L’idée de combiner l’énergie de source thermique et électrique pour un véhicule automobile n’est pas nouvelle. Il a pourtant fallu attendre le tournant du 21e siècle pour voir les constructeurs japonais Toyota et Honda exploiter à grande échelle les premiers ce principe, avec la Prius et l’Insight, dans le but premier de minimiser leur consommation de carburant. D’autres constructeurs, comme Porsche, ont emboîté le pas rapidement, mais surtout pour maintenir les performances dont leurs bolides étaient capables sans toutefois accroître leur consommation.

D’ailleurs, en 2010, au moment où il se lançait dans l’aventure hybride, le constructeur allemand Porsche avait dépoussiéré la Lohner-Porsche Semper Vivus construite par le fondateur de la marque en 1900 pour mettre en valeur sa motorisation hybride. Mias ce ne serait pas la plus vieille voiture du genre.

Cet honneur revient (peut-être) à l’Armstrong qui a roulé en Nouvelle-Angleterre en 1896. Cette voiture a été une des vedettes de la vente aux enchères de Bonhams présentée à Amelia Island, en Floride, le 10 mars dernier, où elle a trouvé preneur pour 654 403 $ CAN.

Autour du début du 20e siècle, l’auto électrique était chose courante. Les inventeurs prisaient leur simplicité d’utilisation, leur silence de fonctionnement et l’absence d’odeurs nauséabondes. Cependant, les autos électriques avaient une autonomie limitée.

Ce problème, Harry E. Dey, un inventeur actif dans le développement de voitures électriques jusque dans les années 20, a longtemps tenté de lui trouver une solution.

Après avoir fabriqué une première auto électrique, en 1895, Dey est invité par la société Roger Mechanical Carriage de New York à concevoir une voiture dans le but de la commercialiser. La société Armstrong de Bridgeport, au Connecticut, accepte le mandat de fabriquer le prototype de cette voiture sous la direction de Dey.

Pour régler le problème de l’autonomie, Dey équipe la voiture, qu’il a baptisée LX1, d’un moteur à essence à deux cylindres opposés de 6,5 L. Il entraîne les roues arrière par le biais d’une boîte de vitesses semi-automatique à 3 rapports dotée d’une marche arrière, chose encore peu courante à l’époque.

L’originalité de son moteur tient au fait qu’il est jumelé à une dynamo électrique servant de volant moteur. Le moteur peut ainsi recharger la batterie pour alimenter l’allumage et l’éclairage. Ce dispositif sert aussi de démarreur électrique. Rappelons que ce n’est qu’en 1912 que Henry Leland innovera en offrant le premier démarreur électrique pour ses Cadillac. Même l’embrayage de l’Armstrong fonctionne électriquement.

Le volant moteur est si gros qu’il permet aussi à la voiture de se mouvoir par la seule énergie électrique. L’histoire ne précise toutefois pas l’autonomie que devait avoir cette voiture en mode électrique pur, et elle ne devait pas être très grande. L’Armstrong pouvait néanmoins se déplacer grâce à diverses formes d’énergie, ce qui en faisait une hybride au même titre que la Prius.

Selon les historiens de Bonhams, Dey aurait conduit ce prototype « régulièrement » en 1896. La même année, la société Roger fonde la Mechanical Carriage Company pour amorcer la commercialisation de cette voiture. Mais avant que l’année ne soit terminée, les deux entreprises ont cessé leurs activités. Quant au prototype, il tombe dans l’oubli et se retrouve dans un coin de l’usine de Bridgeport.

L’Armstrong accumulera la poussière jusqu’à ce que l’entreprise qui l’avait construite soit vendue à la société Capewell autour de 1950. La voiture est alors déménagée avec tout le matériel se trouvant dans l’usine de Bridgeport pour se retrouver dans les installations des ses nouveaux propriétaires à Hartford, au Connecticut.

Puis, au cours de l’été de 1963, durant une opération de grand nettoyage, des employés découvrent l’ancêtre dans un coin oublié de l’usine. Elle se trouve parmi deux douzaines de vélos du 19e siècle et de vieilles voitures à cheval et elle a été gravement abîmée par l’eau. Mais un des employés ne peut se résoudra à l’envoyer au rebut. Il la récupère et l’installe dans le garage de sa résidence… jusqu’en 1995 !

À partir du milieu des années 90, l’Armstrong amorce une seconde vie en passant successivement entre les mains de divers collectionneurs, à commencer par les frères William et Douglas Magee. Ces résidents du Connecticut entendent parler de l’ancienne voiture et en font l’acquisition. Ils la conserveront durant plusieurs années.

Puis, elle se retrouve en Angleterre. Là, Robin Loder, membre bien connu du Veteran Car Club of Great Britain, la fait restaurer par un spécialiste nommé Robert Steer. Loder espère la conduire dans le rallye annuel Londres-Brighton. Mais elle reviendra aux États-Unis avant qu’il n’ait pu le faire, sans doute parce que Steer n’a pu trouver le moyen de faire fonctionner le système de démarrage électrique et les soupapes d’admission, également opérées électriquement.

Ce sont les spécialistes de Laidlaw Restauration, une entreprise du… Connecticut (!) qui ont trouvé des solutions à ces problèmes. Puis, Stewart Laidlaw, le patron de l’entreprise, offre l’Armstrong aux collectionneurs en 2014 à l’encan organisé par RM Auctions à Hershey, en Pennsylvanie. Mais l’ancêtre, dont la valeur est estimée entre 550 000 et 700 000 $ US, n’atteint pas le seuil souhaité : la meilleure offre n’est que de 375 000 $ US. Il faudra attendre deux ans pour trouver un collectionneur prêt à verser un peu plus pour cet hybride du 19e siècle !