Le 31 décembre prochain marquera la fin d’une ère au pays, celle du constructeur Suzuki. En fait, la marque nipponne ne dit pas adieu au marché local puisqu’il y a encore un intérêt du côté de la division motos, véhicules récréatifs (VTT) et moteurs hors-bords. Toutefois, l’aventure automobile en est à ses derniers soubresauts.

L’annulation des opérations américaines l’an dernier a bien évidemment sonné le glas de l’aile canadienne, même si, dans les faits, l’aventure nord-américaine avait débuté en 1981 avec le Suzuki SJ, ancêtre du mythique Samurai.

HeapMedia275041

Suzuki ne fera son entrée en territoire américain qu’en 1985. Sans le bassin d’envergure de nos voisins du sud, il est en effet difficile pour un constructeur comme Suzuki qui ne possède pas de véhicule à forte marge de profit au sein de son alignement. Pour arriver à engendrer des profits, il faut vendre beaucoup de véhicules lorsque ceux-ci sont à caractère économique.

De plus, l’absence d’une usine de production sur notre continent rend difficile la poursuite des opérations, surtout avec le yen japonais toujours aussi fort. Ce n’est pas pour rien que, depuis quelques années, les usines de production (Honda, Nissan, Toyota, etc.) poussent comme des champignons au sud des États-Unis, une production locale étant moins dispendieuse que l’exportation à partir du Japon. Les modèles Suzuki sont tous fabriqués au pays du soleil levant, ce qui explique en partie le prix important demandé.

Le réseau de concessionnaires n’a pas aidé la cause du constructeur non plus. Après tout, au Canada, il n’y a que 55 enseignes, un nombre trop restreint pour espérer rejoindre une masse importante de consommateurs.

Et même si cet élément ne devrait pas entrer en ligne de compte lors de l’achat d’un véhicule neuf, il faut avouer que les salles de montre de certains concessionnaires commencent à montrer des signes flagrants de vieillissement. Les consommateurs ne sont pas dupes; ils sont informés et des petits détails comme l’apparence d’une salle d’attente ou la proximité du concessionnaire entrent en ligne de compte lorsqu’il est temps d’apposer sa signature au bas d’un contrat d’achat.

Ajoutez à cela un alignement vieillissant et de moins en moins bien adapté aux nouveaux besoins des automobilistes et vous comprenez pourquoi l’écusson Suzuki est sur le point de quitter notre marché.

La gamme Suzuki est certainement l’une des plus fiables de l’industrie, les trois modèles proposés étant tous des références en matière de robustesse et de qualité d’assemblage, mais le design dépassé (Grand Vitara et SX4), les matériaux plus rustres et les mécaniques un peu trop énergivores rendent les produits Suzuki de moins en moins attrayants.

HeapMedia214001

Prenez le Grand Vitara par exemple: ce dernier est opposé à des ténors comme le Honda CR-V ou le Toyota RAV4, deux multisegments qui répondent très bien aux besoins des jeunes familles.

Le Grand Vitara se démarque par son châssis à échelle et son authentique système 4×4, mais la consommation de ce petit véhicule est équivalente à celle d’un gros multisegment à moteur V6. Pas idéal dans le contexte actuel, n’est-ce pas? La qualité était bel et bien présente, mais une refonte était plus que souhaitée dans son cas.

C’est la même histoire avec la sympathique SX4, une voiture compacte qui offre la traction intégrale à prix modique. Toutefois, la consommation de sa mécanique est supérieure à la concurrence et malgré une certaine rigueur dans l’habitacle, il était plus que temps pour une refonte.

HeapMedia269799

Quant à la Suzuki Kizashi, une berline à peine plus grande que les compactes, mais trop petite pour être comparée aux intermédiaires, son design est réussi, tout comme la qualité d’exécution d’ailleurs, mais il manque une mécanique plus énergique sous le capot, surtout pour une berline aux prétentions sportives comme se plaisait à nous répéter les gens du constructeur.

Suzuki aurait-il pu sauver la mise en Amérique du Nord s’il avait considéré la distribution de modèles vendus ailleurs sur le globe? La question mérite d’être posée, même si les chiffres de ventes diminuent depuis de nombreuses années. Disons seulement qu’il aurait fallu y penser au lendemain de la dernière crise économique américaine, pas en 2012 ou 2013!

L’impact de la sous-compacte Swift – également disponible en version Sport – aurait certainement pu aider Suzuki à reprendre du poil de la bête, cette dernière étant d’ailleurs fort appréciée de la presse automobile européenne, mais encore une fois, une sous-compacte n’est pas une voiture à profit.

La venue du tout nouveau multisegment SX4 S-Cross n’aurait pas fait de mal non plus, celui-ci s’adressant à une plus large clientèle, mais avec les différents facteurs énumérés plus haut, il est clair que cette décision aurait dû être prise bien avant 2012. Trop peu trop tard, comme on dit!

HeapMedia378379

Suzuki n’a jamais été un joueur de premier plan en Amérique du Nord, ça va de soi, mais ailleurs dans le monde, le constructeur nippon connaît passablement plus de succès. Par exemple, en Inde seulement, la production annuelle de véhicules dépasse le million d’unités. Au Japon, la popularité de Suzuki est indéniable, grâce notamment aux quelques modèles de la catégorie kei.

Malgré son retrait du continent nord-américain, Suzuki est considéré comme le neuvième constructeur du globe en matière de production. Ce chapitre nord-américain est sur le point de se conclure, mais le nom Suzuki va rester, croyez-moi.

Puis, si jamais vous êtes tentés de conduire une Suzuki, il y a tous ces modèles usagés vendus depuis le début des années 80 sur notre territoire qui continuent de rouler, preuve indéniable de leur longévité.