Une auto qui se conduit sans toucher au volant à l’aide de commandes à distance, ça vous paraît banal ? Cette description s’applique toutefois à la Golden Sahara, un prototype présenté en 1954 qui a fait la tournée des salons américains jusqu’à la fin des années 60.

Disparue depuis une cinquantaine d’années, cette voiture spectaculaire refera surface à l’occasion de l’encan organisé par Mecum à Indianapolis, en mai.

La voiture qui sera offerte aux collectionneurs dans quelques semaines est dotée de dispositifs innovants pour son époque comme, par exemple, sa commande à distance de démarrage et d’arrêt du moteur.

Elle peut également être conduite à l’aide d’une télécommande ou en glissant doucement le doigt sur l’un des deux rhéostats posés sur le tableau de bord face aux places avant, une solution imaginée pour permettre au… passager de conduire lorsqu’il le souhaite !

De plus, aux extrémités de son pare-chocs avant, deux antennes qui émettent des ultrasons permettent à un système de freinage assisté d’entrer en action automatiquement en cas d’urgence pour immobiliser la voiture à l’approche d’un obstacle.

Tout ça – et plus encore a été imaginé, rappelons-le, au début des années 1950, comme en fait foi cette vidéo d’une courte minute:

L’histoire de cette voiture de rêve débute pourtant avec un accident. Car c’est après avoir encastré sa nouvelle Lincoln Capri 1953 sous un camion, à la suite d’une fausse manoeuvre, que George Barris, celui qu’on a surnommé le « roi de la customisation », décide d’en faire sa création la plus impressionnante.

Avec l’aide de son carrossier Bill DeCarr, il réalise cette voiture à toit transparent amovible en forme de bulle pour l’homme d’affaires d’Ohio James Skonzakes, un passionné d’autos modifiées que les gens du milieu surnomment Jim Street.

Les garnitures en or 24 carats, qui ornent les flancs arrière de la carrosserie, et la peinture blanc cassé à effet nacré scintillant sont à l’origine du nom Golden Sahara.

Mais l’intérieur se veut aussi somptueux avec son recouvrement de plancher en vison blanc, alors qu’un téléviseur (noir et blanc), un téléphone, un magnétophone et deux radios évoquent un modernisme délirant, tout comme les sièges massants à l’avant. Et pour ce palace sur roues, on a aussi prévu un module logé au centre de la banquette arrière, qui fait office de… bar-salon !

Dévoilée au Motorama Petersen de Los Angeles, en novembre 1954, la Golden Sahara fait sensation auprès des passionnés de voitures modifiées et performantes qui s’arrêtent en grand nombre pour l’admirer.

Sa construction a coûté très cher, plus de 25 000 $ US, ce que les médias n’hésitent pas à mettre en valeur, comme le magazine Motor Trend, qui en fait sa une, en mai 1955.

Pour atténuer ce fardeau financier, Jim Street réussit d’ailleurs à obtenir une commandite du fabricant de pneus Seiberling, qui utilise la Golden Sahara dans une campagne de publicité.

En 1956, Street décide de faire évoluer le concept de sa voiture, une tendance « naturelle » chez les amateurs et constructeurs de voitures modifiées. Il se tourne alors vers la société Delphos Machine and Tool de Dayton, en Ohio.

Ses spécialistes modifient le pavillon, amincissent considérablement le cadre du pare-brise et accentuent la forme de la prise d’air devant le capot. Les deux phares avant d’allure banale sont également remplacés par des blocs optiques allongés intégrants chacun deux projecteurs sous une lentille givrée.

De nouvelles garnitures plaquées or sont ajoutées aux bas des ailes avant, alors que l’extrémité des ailes arrière adopte une forme en V. Enfin, pour accentuer l’effet perlé de la nouvelle peinture, on y mélange de véritables écailles de poisson !

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En raison des nombreux changements réalisés, on parle désormais de la Golden Sahara II. C’est d’ailleurs à cette étape de son histoire que cette voiture de rêve est dotée de sa quincaillerie de conduite assistée d’avant-garde, mais aussi de portes à ouverture télécommandée, d’un volant amovible doublé d’un « joystick » grand format servant aussi à conduire la voiture, sans oublier certains accessoires à contrôle vocal.

Oh, et l’homme d’affaires d’Ohio troque aussi les pneus Seiberling pour des Goodyear luminescents !

Cette transformation hausse le coût total du projet aux alentours de 75 000 $, ce qui ne manque pas de fasciner les visiteurs des salons où la Golden Sahara II est présentée.

Habile promoteur, Jim Street réussit à faire entrer sa voiture futuriste à Hollywood, qui l’emploie dans quelques scènes du film Cinderfella (Cendrillon aux grands pieds) lancé en décembre 1960 et mettant en vedette le grand comédien Jerry Lewis aux côtés de la chanteuse et actrice italienne Anna Maria Alberghetti.

On la verra aussi à la télé, dans plusieurs reportages et dans les émissions de variétés comme I’ve Got a Secret de CBS, en juin 1962 (vidéo ci-dessus).

Au fil des années 60, la popularité de cette voiture qui s’étiole l’entraîne progressivement dans l’oubli. Elle restera toutefois la propriété de Jim Street jusqu’à sa mort, survenue en décembre dernier.

La Golden Sahara II sera offerte aux collectionneurs sans réserve lors de la 31e édition de la vente aux enchères Dana Mecum’s Original Spring Classic, qui aura lieu à l’Indiana State Fairground d’Indianapolis, du 15 au 19 mai 2018.