Plutôt que d’aider à réduire la congestion routière dans les zones urbaines, les VTC (Voitures de transport avec chauffeur), comme celles des applications telles que UberX ou Lyft, contribuent plutôt à l’accentuer, stipule un rapport publié par un analyste en transports.

En effet, contrairement à l’idée que l’on peut s’en faire, ces applications augmentent le trafic routier tout en réduisant l’utilisation du transport collectif, soutient l’auteur Bruce Schaller:

«Les TNC [Transportation Network Companies, ou Entreprises de réseau de transport] ont ajouté 5,7 milliards de miles [9.2 milliards de kilomètres] de conduite annuelle aux zones métropolitaines de Boston, Chicago, Los Angeles, Miami, New York, Philadelphie, San Francisco, Seattle et Washington DC », peut-on lire dans l’étude publiée en juillet dernier.

Le rapport — publié aux États-Unis, donc en miles — avance que pour chaque mile de conduite personnelle soustrait des routes, les entreprises comme UberX ou Lyft en ajoutent 2,8, pour une augmentation de 180% de la circulation automobile urbaine.

Mais ce n’est pas tout: ce rapport stipule que ces VTC compétitionnent davantage avec les services de transport collectif ou le transport actif qu’avec l’auto-solo, en raison de facteurs comme le temps de déplacement, la commodité et le confort.

«Les trajets partagés contribuent au trafic puisque la plupart des utilisateurs font le changement à partir de modes de transport autres que l’automobile, précise l’étude. De plus, il y a du kilométrage ajouté car les chauffeurs attendent leur prochaine course puis conduisent jusqu’au point de ramassage.»

Ces conclusions viennent appuyer celles d’un autre rapport, publié en 2017, qui avançait que «de 49% à 61% des trajets effectués par ride-hailing [le fait de commander un chauffeur par le biais d’un application] n’auraient pas été effectués», ou s’ils l’avaient été, ils l’auraient été «à pied, en vélo ou en transport collectif».

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Selon le plus récent rapport sur le sujet, il y a certes des considérations de politiques publiques qui entrent en ligne de compte, mais il faut également réfléchir à l’arrivée des voitures autonomes à la lumière de ces conclusions.

«Sans interventions de politiques publiques, les chances sont que le futur ‘autonome’ reflète la réalité d’aujourd’hui: plus d’automobilité, plus de trafic, moins de transport collectif et moins d’équité et de durabilité», peut-on lire.

Le rapport de 2017 avançait lui aussi l’importance de «comprendre comment les modèles de ‘mobilité en tant que service’ façonnent les modes de déplacement»:

«Sans une compréhension claire de la manière dont ces services influencent les décisions de transport, les villes seront limitées dans leur capacité à faire des choix efficaces de moyen- et de long-terme concernant les infrastructures et les politiques publiques visant à assurer que les services de transport soient équitables, durables et sûrs.» 

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Les villes n’en sont pas à leurs premiers démêlés avec les compagnies comme UberX — on pense notamment aux litiges avec les chauffeurs de taxi.

La ville de New York a adopté, le 8 août dernier, un règlement destiné à plafonner le nombre de véhicules Uber ou Lyft en circulation. «Il est temps que les grosses corporations prennent le siège arrière et que les travailleurs prennent le volant», a déclaré le maire de New York, Bill de Blasio, lors de la signature du règlement.

Plusieurs villes à travers le monde ont entrepris ou entreprennent des démarches visant à limiter la présence de ces compagnies sur leur territoire. On pense notamment à Londres, qui avait refusé de renouveler la licence d’Uber avant de lui accorder une licence probatoire, en juin dernier.

Plus près de chez nous, la ville de Vancouver n’a toujours pas permis l’implantation d’Uber ou de Lyft sur son territoire, attendant la rédaction d’un nouveau texte de loi adapté aux réalités d’aujourd’hui auquel devront se soumettre ces entreprises.

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Peu importe l’opinion que l’on peut avoir de ces entreprises, elles font partie de la réalité actuelle et il nous est impossible d’y échapper. Il est donc important d’avoir des données claires et des analyses approfondies afin d’outiller les dirigeants, les preneurs de décisions et les individus aux enjeux de la mobilité au XXIe siècle.

Car pour citer la célèbre chanson de Star Académie: c’est pas fini, ce n’est qu’un début!