Voilà le genre de véhicule qui était utilisé à souhait, hiver comme été. Après quelques années, la rouille l’attaquait avec virulence et lorsque sa vie utile était terminée, il prenait le chemin du centre de recyclage.

Sauf dans le cas de situations exceptionnelles, comme celle du modèle en vedette cette semaine.

HeapMedia432568

Avant les années 80, les VUS étaient une denrée rare sur le marché. En fait, les quelques produits qui existaient étaient de vrais véhicules à quatre roues motrices, le genre qui ne craignait pas une aventure hors des sentiers battus. On pense instinctivement au Land Rover, aux produits Jeep et au Ford Bronco, par exemple.

On était encore très loin des VUS luxueux et incapables d’une vraie virée hors route.

Ainsi, lorsqu’un nouveau VUS apparaissait à l’époque, c’était un vrai.

Comme le Jimmy.

En 1982, de nouveaux véhicules font leurs débuts dans le portfolio de General Motors. Parmi eux, on compte une camionnette qui va connaître une carrière impressionnante, la S-10. Il s’agissait d’une première du côté des constructeurs américains dans ce nouveau segment qu’on connaît aujourd’hui comme celui des camionnettes intermédiaires.

Reprenant une formule dont elle est passée maître (pas toujours pour les bonnes raisons), GM multipliait les produits basés sur la plateforme de son nouveau venu. Ainsi, mis à part le S-10 chez Chevrolet, on retrouvait le GMC S-15 à l’enseigne réservée aux camions, mais aussi deux VUS basés sur ces derniers, les Chevrolet S-10 Blazer et GMC S-15 Jimmy.

HeapMedia432582

Ce qui était étonnant, c’est que leur créateur leur prêtait des noms qui existaient déjà au sein de la famille. En effet, des VUS nommés Blazer et Jimmy étaient proposés sur les bases des camionnettes pleine grandeur. D’ailleurs, la nomenclature ne sera jamais simple en ce qui les concerne. Par exemple, un ensemble offert sur le Blazer prendra le nom de Trailblazer et deviendra un modèle pleine grandeur à part entière au début des années 2000.

Pourquoi faire les choses simples?

Pour en revenir à nos moutons, les nouveaux venus de 1982 vont connaître du succès auprès des amateurs. Les camionnettes, on comprend facilement pourquoi, elles qui proposaient l’aspect pratique des plus grandes, mais sans leur consommation d’essence éhontée.

Quant aux nouveaux VUS, ils séduisaient une nouvelle clientèle et allaient marquer leur époque.

Si vous faites le tour de votre entourage, vous êtes certains de trouver des gens qui avaient ces véhicules en admiration.

C’est le cas du propriétaire de notre pièce, Richard Morency. Jeune, il avait eu un coup de foudre pour ce véhicule; on y revient.

Avec le recul, lorsqu’on regarde ce qu’offrait GMC aux débuts de ce modèle, on réalise qu’on nageait dans la simplicité. La simplicité, mais aussi l’efficacité.

Mécaniquement, deux moteurs étaient livrables. De série, on retrouvait un V6 de 2,8 litres et 115 chevaux et 150 livres-pieds de couple. En option, il était possible de sélectionner un nouveau moteur en 1985, soit un bloc 4-cylindres de 2,5 litres annoncé comme plus économique à l’usage. Ce dernier profitait d’une technologie relativement nouvelle à l’époque, soit l’injection électronique.

HeapMedia432574

Signe des temps, c’est une boîte manuelle à quatre rapports qui était servie de série avec les deux moulins. En option, l’acheteur pouvait opter pour la boîte automatique à quatre vitesses avec surmultiplication. Une boîte mécanique à cinq rapports était aussi livrable moyennant supplément.

Bien sûr, la motricité aux quatre roues était la principale carte de visite du modèle. Elle pouvait être sélectionnée en tout temps, mais le conducteur avait le loisir de conserver l’adhérence seulement à l’arrière. Le tout se faisait à l’aide d’une molette située à l’intérieur.

Du reste, on remarque une configuration à deux portes, ce qu’on ne voit pas aujourd’hui du côté des VUS, sauf exception comme chez Land Rover avec l’Evoque.

C’est un peu par hasard que nous avons découvert ce véhicule alors que c’est à un autre produit détenu par notre collectionneur, Richard Morency, que nous nous intéressions. L’item en question est un Dodge Ram 1987 et son histoire vous a déjà été racontée. Vous pouvez la consulter ici.

C’est donc en organisant la rencontre pour réaliser un reportage sur le Dodge Ram que nous avons appris que Richard Morency possédait une autre perle, soit le GMC Jimmy que l’on vous présente. Le principal intéressé ne fut pas difficile à convaincre.

Pour nous, il s’agissait d’une occasion en or. Effectivement, quelles sont les chances que l’on découvre un autre véhicule du genre au Québec dans les prochaines années? Nulle? Presque, oui!

HeapMedia432591

Alors comment fait-on la découverte d’un tel véhicule? Richard Morency nous le raconte : « J’ai aperçu ce GMC à vendre en août 2014 sur une page Facebook. L’achat s’est fait un mois plus tard. Je n’ai pas été difficile à convaincre, d’abord en raison de l’état du produit, mais surtout parce que mon premier véhicule avait été un Chevrolet S10. Incidemment, il profitait du même V6 de 2,8 litres. Ce GMC était un match parfait. »

Au risque de se répéter, il importe de rappeler que le Jimmy était construit sur les bases du Chevrolet S10.

Pour Richard Morency, posséder ce véhicule le ramène au milieu des années 80. « C’est incroyable les souvenirs qui me passent par la tête quand je prends le volant. J’adore la sensation de conduite et le fait que le camion soit d’origine. L’intérieur rouge est certes l’une de ses caractéristiques préférées. Les gens n’en reviennent pas lorsqu’ils le voient. »

Là-dessus, on peut facilement le comprendre. Nous aussi étions dupes lorsque nous avons aperçu ce véhicule pour la première fois.

Un auquel on peut attribuer, sans conteste, l’étiquette de survivor.

À une époque où les VUS étaient rares sur les routes, le GMC Jimmy détonnait. Aujourd’hui, il ne serait qu’un produit parmi d’autres.

Parfois, l’histoire ne peut pas se répéter.