Le nom de Carroll Shelby est souvent associé au constructeur Ford pour sa précieuse collaboration avec la Mustang, la GT40 et, bien entendu, les modèles plus récents du constructeur de Detroit.

Mais les gens oublient souvent que Carroll Shelby a aussi travaillé de concert avec Dodge dans les années 1980, cette union se poursuivant à temps partiel jusque dans les années 1990 avec la naissance de la Dodge Viper SRT-10, rien de moins.

Bien entendu, le contexte économique des années 1980 va obliger les deux partenaires à plancher sur des projets plus modestes que la Viper. Mais les résultats furent tout, sauf ennuyants. Et les modèles élaborés par Shelby pour le compte de Dodge deviendront rapidement des favoris du public pour leur agilité, leur accessibilité et surtout leur puissance étonnante pour l’époque.

À la fin des années 1970, l’offre de Chrysler dans le segment des voitures sous-compactes se limitait au tandem Dodge Omni / Plymouth Horizon apparu en 1978. Clairement, le duo avait la mission de faire la vie dure aux Volkswagen Rabbit, Honda Civic et autres petites voitures à hayon de l’époque.

Avec les différents modèles K-Car et l’Autobeaucoup qui viendront plus tard, le tandem Omni / Horizon sera parmi les modèles qui vont sauver Chrysler de la faillite certaine à ce moment précis de l’histoire.

Sauf que l’entrée en scène d’une certaine Volkswagen Rabbit GTI va venir brouiller les cartes. La riposte de Chrysler sera de taille avec la mise en marché d’une nouvelle appellation au sein de Chrysler, G-L-H (pour «Goes Like Hell»).

Le premier nom qui avait été proposé pour ce modèle sport basé sur la Dodge Omni était «Coyote». Après tout, un coyote mange des lapins, non?

Sauf que cette avenue sera rejetée par la haute direction. Shelby va alors proposer d’utiliser le diminutif GLH aux côtés de son nom «Shelby», tout simplement parce que la voiture était très performante et qu’elle accélérait de manière infernale.

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La première année de production du modèle aura droit à une version retravaillée du 4-cylindres de 2,2-litres, grâce à l’utilisation d’un arbre à cames spécial et d’un bloc moteur meulé pour augmenter la compression. Le poids plume de la voiture combiné à cette puissance ajoutée va tout de suite donner à la GLH ses lettres de noblesse.

Il est à noter que le coupé Dodge Charger qui réutilisait les mêmes organes mécaniques que pour la Dodge Omni avait aussi droit à sa propre version Shelby.

Toutefois, c’était mal connaître Carroll Shelby puisque les éditions 1985 et 1986 de la GLH pourront être commandées avec soit le 2,2-litres à aspiration normale ou soit le même moteur aidé d’un turbocompresseur, ce dernier développant désormais 146 chevaux, une puissance redoutable pour cette petite voiture. Évidemment, le tout était relié à une transmission manuelle à 5 rapports.

Aussi, la GLH pouvait être reconnue dans la rue grâce à un ensemble de bas de caisse, des autocollants, un capot muni d’une entrée d’air et des jantes de 15 pouces exclusives. Pour aiguiser le comportement de ces petites bombes, Shelby avait aussi installé une suspension plus ferme et des freins à disques plus mordants.

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Les 500 dernières Dodge Omni GLH seront envoyées directement aux installations de Shelby afin que le préparateur développe une édition ultime baptisée pour l’occasion GLH-S (pour «Goes Like Hell Some More»).

Celle-ci ne sera disponible qu’en noir avec un intérieur gris, sa suspension sera raffermie par rapport à la GLH et les jantes seront exclusives à ce modèle. La puissance du moteur, de son côté, sera augmentée à 175 chevaux grâce à l’utilisation d’un plus gros turbocompresseur tiré du catalogue de l’entreprise Garrett et d’un refroidisseur par-dessus le marché.

La petite GLH-S était même comparée aux Porsche et Ferrari de ce monde dans les publicités du constructeur, c’est vous dire! Aujourd’hui, la GLH-S demeure une petite voiture de collection abordable et plutôt plaisante à piloter.

En 1987, ce sera au tour du coupé Charger de subir le traitement GLH-S, avec sensiblement les mêmes exclusivités du modèle à 4 portes, avec comme seule différence que cette édition sera produite à 1000 exemplaires. De plus, le coupé était un tantinet moins rapide que la Dodge Omni GLH-S.

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Outre la production du coupé Shelby Charger GLH-S en 1987, Shelby va conserver sa ligne de production plutôt occupée grâce à l’entrée en scène de deux nouveaux modèles chez Dodge: le coupé Shadow et la berline Lancer.

Le résultat sera aussi épicé que pour les premières GLH. Le coupé Shadow sera rebaptisé Dodge Shelby CSX, tandis que la berline Lancer, plus grande, recevra tout simplement l’appellation Dodge Lancer Shelby.

Malheureusement pour les mordus de performance canadiens, ces deux modèles n’ont pas traversé la frontière. Toutefois, il arrive parfois que l’on croise ces deux modèles sur le marché de l’occasion local, certains amateurs ayant importé les véhicules au pays au fil du temps.

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Le coupé CSX (pour «Carroll Shelby Experimental») reprenait la même recette que la GLH-S, soit le 4-cylindres de 2,2-litres turbocompressé qui développait toujours 175 chevaux et un couple de 175 lb-pi. Bien sûr, la transmission manuelle à 5 rapports était d’office, idem pour les jantes et la suspension sport.

À l’intérieur, les sièges sport, un volant gainé de cuir et un levier de vitesse lui aussi recouvert de cuir complétaient l’ensemble. Seulement 750 de ces coupés seront produits.

Quant à la berline Lancer, un autre modèle qui ne traversera pas la frontière, c’était du pareil au même puisque la mécanique demeurait identique aux autres modèles Shelby turbocompressés. La Lancer était toutefois une voiture plus équipée et elle pouvait aussi être commandée avec une transmission automatique, même si l’édition à boîte manuelle était la plus sportive du lot.

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Outre les bas de caisse, les jantes uniques et la suspension sport, la Lancer sera aussi munie d’un aileron surplombant la fenêtre arrière, une belle touche.

Cette berline ne connaîtra pas autant de succès que les autres Shelby à cause de son confort exécrable par rapport aux Lancer « normales » et, bien sûr, son prix exorbitant pour une berline américaine.

L’aventure de Carroll Shelby va se poursuivre avec la métamorphose des coupés Daytona dans les années 90 jusqu’à l’apparition d’une des voitures les plus reconnaissables de la fin du siècle dernier, la Dodge Viper. Mais ça, c’est une autre histoire…

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