Pareille scène s’est déroulée sous nos yeux lors de notre passage à Pebble Beach, en Californie, pour la semaine d’activités automobiles qui s’y tient toujours en août. À l’occasion, nous avons eu l’incroyable chance de voir se pointer au débarcadère de l’hôtel, tout bonnement, une Mercedes-Benz 300 SL 1955.

Vous savez, LE classique des classiques dans l’histoire de ce constructeur. Simplement ça.

Cette Mercedes-Benz SL Gullwing, qui vaut au bas mot entre 1 et 1,5 million de dollars américains sur le marché, selon l’état, n’était pas la première voiture exceptionnelle qui nous passait sous les yeux. Quelques instants auparavant, une Ferrari F40 était venue parader. Son conducteur en était descendu pour aider sa partenaire à s’extirper du bolide.

Un exemple de galanterie. La grande classe.

Le type est ensuite remonté à bord de son chef d’oeuvre pour aller le garer – lui-même – en sûreté.

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On s’entend, voilà le genre de comportement auquel on s’attend de celui qui détient une voiture hors prix. Et c’est ce qu’on attendrait de la part du propriétaire d’une Mercedes-Benz 300 SL 1955.

Au lieu de quoi… la scène qui s’est déroulée devant nos yeux nous a sidérés.

Aussitôt que la belle Allemande s’est arrêtée, nous avons vu la portière du conducteur se lever avec toute l’élégance que vous pouvez imaginer. Puis, l’homme au volant en est descendu, non pas pour sortir des bagages ou aider une partenaire à sortir, mais plutôt pour…

… remettre les clefs à un voiturier imberbe qui semblait ne jamais avoir vu une clef de voiture non intelligente de sa vie.

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Nos réactions (j’étais en compagnie de collègues) ont été identiques et synchronisées: NON! 

Et pourtant, oui. 

L’adolescent (difficile de lui donner plus de 20 ans) s’est alors glissé aux commandes de la Mercedes-Benz de collection dont le moteur n’avait jamais été coupé pendant ce court laps de temps.

On s’attendait à ce que le propriétaire demeure à proximité, simplement pour voir de quelle façon l’employé de l’hôtel allait s’occuper de son «investissement»… mais il n’en fut rien. En moins de deux, il était rendu à l’intérieur de l’hôtel, préoccupé par bien d’autres choses que par l’état de sa voiture à un million de dollars américains.

Mes oreilles ont encore mal lorsque je repense à la scène.

La première chose que nous avons entendue, c’est le moteur révolutionner de façon importante. Il est évident que le kid cherchait le point de corde de l’embrayage, sans trop réaliser qu’il y allait simultanément un peu trop gaiement avec l’accélérateur.

Probablement très élevé dans la course de la pédale, le point de corde n’a pas été trouvé du premier coup par le jeune homme, qui a finalement relâché la pression sur l’accélérateur. Une deuxième tentative s’en est suivie. Même résultat, sauf que cette fois, la voiture a avancé de quelques pieds.

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À ce moment, il y avait au moins 20 personnes qui observaient la scène. Les rires, mais aussi l’inquiétude se mélangeaient sur les visages crispés et grimaçants. Tout le monde se sentait mal pour le petit… et pour la voiture.

Pauvre cette dernière: son maître venait totalement de lui manquer de respect en la confiant à un blanc-bec qui, de toute évidence, n’avait aucune idée de ce qu’il faisait.

Et voilà une troisième tentative. Cette fois, le moteur a râlé et on a vu quelques personnes se tortiller, un peu comme lorsqu’un athlète reçoit un coup dans les parties, là où ça fait mal.

Puis, enfin, la Mercedes a fait quelques pieds, ou plutôt, quelques sauts de crapaud. Le jeune avait enfin trouvé le point de corde, mais une petite odeur de cochon brûlé est venue nous chatouiller les narines, alors que la SL prenait le chemin du stationnement réservé aux VIP.

Mon regard a croisé celui de mes collègues présents sur place. Nos yeux étaient pratiquement sortis de leurs orbites. Nous demeurions incrédules devant ce que nous venions de voir. Il s’agissait de respirer pour réaliser que nous n’avions pas rêvé.

Ayoye, comme on dit.

Et c’est là qu’on vous renvoie au titre du présent billet. Auriez-vous laissé un tel bolide à un voiturier dont vous ignorez tout du tout ? 

Il est clair que la plupart d’entre vous vont répondre non à cette question. Alors pourquoi est-ce que le propriétaire de cette SL a cédé les clefs de sa voiture au jeune employé comme s’il s’agissait des passe-partout d’une Dodge Shadow 1992 ?

Nous n’avons pas eu et n’aurons jamais la réponse à cette question. Chose certaine, le propriétaire de cette pièce de collection a autant les moyens de se payer ce genre de bijou … que de se farcir ses frais d’entretien.

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La morale de cette histoire ? Y en a-t-il une, vraiment ?  

Ne pensez jamais que vous avez tout vu.

Avec le recul, ce qui nous a semblé évident, c’est que le propriétaire de la voiture n’en avait que faire de ce que le voiturier ou les employés de l’hôtel faisaient de sa Mercedes. Il avait confiance, tout simplement. À bien y penser, ça a même un petit quelque chose de rassurant.

Après tout, ce n’est que de la tôle, non ? N’empêche…

P.S. D’autres photos de ce classique de l’automobile peuvent être admirées dans notre galerie (ci-haut). Notez que sur les quatre premières photos montrant la voiture qui s’est pointée, sous nos yeux, au service de voiturier, n’apparaît jamais le jeune dont il est question dans le texte.