À ses débuts, en avril 1970, le Suzuki Jimny – qui est devenu notre Suzuki Samurai – devait desservir un marché japonais florissant: celui des petits véhicules appelés keijidōsha (les véhicules légers que les anglophones surnomment kei car).

(Pour ceux qui ne connaissent pas les kei car: il s’agit de véhicules de petites dimensions dont la longueur et la largeur doivent être inférieures à 3,4 et 1,48 mètres respectivement, alors que la hauteur est limitée à 2 mètres. De plus, la cylindrée et la puissance de leur moteur sont limitées à 660 cc et 64 chevaux.)

Créée au lendemain de la Seconde Guerre, cette catégorie devait faciliter l’achat de véhicules pour une population appauvrie par le conflit armé, et favoriser le développement d’une industrie automobile locale.

Toutefois, peu de gens savent que le Suzuki Jimny est né chez un autre constructeur: Hope Motor, une entreprise fondée en 1958 aujourd’hui oubliée.

Ce petit constructeur japonais, qui était spécialisé dans les camionnettes à trois roues, avait lancé, en 1967, un petit 4×4 appelé Hope Star ON360 (photo ci-dessous). Il était muni d’un moteur Mitsubishi et d’un essieu arrière Jeep fabriqué sous licence par le constructeur aux trois diamants.

Cette firme, qui éprouvait des difficultés financières, avait tenté sans succès de convaincre Mitsubishi de la racheter. Ses dirigeants se sont alors tournés vers Suzuki, qui y a vu une opportunité pour développer un nouveau créneau avec ce petit 4×4, un véhicule dont les ventes stagnaient (Hope Motor en aurait tout au plus produit une quinzaine).

Suzuki prit donc le contrôle de l’entreprise et amorça le développement de son propre 4×4 sur la base du Hope Star.

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Le premier modèle qui en découla, le Suzuki LJ10, porte un nom sans équivoque, ces deux lettres signifiant Light Jeep — Léger Jeep.

Minimaliste serait plus juste, puisque son moteur deux-temps de 360 cc refroidi à l’air ne livrait que 25 chevaux à cette puce frôlant les 3 mètres (2 995 mm).

Le LJ10 demeure néanmoins l’ancêtre des Suzuki Jimny contemporains.

Il est aussi le premier modèle de la série LJ, qui verra rapidement apparaître les LJ20, LJ50 (la version qui a fait connaître ce petit véhicule à l’étranger) et LJ80, des modèles dotés de moteurs toujours plus puissants.
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Une seconde génération de Suzuki Jimny aux allures franchement anguleuses fera ses débuts en 1981 et une troisième en 1998 qui, au contraire, adoptera un style radicalement moderne et perdra le pare-brise articulé (pliable) des deux premières générations.

De la série SJ, qui chevauchera les deux premières générations, naîtra également une variété de modèles dont les SJ410 et… Suzuki Samurai que certains d’entre nous ont conduit au Canada.

Certaines personnes attribuent à ces deux lettres le sens de Small Jeep et d’autres Suzuki Jimny, mais le constructeur ne valide ni l’une, ni l’autre de ces définitions.

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En revanche, l’origine du nom Jimny serait anecdotique. À l’époque du lancement de la première génération, durant un voyage d’affaires en Écosse, des dirigeants de Suzuki auraient découvert le prénom Jimmy – avec deux «M».

Charmés par sa sonorité, ils auraient choisi de nommer ainsi leur petit 4×4. Cependant, selon le concessionnaire Suzuki Ian Grieve de Camelon, en Écosse, ce prénom se serait métamorphosé en Jimny durant le voyage ramenant ces Japonais du Vieux continent au Pays du soleil levant…

En outre, les férus d’histoire se souviendront que Suzuki n’a pas été le seul constructeur nippon à produire un petit 4×4 de pareille envergure. À partir de 1974, Daihatsu, une filiale de Toyota, a proposé un rival nommé Taft, qui n’a cependant jamais eu autant de succès.

D’ailleurs, dix ans après son lancement, il est remplacé par le Rugger (aussi connu sous les noms Fourtrak, Rocky et Freeclimber), un modèle nettement différent, dont la commercialisation prendra fin en 2002.

Depuis, ni Daihatsu, ni Toyota, n’ont comblé au sein de leurs gammes respectives le vide engendré par cette disparition.

En revanche, depuis la fin de l’an dernier, le constructeur indien Mahindra propose le Roxor, un VUS fabriqué au Michigan qui est à peine plus gros qu’un Jimny.

De conception rustique, ce petit 4×4, est toutefois destiné uniquement à un usage hors route et il est vendu aux États-Unis et au Canada en guise d’alternative aux VTT communs.

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Rappelons, enfin, que le Suzuki Jimny a aussi été vendu au Canada sous diverses formes.

C’est d’abord avec le LJ80 que Suzuki s’est lancé dans la vente de véhicules automobiles dans notre pays, au cours de l’automne 1980. Ce modèle a été vendu au compte-gouttes jusqu’à l’arrivée du SJ410, en 1983.

Puis, deux ans plus tard, alors la marque faisait ses débuts sur le marché automobile étatsunien, ce Suzuki Jimny s’est transformé en Suzuki Samurai (photo ci-dessous), un nom plus approprié à cette époque où les appellations évocatrices avaient plus de succès que les désignations alphanumériques anonymes.

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Ces modèles ouvriront la voie à plusieurs autres petits 4×4 qui se révéleront toujours plus confortables, plus sophistiqués et plus agréables à conduire: le Suzuki Sidekick (1989), le Suzuki X90 biplace (1996), les Suzuki Vitara et Suzuki Grand Vitara (1999), et le Suzuki XL-7 (2002), le plus «grand» de ces petits VUS.

Mais voilà, dans le contexte nord-américain d’alors, Suzuki était, sans le savoir, un précurseur d’un phénomène qu’on voit progresser depuis quelques années. En effet, jusqu’au début des années 2010, ni les Étatsuniens, pas plus que les Canadiens des Prairies n’étaient prêts à conduire ce qui pour eux étaient de minuscules 4×4.

La prolifération des petits VUS du genre des Honda HR-V, Mazda CX-3, Ford EcoSport, Subaru Crosstrek et autres du genre est toute récente. Or, c’est à la fin de 2012 que les dirigeants de Suzuki ont choisi de cesser de vendre des véhicules automobiles aux États-Unis.

Moins d’un an plus tard, leurs homologues canadiens faisaient de même. Rappelez-vous cette époque (pourtant encore toute proche) où les consommateurs et les stratèges de l’industrie raillaient Nissan qui avait lancé le Juke à Genève, en 2009…

Mais aujourd’hui, personne ne rit du Nissan Kicks, son remplaçant. Plus ironiques encore, certains lecteurs rêvent de conduire un de ces nouveaux Suzuki Jimny…