Lorsqu’on se trouve en présence de plusieurs voitures anciennes, on porte bien sûr attention à certaines plus que d’autres. Souvent, c’est une question d’esthétisme; le modèle A est plus beau que le modèle B. En d’autres occasions, un véhicule en particulier va attirer notre sympathie parce qu’il nous rappelle un souvenir; tante Rita en avait un, oncle Gustave rêvait d’en posséder un exemplaire, etc. Tout ça quand ce n’était tout simplement pas nos propres parents qui roulaient avec une copie identique.

Puis, il y a toutes les autres voitures, celles qu’on remarque à peine. Il est fort probable que ces dernières n’ont probablement pas meublé notre quotidien d’enfants et ne proposent pas un design tape-à-l’œil.

Pourtant, quelqu’un s’y est intéressé, puisque le modèle roule encore et est chéri par son propriétaire.

Des bagnoles du genre, il en existe des tonnes.

Et chacune possède une histoire qui mérite d’être racontée.

C’est le cas de notre vedette cette semaine.

D’un côté comme de l’autre de la frontière, le nom Meteor a été utilisé à toutes les sauces au sein de la famille Ford. Cependant, au Canada, une importance plus grande lui a été donnée.

Il fait sa première apparition à la fin de 1948 alors qu’un nouveau véhicule est introduit sur le marché (modèle 1949). Ce dernier demeurait une exclusivité canadienne, une pratique qui allait être répétée et connaître du succès au cours des prochaines décennies, et pas seulement chez Ford.

Chez nous, les modèles Meteor étaient vendus à travers le réseau de concessionnaires Mercury et Lincoln du pays. La Meteor était proposée au départ sous deux configurations et se vendait un peu plus cher que sa consœur écoulée sous la bannière Ford. Oui, la Meteor était en fait une Ford légèrement retravaillée. Néanmoins, au niveau de la carrosserie, du moteur et de l’habitacle, ça sentait Ford partout.

Comme quoi les doublons ne datent pas d’hier dans l’industrie.

Au fur et à mesure que progresseront les années 50, les modèles Meteor deviendront cependant plus distinctifs. On leur donnera une calandre propre, des phares et des feux plus singuliers, des ornements propres à la marque, etc.

La marque, oui, car il faut parler de cela. Une Meteor chez Ford, c’était l’équivalent d’un modèle Pontiac sous la grande famille GM.

Des voitures portant le nom Meteor seront vendues sans interruption jusqu’en 1961, inclusivement, au Canada. Par la suite, les choses se compliquent alors que Ford utilise et retient le nom pour un modèle Mercury aux États-Unis. Deux ans plus tard, le nom Meteor était éliminé du paysage américain et était sitôt ramené au Canada.

Mais revenons-en au début des années 50, alors que l’aventure Meteor en sol canadien est toute fraîche. En offrant un modèle portant ce nom à ses concessionnaires Mercury-Lincoln, Ford leur permet de proposer aux consommateurs un item à prix plus modique pour rivaliser avec l’offre chez Pontiac.

Il faut comprendre que le réseau de concessionnaires au Canada différait de celui opérant au sud de la frontière. Dans certaines communautés, il n’y avait qu’une seule bannière représentée et si cette dernière ne pouvait offrir des modèles couvrant toutes les gammes de prix, elle n’arrivait tout simplement pas à survivre.

Ainsi, la Meteor venait en aide aux bannières Mercury-Lincoln. En revanche, les concessionnaires Ford recevaient la Monarch, un modèle Mercury, afin de pouvoir rivaliser avec les produits Oldsmobile.

Même s’il est facile de s’y perdre, ça demeure relativement simple; les constructeurs s’arrangeaient pour que chaque concessionnaire puisse offrir la plus grande variété de modèles possible à leur clientèle.

Le modèle Meteor offert en 1950 est donc en réalité une Ford. Il est issu des séries DeLuxe et Custom offert chez la marque à l’ovale bleu. La mécanique qu’il utilise est la même, soit un V8 de 239 pouces cubes et 100 chevaux. On le distingue principalement au niveau de la grille où la signature penche plus du côté de Mercury que de Ford.

En 1950, il était mis au goût du jour… comme à chaque année. De nouvelles poignées de porte à bouton-poussoir, un nouvel emplacement pour le bouchon d’essence, de nouveaux emblèmes, on lui donnait tout pour qu’il possède sa propre identité.

Chez Ford, on est triste de constater, à la fin de l’année, le passage à la deuxième position au chapitre des ventes derrière l’éternel rival, GM. Cette situation va perdurer jusqu’au renouvellement du modèle, en 1954.

En 1950, 26 075 Meteor sont construites pour le marché canadien. Dans les publicités québécoises, on la décrivait comme « la plus que moderne ». On disait d’elle que « par sa beauté, son confort, sa performance… la Meteor domine dans le domaine des prix abordables. » On invitait bien sûr les gens à faire une « promenade-essai au plus proche dépositaire Mercury-Lincoln-Meteor ».

Voilà de quelle façon on approchait les consommateurs en 1950.

Savoureux!

Et ce qui est encore plus savoureux, c’est l’historique de notre voiture. C’est simple, chaque fois qu’on pense avoir entendu quelque chose d’unique, un récit encore plus invraisemblable nous est raconté.

Cette Meteor, tenez-vous bien, a été gagnée par un type de Beauharnois en 1950, grâce à un concours de la marque « Kick ». C’est à l’intérieur du bouchon d’une bouteille de boisson gazeuse que l’homme en question, Napoléon Beaudin, a appris qu’il devenait propriétaire de cette Meteor.

Dès lors, il prend un soin maladif de sa voiture. Malheureusement, huit ans plus tard, il décède. Son épouse décide, à ce moment, de remiser la voiture et refuse de la vendre. Même Ford, en 1975, essuiera un refus. La Meteor demeure inactive jusqu’à la mort de la dame, en 1992.

C’est alors qu’elle est acquise par un ami de Jacques Giroux, l’actuel propriétaire. « Elle n’avait que 42 000 milles et mis à part la peinture qui était défraîchie, elle était originale d’un bout à l’autre », se rappelle-t-il.

Trois ans plus tard, il en faisait l’acquisition. « J’avais bien dit à mon ami que s’il vendait la voiture un jour, de m’en parler en premier; il a tenu parole. »

À ce moment, Jacques Giroux, peintre de métier, décide de redonner à cette Meteor son éclat d’antan. Pour le reste, c’était facile, car il n’avait rien à faire sur la voiture. « Même les conduits d’essence et les freins sont encore d’origine. »

Pour une voiture de plus de 60 ans, voilà qui est particulier.

Et c’est appelé à durer. « J’en prends bien soin aujourd’hui et elle ne sort même pas lorsqu’il pleut », termine Jacques Giroux.

Une voiture gagnée dans un concours qui réussit à traverser l’épreuve du temps, voilà qui est plutôt rare. Généralement, les bolides que l’on fait tirer dans ce genre de promotion demeurent des véhicules plus génériques.

Que cette Meteor ait réussi à traverser le temps dans cet état tient du miracle.

Mais à bien y penser, l’univers de la voiture ancienne est fait de petits miracles.

Et on aime ça comme ça.

Fiche technique
Marque : Meteor
Modèle : Custom
Année : 1950
Production : 25 075
Prix : 1995 $ canadiens, environ (1590 $ US)
Moteur : 8 cylindres de 239 pouces cubes
Puissance : 100 chevaux @ 3600 tr/min
Couple : 181 livres-pieds @ 2000tr/min
Transmission : manuelle à trois rapports
Poids : 2988 livres
Modèles similaires de 1950 : Chevrolet Special DeLuxe, Ford Custom, Plymouth DeLuxe, Pontiac Streamliner, Studebaker Champion