Cet été, CAA-Québec a fait subir des tests environnementaux à plus de 500 véhicules âgés de huit ans ou plus et qui sont passés à l’un ou à l’autre de ses centres d’inspection répartis aux quatre coins de la Belle Province.

Résultat: très près du tiers (31%) des véhicules testés ont échoué.

Surpris? Ne le soyez pas: depuis des années, c’est à peu près la même proportion des véhicules âgés de huit ans et plus qui polluent indûment.

Soit environ 600 000 automobiles immatriculées au Québec.

Vous dites que ça prendrait un programme d’inspection des émissions pour mettre au pas – ou au rancart ces vieux véhicules pollueurs? Du genre de ces programmes qui existent, d’une façon ou de l’autre, dans la moitié des états américains et dans au moins deux provinces canadiennes (l’Ontario et la Colombie-Britannique)?

Bonne chance: au Québec, un projet de loi (#48) pour forcer l’inspection et l’entretien des véhicules usagés – d’abord ceux âgés de huit ans et plus, et sur le point d’être vendus à une tierce partie – a bien été déposé il y a cinq ans, mais…

… depuis, la mesure est morte au feuilleton.

Plutôt, le gouvernement libéral a déposé l’an dernier son projet de loi Zéro émission (cliquez ici pour lire comment nous considérions que le ministre de l’Environnement d’alors se trompait de cible.)

Le hic, et c’est l’éléphant dans la pièce: nos «vieux» véhicules polluent davantage (jusqu’à 37 fois plus, dans le cas des ceux de 20 ans qui n’ont pas été entretenus) versus que les modèles récents qui respectent (encore) les normes d’émissions.

Qui en souffre? La planète, évidemment, mais aussi le portefeuille de l’automobiliste: une voiture au système antipollution passé date consomme en moyenne 15% plus d’essence, dit CAA-Québec.

C’est un beau gaspillage collectif que la réputée association des automobilistes estime à… 160 millions de dollars versés en trop à l’industrie pétrolière à chaque année au Québec.

Ou, si vous préférez, une maltraitance mécanique qui coûte plus ou moins 5$ à chaque plein, soit 800$ après trois ans.

Ou l’équivalent, pour l’environnement, de 320 000 tonnes de CO2 par an – soit 100 000 automobiles de plus par année sur nos routes, comme l’explique cette vidéo YouTube (ci-dessous) tout juste lancée par CAA-Québec.

Sauf que réparer des systèmes antipollution n’est pas que l’affaire de quelques dollars.

De fait, les 158 véhicules (sur les 511 testés l’été dernier par CAA-Québec) qui auraient nécessité une réparation, l’auraient fait pour des dépenses variant du simple bouchon d’essence fissuré au remplacement de la sonde d’oxygène (entre 100$ et 300$), voire du catalyseur à plus de 400$.

Mais: «Les propriétaires de véhicules âgés ne sont pas nécessairement les plus fortunés, rappelle Sophie Gagnon, la porte-parole de CAA-Québec. Il ne faut pas les contraindre, il faut plutôt les inciter financièrement à améliorer leur véhicule.»

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Et c’est au tour de l’autruche d’entrer en scène: « On ne peut pas non plus obliger tout le monde à changer de voiture aux quatre ans, à prendre le métro ou à passer à la voiture électrique, dit encore Mme Gagnon. Oui, il faut continuer nos efforts pour développer la voiture électrique et la mobilité durable. Mais demain matin, il y aura encore des centaines de milliers de voitures âgées sur nos routes dont l’empreinte environnementale pourrait être réduite considérablement.»

Comment? Avec les fonds… du Fonds vert provincial, suggère CAA-Québec, qui rappelle que les automobilistes y contribuent concrètement à la hauteur d’environ 4 cents le litre d’essence – soit 300$ millions pour l’année financière 2015-2016.

Oui, oui, ce même Fonds vert qui finance le programme de rénovation résidentielle RénoVert. «Si ça fonctionne pour les maisons, pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour les autos?» lance Pierre-Serge Labbé, vice-président des services automobiles de CAA-Québec.

Dans son communiqué émis un peu plus tôt aujourd’hui, l’association écrit «qu’il est plus que légitime qu’une partie de ces sommes servent à favoriser la réparation des véhicules qui polluent le plus.»

Nous ajouterions qu’avec une mesure qui serait volontaire et qui passerait par un rabais incitatif à la réparation (seulement), peut-être éviterions-nous une partie des ennuis qui ont affublé les différents programmes nord-américains en place et que, déjà, nous vous décrivions en 2012…?