Ce n’est un mystère pour personnes que la production des Tesla Model 3 est en retard. Elle devait initialement atteindre les 5000 unités par semaine d’ici la fin de l’année 2017, les prévisions ont été réduites de moitié par semaine pour la fin du mois de mars… mais la fabrication actuelle ne serait que de 250 véhicules par semaine – une fraction de ce qui était prévu même au départ.

De fait, selon la très sérieuse publication financière Bloomberg qui, par la magie des NIV (numéros de série des véhicules) a créé son propre index Tesla, à peine un millier de Tesla Model 3 s’extirperaient hebdomadairement de l’usine de Fremont, en Californie. (Eh oui, là où, au début des années 2000, l’on construisait des Pontiac Vibe et des Toyota Matrix…)

Toujours selon Bloomberg, seulement quelque 7768 unités de la compacte électrique auraient pris la route depuis les premières livraisons, fin 2017. On est très loin des objectifs de production, mais également des prévisions de ventes mondiales: l’ajout d’une berline compacte «plus abordable» devait permettre à Tesla de décupler (à 500 000) le nombre de ses véhicules vendus chaque année…

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Un autre problème vient s’ajouter à l’équation déjà fort difficile: pour tous ceux et celles qui ont versé un dépôt de réservation sur des centaines de milliers de Tesla Model 3, pareils retards dans la production viennent menacer certains des avantages fiscaux offerts aux précédentes Tesla.

Les concessionnaires californiens Tesla s’inquiètent, explique la publication-bible de l’industrie Automotive News, du fait que certains clients potentiels de la Model 3 n’obtiendront pas le crédit d’impôt de 7500 $US offert à l’achat de tout véhicule électrique.

Il faut savoir qu’une fois qu’un constructeur automobile vend 200 000 voitures électriques aux États-Unis, le crédit d’impôt de la Californie est éliminé, ce qui ajoutera 20% aux coûts de transaction de la berline Model 3.

La firme d’analyse Edmunds prédit que le scénario se réalisera dès l’automne pour Tesla, qui vend aussi des Model S et des Model X. Et malheureusement pour tous ceux et celles qui ont réservés leur Tesla Model 3 il y a presque deux ans (rappelez-vous de cette longue filée devant le concessionnaire montréalais…)…

… et qui viennent de recevoir un courriel d’Elon Musk annonçant que leur Tesla Model 3 ne leur sera pas livrée avant 2019…

… eh bien, ceux-là n’auront pas droit au crédit «vert» qui, mine de rien, allait réduire du quart le prix de la berline compacte.

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Pendant ce temps…

Pendant ce temps, les concessionnaires californiens de Chevrolet sont aux anges. Depuis les annonces successives de retards dans la production de la Tesla Model 3, ils remarquent une hausse des ventes de leur Chevrolet Bolt.

Selon Kelley Blue Book, les stocks de Bolt chez les concessionnaires Chevrolet aux États-Unis, de 65 jours qu’ils étaient à l’été 2017, sont tombés à 42 jours le mois dernier (janvier). (Pour la comparaison, sachez que les stocks de l’autre électrique, la Nissan Leaf, étaient de 202 jours en août dernier.)

Donc, les malheurs de Tesla font, tout discrètement, le bonheur de la Chevrolet Bolt. On sait que cette compacte (elle aussi) électrique (elle aussi) coûte à peu près la même chose que la version d’entrée de gamme de la Tesla Model 3, en plus d’offrir (elle aussi) à peu près la même autonomie.

Le directeur général du concessionnaire Sonoma Chevrolet, Ken Scholl, a d’ailleurs déclaré à Automotive News que le crédit de 7500$ avait été au coeur des décisions d’achat de la Chevrolet Bolt, les consommateurs ayant perdu l’espoir de l’obtenir s’ils attendaient pour une Tesla Model 3. «Si j’avais eu 50 voitures Chevrolet Bolt en décembre, a confié l’homme d’affaires, nous les aurions toutes vendues.»

Comme quoi même chez le géant américain de l’automobile à l’histoire plus que centenaire, le rythme de production pose problème…