(Photos originales: Alain Raymond)

«La plus belle course au monde»: c’est en ces mots qu’Enzo Ferrari avait qualifié les Mille Miglia, cette épopée de 1000 milles partant de Brescia, dans le nord de l’Italie, pour descendre vers Rome, et remonter à Brescia en traversant villes et villages, monts et vallées, sur des routes publiques.

Une course contre la montre, où les voitures inscrites partaient à une minute d’intervalle et qui fut, pendant 30 ans, une des épreuves maîtresse du sport automobile européen;

une course particulièrement éprouvante pour les machines et les équipages qui devaient rouler à pleine vitesse, ne s’arrêtant que pour le ravitaillement;

une course tellement folle que, 30 ans après ses débuts en 1927, elle fut définitivement interdite, non sans avoir laissé quelques victimes, tant chez les pilotes et co-pilotes que parmi les spectateurs agglutinés sur son passage.

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À l’heure où vous lirez ces lignes, l’édition 2018 des Mille Miglia Storica sera terminée. Mais… un instant; vous avez dit 1000 milles? En Italie, des milles anglais? « Mais non, Signor, ce sont des milles romains! Le mille est à l’origine une mesure romaine qui équivaut à mille passum, mille pas ».

Ce fut ma première découverte lors de ma première visite aux Mille Miglia. Depuis lors, j’y suis retourné à deux reprises, question d’étancher ma passion insatiable pour le sport automobile à l’ancienne.

Lors de ma première visite, j’avais eu le grand plaisir d’être invité par le Groupe Fiat à suivre les Mille Miglia Storica, une reconstitution apaisée de cette épreuve mythique, étalée sur trois jours.

C’est à bord d’une rutilante Alfa Romeo MiTo neuve que j’arrive au centre d’exposition de Brescia qui sert de paddock aux voitures inscrites. On s’y croirait dans un musée. Moi qui pensais connaître l’automobile, j’y découvre avec émerveillement une kyrielle de marques qui m’étaient inconnues: Ermini, Bandini, Patricia, O.M., Zanussi, Veritas, et j’en passe.

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Aussitôt inspectées, les beautés mobiles se regroupent sur la Piazza della Logia, en plein cœur de Brescia, là où la fête bat son plein en présence d’une foule très dense.

Quelques heures plus tard, la piazza se vide graduellement de ses trésors automobiles qui se préparent au départ sur Viale Venezia. Vers 20 h, la première voiture se hisse sur le podium et repart presque aussitôt, suivie d’un petit nuage de fumée.

Lancer plusieurs centaines de voitures à une minute d’intervalle, ça prend… plusieurs centaines de minutes, sans compter les inévitables retards. C’est donc en pleine nuit que je retrouve ma MiTo et mon indispensable GPS qui me dirige vers le premier arrêt à Ferrara.

En route, je retrouve le convoi qui file à vive allure sur les routes de Lombardie à destination de l’Émilie-Romagne. Tout le long du chemin, des spectateurs, dont certains en pyjama, attendent le passage des voitures jusque très tard dans la nuit.

Après quelques heures de sommeil, c’est un déjeuner rapide et le nouveau départ sur Corso Giovecca, à destination de Rome. Bien à l’aise au volant de l’Alfa MiTo, je zigzague dans la circulation du matin pour suivre les concurrents qui ne se gênent pas pour créer une troisième voie « virtuelle » entre les deux voies existantes. Certes, les automobilistes se tassent souvent sur la droite pour nous laisser passer, surtout lorsque nous sommes précédés d’un motard éclaireur, tous gyrophares clignotants.

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Confortablement installé dans le siège-baquet de l’Alfa, je ne peux m’empêcher de penser à ces équipages qui roulent sans capote ni pare-brise à bord de voitures venant d’un autre siècle.

Et moi qui croyais que ces Mille Miglia seraient en quelque sorte un rallye pépère se déroulant sur des routes tranquilles de la campagne italienne. « Attendez d’arriver aux montagnes », me lance un collègue de l’équipe Fiat.

Mais auparavant, je décide de faire un arrêt à un point de contrôle et de me mêler à la foule où se pressent une centaine d’enfants d’âge scolaire. Nous sommes pourtant vendredi. « Mais pour les Mille Miglia, Signor, les enfants sortent des écoles pour saluer les voitures. Ça fait partie de notre patrimoine culturel », m’explique la pâtissière qui me sert une chocolatine et un espresso lungo.

J’aime l’Italie.

Trêve de flâneries. Je reprends la route jusqu’à Sansepolcro, entre San Marino et Assise. À la sortie de la ville, la petite Fiat Abarth Zagato 750 1957 que j’avais admirée à l’arrêt précédent est immobilisée sur le bord de la route.

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«Avez-vous besoin d’aide?» «Oui, je crois que c’est l’embrayage.» Je regarde sous l’auto: « Non, c’est le joint flexible de l’arbre de roue.» Demandez-moi comment je sais… Une petite foule encercle rapidement l’Abarth rouge et, du troisième étage, une mamma crie à son fiston de téléphoner au garage du coin. Quelques instants plus tard arrivent deux mécaniciens qui confirment la défaillance du satané joint flexible.

Illico presto, l’Abarth est remorquée au garage où l’un des mécanos commence le démontage tandis que l’autre se lance à la recherche du joint maudit. Dix minutes plus tard, il revient triomphant avec non pas un mais deux joints, «au cas où le côté gauche ferait aussi défaut».

En moins de 90 minutes, le New Yorkais Carl Magnusson et son co-pilote italien reprennent la route. Pour un instant, c’est comme si je revivais la Fiat 600 de mes 20 ans.

Enfin, les montagnes en direction de Terminillo. Une succession de virages et de montées abruptes qui font peiner les vieux chevaux des petites cylindrées et ceux des plus pesantes berlina mieux adaptées aux routes de rase campagne.

Par contre, c’est le terrain privilégié des agiles spiders et coupés Porsche qui se jouent des épingles bordées de neige fondante. Au sommet, à près de 1800 mètres d’altitude, les foulards et les gros manteaux sortent pour protéger les équipages qui prennent le temps de siroter un café fumant.

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Puis, c’est la descente vers Rome par une succession interminable de lacets. Une fois de plus, je pense aux Bugatti et Alfa Romeo des années 20 et à leurs freins à tambour commandés par câbles. Quel courage!

Vers 23 heures, j’entre enfin dans la Ville éternelle qui brille de ses mille feux. Au chic Hôtel La Griffe m’attend un buffet dressé sur la terrasse à l’intention des équipages et équipes de soutien du Groupe Fiat. Musique douce sous les étoiles, repas léger, mais néanmoins savoureux.

Je vous dis, j’aime l’Italie.

Samedi aux aurores, je quitte les Mille Miglia à destination de Maranello pour assister à la vente aux enchères organisée par RM Auctions au royaume de Ferrari. Mais mes Mille Miglia ne sont pas pour autant terminés puisque la folle cavalcade doit faire escale à Maranello en fin d’après-midi.

Au point de contrôle, sur Via Enzo Ferrari, les rescapés des deux jours défilent les uns après les autres devant le chronomètre électronique (ô sacrilège), tandis que les voitures arrivées en avance sur l’horaire se garent pêle-mêle en un joyeux embouteillage. Une belle occasion de photographier autant de voitures de légende.

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De Maranello, les Mille Miglia remontent vers Brescia via Parme, Crémone et Monza. Et c’est précisément sur ce circuit historique que je les retrouve.

Parmi les voitures qui retiennent mon attention, la magnifique berlinette Fiat 8V Zagato 1952 de l’équipage japonais Yoichi Sato et Mitsui Kakiya.

« Tout va bien pour notre quatrième Mille Miglia », m’explique la charmante Mitsui, « mais il fait très chaud à l’arrêt sous le soleil. Nous avons hâte de redémarrer ».

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Monza étant à moins de 100 km de Brescia, les concurrents qui ont survécu aux trois jours commencent à arriver au centre-ville en début d’après-midi sous les applaudissements de la foule qui longe la route et des chanceux qui ont réussi à trouver une table sur une terrasse d’où ils admirent le passage de ce musée vivant, fumant et pétaradant.

Info : S’il vous vient à l’idée de visiter l’Italie et si vous aimez l’automobile, je vous suggère d’inscrire les Mille Miglia à votre programme. Allez sur www.1000miglia.it pour en savoir plus.

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