Autofocus.ca est présent au Forum sur la mobilité et le transport collectif qui réunit les maires de la Rive-Nord de Montréal et qui se déroule en ce moment même à Laval. Voici ce que notre collaborateur Stéphane Desjardins vous rapporte en direct.

Plusieurs chiffres présentés au Forum sur la mobilité et le transport collectif, qui se tient aujourd’hui à Laval, viennent confirmer la caractère infernal de la congestion sur les autoroutes au Nord de Montréal.

Sur 16 segments et 32 corridors représentant 170 kilomètres d’autoroutes de la couronne Nord de Montréal, on a observé une augmentation du volume de la circulation de 8% entre 2014 et 2017, selon des études de Street Light Data et du ministère des Transports du Québec.

Voilà qui s’est traduit par des retards en hausse de 46%.

Mais c’est loin d’être fini. Si rien ne change, on estime que le volume total augmentera de 5% et les retards de 37% d’ici 2021 – soit dans trois ans.

Ces prévisions ne tiennent pas compte des effets des nuisances du chantier du REM, qui perturbera plusieurs lignes de train de banlieue au cours des prochains mois.

L’autoroute 15 est la championne de la congestion… et devrait le rester. Le volume de la circulation y a augmenté de 8% ces trois dernières années, mais les retards ont bondi de 58%. D’ici 2021, ils vont à nouveau augmenter de 45%.

Si l’on tient uniquement compte de la partie de l’autoroute 15 qui se trouve au nord de l’autoroute 440, les retards seront exponentiels: 126% d’ici 2021.

De même, le tronçon de l’autoroute 15 au nord de la 640, relativement épargné jusqu’à présent, va devenir un enfer, avec des retards en hausse de 43%.

Cela dit, partout dans le réseau qui sillonne la Rive-Nord de Montréal, les pertes de temps vont doubler au cours des trois prochaines années:

  • Sur l’autoroute 13, on a observé une augmentation de 11% du volume et 49% des retards entre 2014 et 2017; d’ici 2021, le volume augmentera de 6% et les retards de 28%.
  • Sur l’autoroute 19, pour laquelle le gouvernement Couillard a annoncé le prolongement vers Bois-des-Filion, le volume n’a augmenté que de 1% entre 2014 et 2017, mais les retards ont bondi de 32%. D’ici 2021, le volume augmentera de 5% et les retards de 48% – dont 31% au nord de la 440 et 68% près du pont Papineau-Leblanc.

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Le coût annuel estimé de la congestion est passé de 580$ millions à 1,3$ milliard (une hausse de 120%), entre 2008 et 2018, rapporte le directeur général de la Société de transport de Laval, Guy Picard.

Selon certaines simulations, ces pertes économiques seront de 1,5$ milliard par année d’ici 2021.

M. Picard ajoute que le volume de circulation sur les autoroutes de Laval et de la Rive-Nord a augmenté de 2,7% par année en moyenne, soit proche de l’augmentation moyenne de la population dans la région.

La STL a utilisé plusieurs études, dont celles de la firme d’ingénierie WSP et les enquêtes origine/destination du ministère du Transport du Québec. «Ça représente 50 millions d’heures perdues dans le trafic», fait remarquer le directeur général.

Certaines autoroutes sont déjà rendues à pleine capacité à l’heure de pointe – une heure de pointe qui, d’ailleurs, s’étire de plus en plus durant la journée.

«Le message que nous lançons aujourd’hui est simple: tant qu’il n’y aura pas une offre de transport collectif concurrentielle à l’automobile, ce sera pire encore sur les grands axes routiers. Il faut une alternative efficace et attrayante», a-t-il ajouté.

Et, selon plusieurs élus et spécialistes ayant travaillé à la préparation du forum, l’offre de transport en commun devra être intégrée: plus de stationnements incitatifs, plus de trains de banlieue et plus de lignes d’autobus.

Et pas seulement vers Montréal. En effet, l’offre doit aussi couvrir efficacement les besoins de transports dans la région, qui correspondent à 69% de tous les déplacements.

Signalons que le parc automobile régional a cru de 8% – soit plus que la croissance de la population, de 5% à Laval et dans la couronne Nord entre 2014 et 2018.

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La STL a commandé un sondage à la firme SOM auprès des Lavallois et des habitants de la couronne Nord. Globalement, 87% des gens considèrent que la congestion est en hausse sur les autoroutes et 85% des gens estiment qu’elle affecte leur qualité de vie, surtout leur bien-être, leur santé et leur sécurité.

Les gens seraient-ils prêts à utiliser les transports en commun? Si ça se traduisait par des trajets plus courts, 66% répondent par l’affirmative.

Quelles sont leurs préférences? Un service avec une bonne fréquence (58%), une meilleure accessibilité (48%) et un coût acceptable (30%).

Quels sont les projets à prioriser? Le prolongement du métro l’emporte à Laval (44%) et en banlieue (23%). Mais les navetteurs considèrent que les voies réservées pour les autobus sont très attrayantes (30% à Laval et 33% dans la couronne Nord), ce qui a surpris les spécialistes du transport en commun.

Un système de train léger comme le REM emporte l’adhésion de 13% des Lavallois et 22% des banlieusards de la couronne Nord.

Enfin, la population de Laval et de la couronne Nord estime que les gouvernements devraient investir à 48% dans les nouvelles routes et à 52% dans le transport en commun.

La STL a demandé si les Lavallois apprécient la qualité du service de transport en commun.

Réponse: ils apprécient la fréquence, mais considèrent bien ordinaire le confort et les temps de déplacement.

Ces indicateurs chutent fortement dans la couronne Nord. Ce qui fait dire à Guy Picard que la situation vécue dans la couronne Nord ressemble à ce que les Lavallois connaissaient il y a une quinzaine d’années: «Vous bonifiez l’offre de transport en commun et les gens l’adoptent massivement.»

Les spécialistes du marketing et les plus vieux d’entre nous reconnaîtront le principe de la saucisse Hygrade…