Voici la berline Jaguar la plus grosse, la plus opulente et la plus luxueuse des années 60 : la Mark X (10 en chiffres romains). Celle qu’on voit ici a même appartenu à nul autre que « M. Jaguar » lui-même. C’est le surnom qu’on donnait affectueusement à Sir William Lyons, celui qui a dirigé la marque britannique jusqu’en 1972.

Sa voiture sera la vedette de la vente aux enchères organisée par Silverstone Auctions dans le cadre de la prestigieuse exposition Salon Privé, présentée au palais de Blenheim à Woodstock, dans l’Oxfordshire, les 2 et 3 septembre 2016.

Fabriquée en décembre 1961, cette Mark X a été livrée à William Lyons le mois suivant. Elle est d’ailleurs l’une des toutes premières de la série à avoir été fabriquée. Lyons en a fait sa voiture de tous les jours jusqu’au milieu de 1965.

Cette voiture a une carrosserie vert foncé opalescente et un intérieur en cuir beige. Elle porte toujours sa plaque d’immatriculation originale de Coventry, 7868 RW, et vient de subir une importante restauration réalisée par divers spécialistes indépendants de la marque et ceux de Jaguar Heritage. Même son moteur à 6 cylindres en ligne de 3,8 L a été rebâti.

Son propriétaire actuel affirme d’ailleurs qu’elle se conduit aussi agréablement qu’à l’époque où Sir William la prenait pour se rendre à son usine quotidiennement !

Fait à noter, les photographies réalisées par Jonny Shears pour Silverstone Auctions montrent cette Jaguar Mark X devant Wappenbury Hall, la somptueuse résidence dans la petite localité de Leamington Spa où Sir William et sa conjointe, Greta Brown, ont habité.

Les spécialistes de Silverstone Auctions estiment sa valeur entre 130 000 et 175 000 $.

La Mark X a été le porte-étendard de Jaguar de 1961 à 1970, année où elle a été remplacée par la XJ6, un modèle qui a joui d’une plus grande popularité. Elle a succédé à la Mark IX, un modèle de conception plus ancienne, tant pour son style que sa conception.

Dévoilé au Salon de l’auto de Londres, en octobre 1961, soit sept mois après le lancement de la Type E, la Mark X était résolument moderne. En plus d’afficher une silhouette radicalement différente, pour la marque du moins, elle a été la première grande berline Jaguar à avoir un châssis monocoque, une architecture adoptée en 1957 pour la berline Mark 1 plus petite (une voiture vendue sous les noms de Jaguar 2,4 L et Jaguar 3,4 L).

Sous le capot de la Mark X logeait un moteur à 6 cylindres en ligne de 3,8 L à triples carburateurs produisant 265 ch. Selon les désirs de l’acheteur, il pouvait être jumelé à une boîte manuelle Moss à quatre rapports, avec ou sans surmultipliée, ou une boîte automatique Borg Warner à trois rapports.

Bien qu’elle ait été conçue en grande partie pour la clientèle étatsunienne, très friande des berlines européennes à l’époque, la Mark X n’a jamais obtenu le succès escompté en Amérique du Nord. Certains parlent d’un prix trop élevé (7 000 $ US environ, soit l’équivalent d’une Cadillac haut de gamme), alors que d’autres évoquent une fiabilité douteuse. Ironiquement, du côté européen, ses dimensions importantes constituaient également un sérieux handicap.

Le remplacement du moteur de 3,8 L par un nouveau 6-cylindres de 4,2 L produisant plus de couple, en 1964, et une légère refonte esthétique accompagnée d’une nouvelle appellation — la Mark X est devenue la 420G — n’ont pu suffire à relancer cette voiture.

Au terme de la décennie où elle a été produite, moins de 25 000 exemplaires de cette berline ont quitté l’usine de Jaguar : 12 678 Mark X 3,8 L, 5 680 Mark X 4,2 L et 6 554 420G.