En fait, depuis quelque temps, on assiste à une cascade d’annonces majeures de constructeurs qui indiquent qu’ils ne participeront pas à tel ou tel salon automobile.

Simplement à Détroit, l’événement qui sera tenu en janvier une dernière fois en 2019 verra notamment les marques allemandes Audi, BMW et Mercedes-Benz briller par leur absence.

La présentation quasi-simultanée du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas n’aide pas, non plus.

Au Salon de Paris, un autre rassemblement d’importance sur la planète qui se déroule à l’automne, ce sont entre autres Volkswagen, Ford, PSA et Volvo qui ont décidé de passer leur tour.

Clairement, un phénomène inquiétant touche l’industrie automobile.

Jadis, les fabricants se servaient de la tribune qu’offrait un salon d’importance pour lancer un nouveau véhicule. Souvent, le secret était gardé et lors du dévoilement dudit véhicule, la presse s’enflammait.

Détroit, la ville de l’automobile, était une terre fertile pour la tenue de pareils événements marquants.

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Pour les constructeurs américains, c’était du bonbon.

Idem en Europe avec les fêtes de Paris, de Genève ou de Francfort.

Or, la donne a changé. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, l’information circule à la vitesse de l’éclair. Pour un constructeur, l’important ne se résume plus à générer de l’attention dans un salon, mais bien d’être le seul à le faire. Pour y parvenir, il suffit maintenant de procéder au lancement d’un nouveau produit à une date où aucun autre événement ne se tient.

Le 23 juillet, par exemple.

Imaginez si ce matin, Chevrolet nous avait présenté un véhicule électrique inédit ou si Ford avait dévoilé prématurément la prochaine génération de la Mustang. Les projecteurs de la planète seraient encore braqués sur eux à l’heure où l’on se parle.

Au contraire, dans un salon automobile, le « temps d’antenne » doit être partagé.

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Tout ce qu’on vient de vous dire, c’est vu d’un œil de journaliste automobile. Nous vivons pour ce genre d’événement qui nous permet d’être au courant de tout ce qui se passe, de rencontrer les gens qui font l’industrie… et de vous transmettre la nouvelle alors qu’elle est toute fraîche.

Mais qu’en est-il du public ?

Prenez le Salon de l’auto de Montréal, par exemple. Ce n’est pas là qu’on y voit les plus grandes présentations médiatiques. En revanche, les amateurs en redemandent et chaque année, ils sont quelque 200 000 à franchir les tourniquets. Très précisément, ils ont été 196 133 en janvier à se donner rendez-vous au Palais des congrès montréalais.

À Détroit, c’est vers eux qu’on veut se tourner. Puisque les constructeurs commencent à bouder le Salon, pourquoi ne pas en revoir la formule ?

En déplaçant sa tenue en juin, c’est exactement ce qu’on va faire.

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Du côté de l’association des concessionnaires de la ville de Détroit, on espère que le geste va permettre au Salon de survivre et de ne pas tomber dans l’anonymat.

Une partie des attractions seront déplacées à l’extérieur, chose rendue possible par la réalité d’une météo qui sera plus clémente. Par exemple, les visiteurs pourront, par exemple, essayer des VUS sur des tracés aménagés.

C’est plus facile à organiser en juin qu’en janvier, mettons.

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D’ailleurs, au Salon de Los Angeles qui se déroule en novembre (mais bon, là-bas, il fait toujours beau), c’est autant la fête à l’extérieur qu’à l’intérieur.

C’est clairement ce qu’on souhaite reproduire à Détroit.

En ce sens, la décision est pleine de sens.

Quant à nous, journalistes automobiles, on pourra profiter du temps de répit en janvier pour se remettre des réunions de famille des fêtes et se pointer frais et dispos au Salon de Montréal qui, historiquement, suit de très près celui de Détroit.

Et grâce à la magie d’Internet, on pourra suivre les dévoilements des constructeurs en chaussettes à la maison, tisane à la main.

C’est quand même mieux que de se les geler à Détroit en janvier.

Et la nostalgie? On la vit déjà depuis quelques années…

Détroit, c’était quelque chose…