C’est confirmé: le Tesla Model X qui a été la proie des flammes après s’être embouti de plein fouet dans une glissière de sécurité en béton – et tué Walter Huang, son conducteur – la semaine dernière, au nord de la Californie, avait son dispositif Autopilot engagé.

Autrement dit, l’utilitaire tout électrique Tesla Model X était en mode autonome.

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On serait porté à croire que ladite triste nouvelle a été émise par le National Transportation Safety Board (NTSB). Justement, l’organisme gouvernemental américain venait d’amorcer une enquête sur cette collision survenue à 9h27 le matin du vendredi du 23 mars, au delta des autoroutes 101 et 85 dans la municipalité de Mountain View, au sud de San Francisco – à quelques pas de la Silicon Valley, où s’en allait travailler la victime.

Que non: c’est la compagnie Tesla elle-même qui a confirmé hier par voie de communiqué ce qui, à la suite de l’accident (lui aussi mortel) plus tôt ce mois-ci entre une voiture d’Uber et une piétonne, pourrait sérieusement freiner les avancées de la voiture autonome.
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Déjà, le NTSB avait initié l’hypothèse il y a quatre jours, mais de manière très laconique dans un gazouillis: «Il n’est pas établi si le système de pilotage automatisé était actif au moment de l’accident. Les points à l’étude sont: l’incendie d’après-collision et les mesures à mettre en place pour le retrait du véhicule de la scène en toute sécurité.»

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Mais voilà, Tesla a pris les devants pas plus tard qu’hier en déclarant que oui, l’Autopilot était engagé. Son communiqué indique que la distance de suivi du régulateur de vitesse était à son niveau minimum, en plus de spécifier ceci:

«Le conducteur a reçu plusieurs avertissements visuels et un (avertissement) audible plus tôt dans le trajet et ses mains n’ont pas été détectées sur le volant pendant les six secondes avant la collision. Le conducteur a eu environ cinq secondes et 150 mètres de vue dégagée sur la glissière de béton et la partie endommagée de l’atténuateur d’impact, mais les enregistrements du véhicule montrent qu’aucune action n’a été entreprise.»

Dans un communiqué émis plus tôt, soit quatre jours après la collision mortelle, Tesla avait déjà souligné cette glissière de sécurité endommagée:

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Le constructeur de véhicules électriques en profitait pour écrire que les propriétaires de Tesla «ont conduit cette même portion d’autoroute en Autopilot plus de 85 000 fois» depuis la commercialisation du premier véhicule muni du dispositif, en 2015. La compagnie a même soutenu que 200 trajets de Tesla en mode Autopilot s’effectuent chaque jour sur cette portion autoroutière.

De fait, Tesla persiste et signe en rappelant que si les États-Unis comptent une mortalité routière à chaque 138 millions de kilomètres parcourus par les véhicules de toutes marques, elle-même n’enregistre qu’un décès (piétons compris) pour chaque 515 millions de kilomètres franchis par ses véhicules équipés de l’Autopilot.

L’histoire ne dit pas à quelle fréquence le dispositif est engagé sur ces 515 millions de kilomètres, mais ça n’empêche pas le constructeur d’affirmer que: «Si vous conduisez une Tesla équipée du logiciel Autopilot, vous êtes 3,7 fois moins à risque d’être impliqué dans un accident mortel.»

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Voilà qui contredit ce qu’a rapporté la chaîne d’information ABC News, qui a interviewé les proches de Walter Huang. Selon ceux-ci, l’ingénieur était allé se plaindre à plusieurs reprises chez son concessionnaire Tesla.

Pourquoi? Parce que son nouveau Model X faisait de dangereuses embardées vers la glissière de sécurité – la même contre laquelle finalement, le 23 mars, il allait trouver la mort.

Ratés du dispositif de conduite autonome? Système de navigation défectueux? Glissière de sécurité fautive? On ne connaîtra la cause réelle de cette seconde mortalité à survenir au volant d’une voiture autonome que dans 12 ou 18 mois, lorsque seront dévoilées les conclusions de l’enquête menée par la NTSB.

Walter Huang était père de deux enfants en bas âge et il allait célébrer ses 10 ans de mariage avec Sevonne cet été – le 3 juillet 2018, précisément. Né à Taiwan, l’ingénieur en développement de systèmes qui a étudié à l’Université de Washington venait d’être embauché par le géant Apple – d’où le Tesla Model X qu’il s’était offert le 12 décembre dernier.

Malheureusement, il vient rejoindre le seul autre conducteur «qui ne conduisait pas» à mourir au volant d’une voiture autonome – soit Joshua Brown, dans sa Tesla Model S, le 7 mai 2016 en Floride.
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