La récente refonte du Code de la sécurité routière permet en effet aux agents d’utiliser un sonomètre pour mesurer le bruit du silencieux des motocyclettes et aussi des scooters.

Le règlement encadrant cette méthode est à venir, mais devrait être adopté d’ici la prochaine saison de moto, en 2019.

La SAAQ souligne que le Québec est la première province à instaurer une telle méthode de mesure avec le sonomètre. L’expérience serait suivie de près par les autres gouvernements provinciaux.

Si, pour certaines personnes, le son pétaradant d’une motocyclette procure un excitant feeling, il nuit à la quiétude de la majorité des gens et peut même avoir un impact sur la sécurité, en devenant une source de distraction pour les usagers de la route.

Le Code de la sécurité routière comportait déjà des mesures pour contrôler ce phénomène. Ainsi, selon les articles 258 à 260, tout véhicule doit être muni d’un système d’échappement répondant aux normes de Transport Canada et son propriétaire ne peut effectuer une modification ayant pour effet d’en réduire ou d’en supprimer l’efficacité. Les contrevenants s’exposaient à des amendes de 100 $ à 200 $.

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Pour vérifier la conformité d’une moto, les policiers se fiaient jusqu’ici à leur ouïe et utilisaient la «technique de la broche»: si, en l’enfonçant dans le silencieux, la tige métallique ne rencontre aucun obstacle, c’est signe que celui-ci a été modifié. En principe du moins…

De fait, il semble qu’avec certains nouveaux modèles de moto, ce test n’est pas toujours valable. Comparativement à cette méthode plutôt artisanale, l’utilisation d’un sonomètre sera donc nettement plus fiable…. et la preuve sera plus solide en cas de contestation de l’infraction. On pourrait dire que le sonomètre est au bruit ce que le radar est à la vitesse!

Cet ajout à l’arsenal policier est l’aboutissement d’un projet pilote de la SAAQ qui s’est échelonné sur cinq ans. Une quinzaine de corps policiers, dont la SQ, ont participé à cette initiative qui avait pour but de tester la méthode de mesure par sonomètre et de la bonifier si nécessaire.

Mise au point par la SAAQ, le ministère des Transports et un ingénieur de l’Université Laval, la méthode consiste à placer le micro du sonomètre à 50 cm du silencieux, à sa hauteur et dans un angle de 45 degrés. Le patrouilleur demande alors au conducteur d’actionner les gaz de sa moto (en position neutre) jusqu’à un certain niveau, selon le type de moteur.

Afin d’assurer la fiabilité de la mesure, plusieurs paramètres physiques et climatiques doivent cependant être respectés, qu’il s’agisse de la nature du terrain où s’effectue le test, l’absence de bruits environnants, la température, l’humidité relative et les vents.

C’est pourquoi cette méthode sera exclusivement utilisée lors d’opérations ciblées et non lors de contrôles spontanés en bordure de la route.
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Des niveaux sonores maximum sont dorénavant établis par la loi. Lorsque la vitesse de rotation du moteur est constante ou variable, la limite est de 100 décibels. Si le moteur tourne au ralenti, le maximum passe à 92 décibels.

Pour les cyclomoteurs (scooters), dont le bruit aigu peut être particulièrement incommodant, les limites sont de 90 décibels à vitesse constante ou variable et 82 décibels au ralenti.

Ces limites sont plus élevées que les normes de Transport Canada pour les motos neuves, qui oscillent autour de 80 décibels. Selon Gaétan Bergeron, ingénieur à la SAAQ, cela s’explique par le fait que la mesure du bruit par l’organisme fédéral s’effectue d’une façon différente : elle est prise à 50 pieds d’une moto circulant à pleine vitesse. « La corrélation entre cette norme et le 100 décibels de la méthode du sonomètre a été bien mesurée », assure M. Bergeron.

Quant l’amende en cas d’infraction, elle sera de 200 $ à 300 $. D’ailleurs, celle qui était imposée jusqu’ici pour une contravention à l’article 258 a déjà été haussée au même niveau. De plus, le conducteur qui refuse la mesure du niveau sonore de sa moto est aussi passible d’une amende du même montant.

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Dans le cadre du projet-pilote, près de 2900 motocyclettes ont fait l’objet d’une vérification avec un sonomètre (les données de la dernière année ne sont pas incluses). Sur ce nombre, 1230 contraventions ont été émises, ce qui représente un taux d’infraction de 43 %.

Même si aucune donnée n’est disponible à ce sujet, on peut croire que la très grande majorité des motos prises en défaut avaient été modifiées, puisque tous les véhicules neufs doivent respecter les normes de Transport Canada. Seule une forte usure expliquerait qu’un système d’échappement d’origine non modifié soit devenu trop bruyant, selon la SAAQ.

Le nombre d’interceptions a diminué entre le début et la fin du projet pilote. Il faut dire que cette année, ils n’étaient plus que six corps policiers à y participer. Mais surtout, les patrouilleurs ont progressivement développé leur expertise, détectant plus facilement au son les motos qui méritaient de passer le test du sonomètre.

Les 224 policiers qui participaient au projet pilote avaient évidemment suivi une formation spéciale, ce que devront aussi faire les futurs agents affectés à l’utilisation du sonomètre.

Cela dit, même si la méthode du sonomètre sera de plus en plus utilisée, les policiers pourront continuer à se fier au son et à utiliser le test de la broche pour prendre en défaut des motocyclistes en vertu de l’article 258 du Code de la sécurité routière.

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La SAAQ souligne que ces changements à la loi ont été mis en place avec l’assentiment des associations de motocyclistes, « qui étaient favorables à l’utilisation d’une méthode rigoureuse et objective ».

D’ailleurs, bien des adeptes de moto non-délinquants se plaignent des désagréments causés par ceux qui abusent du bruit. Par exemple, certaines localités interdisent aux motocyclistes de circuler dans leur centre-ville.

En entrevue au quotidien Le Devoir, le directeur-général de la Fédération motocycliste du Québec, Jean-Pierre Fréchette, n’en émettait pas moins certaines réserves face aux « opérations sonomètre ». Il déplorait notamment qu’on puisse forcer les conducteurs interpelés à se rendre immédiatement sur un site de vérification qui pourrait se trouver jusqu’à 15 km de distance.

Tout en reconnaissant que cette hypothèse est plausible, la SAAQ rappelle que cette notion du 15 km s’applique déjà dans le cas de la vérification mécanique d’un véhicule exigée par un patrouilleur.

Instructeur et chroniqueur bien connu dans le monde de la moto au Canada, Costa Mouzouris y va aussi de certains bémols. À son avis, la méthode du sonomètre n’est pas très fiable et certaines motocyclettes complètement stock pourraient même échouer le test.

D’autant plus, ajoute-t-il, que les nouveaux modèles ne sont pas tous systématiquement testés par Transport Canada. « Certains excèdent sans doute la norme de 80 décibels même sans modification », croit-il.

Selon le chroniqueur, en dépit des règlements existants, beaucoup d’adeptes de moto remplacent leur silencieux original pour un plus bruyant. « Même si presque tous les silencieux non originaux sont exclusivement conçus pour les motos de compétition ou le hors-route, tout le monde les vend aux street bikers », conclut-il.