L’Ile de Man, située entre l’Angleterre et l’Irlande, n’a été le théâtre d’une production automobile qu’une seule fois dans toute son histoire. C’était dans les années 1960, à proximité de son port de pêche Peel (tiens donc…). et moins de 130 exemplaires y ont été fabriqués – à la main, il va sans dire.

Cette dépendance de la Couronne britannique a donné naissance non pas à une, mais bien à deux drôles de bibittes sur trois roues qui, encore aujourd’hui font parler d’elles: la Peel P50, qui a détenu pendant près de 50 ans le record Guinness de la plus petite voiture du monde, de même que sa «plus grande» soeur, la Peel Trident.

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La première, la Peel P50, est aujourd’hui encore reconnaissable entre mille avec son unique place, son unique portière (sur le côté gauche) et son unique phare, le tout posé sur une carrosserie monocoque de fibre de verre à la forme caricaturale, posée sur trois roues – deux devant, une derrière.

À peine longue de 1,4 mètre, la Peel P50 est non seulement deux fois plus courte que l’actuelle Smart fortwo, mais elle fait paraître comme des géantes d’autres «petites» d’antan – la Isetta, par exemple.

Plus compacte que ça, on… n’y entre pas.

Demandez au légendaire animateur automobile Jeremy Clarkson, qui a peiné à y glisser son 6,5 pieds, lors d’un moment télévisé historique d’octobre 2007 qui, encore aujourd’hui, est l’un des épisodes de Top Gear les plus fréquemment visionnés (plus de 15 millions de fois, au moment d’écrire ces lignes).

Oh, à la 2e minute du segment, vous entendrez notre citation préférée…

«La vitesse de pointe dépend de votre poids… et de ce vous avez mangé au petit-déjeuner.»

- Jeremy Clarkson

La Peel Trident n’est guère plus longue – 1,8 mètre – mais elle s’amène avec deux places. Pas de portière pour elle; plutôt, il faut soulever un dôme de Plexiglass afin de s’installer à bord.

D’où les deux surnoms qui lui ont rapidement collé à la… fibre de verre: la soucoupe volante terrestre et la voiture-bulle.

Les Peel misaient sur un moteur deux temps d’un seul cylindre (49cc) pour produire 4,5 chevaux, une puissance aussi petite que la roue arrière qui les propulsait par le biais d’une transmission à trois vitesses…

… sans mode recul.

Pour des manoeuvres à l’inverse, il fallait s’extirper de la cabine et agripper la poignée apposée bien en évidence au «hayon», afin de replacer la voiture dans la direction voulue.

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On vous l’a mentionné plus haut, mais répétons-le quand même: moins de 130 Peel ont été fabriquées, cette décennie-là. La Peel Engineering Company n’a pas tenu de compte précis de sa production, toutes n’ont évidemment pas survécu, certaines se cachent sans doute quelque part…

… mais une chose est sûre: les Peel sont prisées des collectionneurs. Ces dernières années, trois Peel P50 de 1964 ont simultanément trouvé preneur aux enchères pour des prix variant de 120 000$US à 176 000$US.

Il n’en avait pas fallu plus – ça, et une visite au musée Ripley’s d’Orlando où trône une de ces Peel – pour susciter des désirs de faire renaître la marque historique chez deux passionnés britanniques d’automobiles, Gary Hillman et Faizal Khan.

Les deux hommes d’affaires se sont pointés à l’émission anglaise Dragon’s Den (Dans l’oeil du Dragon) pour dégoter 80 000 livres (160 000$ canadiens) en échange d’une part de 10% dans une Peel Engineering Limited à la destinée plus ou moins claire.

Le Dragon britano-pakistanais James Caan avait quand même suffisamment cru à l’aventure pour verser la somme demandée, mais en échange de 30% de l’entreprise… et deux Peel, soit une de chaque modèle.

Depuis, le trio a redémarré la chaîne de production manuelle – non pas à l’Ile de Man, mais plutôt en banlieue de Mansfield, en Angleterre.

Si le dôme de Plexiglass (pour la Trident), la carrosserie de fibre de verre et les trois roues sont toujours de mise, les «nouvelles» Peel se sont modernisées d’un essuie-glace, mais surtout du choix de deux moteurs: le premier à essence et le second, électrique – avec freinage régénératif et une autonomie de 25 km, s’il vous plaît.

Oh, et le mode recul est enfin proposé, merci à la transmission désormais à variation continue (CVT). Les performances demeurent toutefois minimales – même que la puissance chute du quart, maintenant à… 3,5 chevaux.

Heureusement, le couple se fait trois fois plus intéressant pour le moteur électrique, avec… 11 lb-pi. Voilà qui est bien nécessaire pour ces «nouvelles» Peel qui ont jusqu’à doublé leur poids. Imaginez: la Trident fait désormais osciller la balance à 160 kg (352 lbs).

Les Peel équipées du moteur à combustion misent sur un réservoir d’à peine six litres de carburant – réserve incluse. C’est cinq fois moins que pour la Smart fortwo, l’une des moins nanties à ce sujet à l’époque (pas si lointaine) où elle consommait de l’essence. Remarquez, ces six litres vous mèneront loin, avec des cotes de consommation qui s’affichent à plus ou moins 2L/100km.

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Alors, est-ce qu’on vous en Peel une? Et si oui, de quelle couleur la voulez-vous: Blanc Daytona? Bleu Trident? Jaune Soleil? Mauve Joyvillle ou… Rouge Dragon?

Parfait, maintenant, sortez votre chéquier. Car la transaction, qui vous aurait coûté le prix d’un scooter dans les années 1960 (soit 199 livres anglaises) vous soutirera aujourd’hui près de 22 000$ canadiens.

C’est trois fois plus qu’à l’époque, une fois les devises ajustées.

Du coup, on est loin du slogan d’antan qui disait que de rouler en Peel était «presque aussi économique que de marcher»…

… À plus petite voiture du monde, s’annexe ce qui semble être “le plus petit manuel du propriétaire des temps modernes. Le document fait à peine une quinzaine de pages…

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