Ces critiques du Salon de Détroit, bien que variées, nous pourrions les regrouper sous quelques thèmes. Limitons-nous à trois, question d’être précis et concis.

Dans le désordre, il y a l’importance de ce rassemblement à travers le monde, le fait qu’on nous a présenté cette année des véhicules plus énergivores qu’écologiques alors que la planète souffre et qu’enfin, on se demande carrément quel est l’avenir de ce genre d’événement automobile à l’ère où l’information circule à la vitesse de l’éclair.

Allons-y donc, toujours dans le désordre.

On entend souvent les plus vieux nous dire que dans le temps, les choses n’étaient pas pareilles, qu’elles étaient meilleures. C’est le cas dans une foule de domaines. Même la météo semblait plus intéressante à l’époque…

S’il est vrai qu’une certaine magie s’est peut-être perdue au fil des décennies, il faut comprendre que le monde évolue, que ça nous plaise ou non. Même si on décrie les nouvelles tendances, elles sont ce qu’elles sont et il ne nous reste qu’à nous adapter. La nostalgie, c’est agréable, mais à petite dose ; l’abus, ici, peut catapulter les plus sains à la dépression.

Cela dit, c’est un fait que le Salon de Détroit n’est plus ce qu’il était. Jadis, TOUS les constructeurs de la planète y réservaient leurs plus spectaculaires présentations. Ils y dévoilaient LE véhicule qui allait marquer leur prochaine année. L’ambiance était à la fête. L’automobile dans son ensemble y était célébrée sans réserve.

Ça, c’était hier. La plus récente édition n’avait rien de tel à proposer. En fait, quantité de firmes brillaient par leur absence. Des noms comme Porsche, Jaguar, Volvo et Tesla étaient invisibles. À leurs yeux, et celui de d’autres, le Salon de Détroit n’est plus un incontournable. C’est devenu une exposition parmi d’autres et on juge la pertinence de s’y pointer en fonction de ce qu’on a à offrir au marché américain, point à la ligne.

Parlant des constructeurs locaux, ils y étaient, eux, et pas pour faire de la figuration. Chacun y est allé de la présentation d’une camionnette. Le Silverado chez GM et le Ram pour le groupe FCA (Fiat Chrysler Automobiles). Pour Ford, c’est le retour de la camionnette intermédiaire Ranger qui a fait jaser. Et ne voyez aucune surprise là. L’an dernier, aux États-Unis, il s’est écoulé 2,7 millions de pick-up sur les 17.2 millions de véhicules qui ont trouvé preneurs, soit 15,6  % des ventes. C’est énorme.

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La camionnette ainsi que tout ce qui est haut sur patte avaient la cote à Détroit cette année. On estime même que la moitié des nouveaux produits dévoilés étaient d’importants consommateurs de carburant. Voilà une tendance surprenante, considérant qu’au cours des dernières années, la chose électrique semblait s’être fait une place dans la ville de l’automobile.

Mais n’allez pas croire que l’électrification est en recul, cependant ; les constructeurs vont nous inonder de véhicules hybrides, hybrides enfichables et électriques au cours des prochaines années.

Cette année, dans le fond, la réalité a rattrapé les plus nobles intentions. En 2017, les deux tiers des 17.2 millions de véhicules achetés aux États-Unis étaient des camionnettes ou des VUS.

Au Canada, cette proportion a atteint 68 %, comme quoi nos habitudes calquent fréquemment celles de nos voisins du sud. Ce que le consommateur veut, il l’aura, et en ce moment, il voit grand et gros. Il ne faut jamais oublier que c’est lui qui dicte les tendances.

Conséquemment, les constructeurs nous présentent en grande pompe leurs produits les plus populaires et ceux… qui leur rapportent le plus. Il est bien plus intéressant pour l’exercice comptable de GM d’écouler des Chevrolet Silverado que des voitures compactes ou des Chevrolet Volt ou Bolt, par exemple.

Ironiquement, la vente des premiers sert à financer la commercialisation des derniers. Il s’agit d’une business, ne l’oublions jamais.

Le Salon de Détroit est-il (re)devenu un truc de camions ? Ne partons pas en peur. Ce fut le cas cette année et ça pourrait bien être différent l’an prochain.

Traditionnellement, le rendez-vous des camions, c’est celui de Chicago. Détroit aura pris la relève. Et puis l’expo de Détroit n’ayant plus l’importance qu’elle avait, il ne faut plus s’attendre à ce qu’elle serve de poumon à l’industrie. On y observera les tendances du moment, tout simplement.

L’an prochain, si le prix du gallon d’essence est à quatre ou cinq dollars, on nous présentera davantage de véhicules verts, garantis. En ce moment, à quelque deux dollars le gallon, le gros camion a encore la cote.

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De même, s’il est clair que le Salon de Détroit n’est plus ce qu’il était, il ne faudrait pas penser qu’il va disparaître de l’échiquier non plus. Pour les Américains, il demeure majeur et GM et Chrysler n’y auraient pas présenté leur meilleur vendeur cette année si ça n’avait pas été le cas.

Et puis il y a l’existence de tous les autres salons, à commencer par le Consumer Electronics Show (CES), tenu à Las Vegas au cours des derniers jours. Très tendance, celui-ci accorde une place grandissante aux technologies de l’automobile. À Los Angeles, à l’automne, on a la fibre environnementale très développée. La concurrence entre les événements fait qu’on n’emprunte pas les mêmes avenues d’un endroit à l’autre.

Et ajoutez à cela les télécommunications qui permettent à un constructeur de présenter un nouveau véhicule au beau milieu de l’année, n’importe où dans le monde, et d’être certain d’avoir une visibilité planétaire dans les minutes qui suivent. Voilà qui est certes moins coûteux que l’aménagement d’un kiosque à Détroit ou ailleurs. Et, en prime, lorsqu’un tel lancement est tenu alors qu’aucun autre du genre ne se déroule en même temps, le principal intéressé profite du coup d’une couverture optimale.

La vérité, c’est que les choses ont changé. Les salons sont nombreux, tout comme les événements visant à faire la présentation d’un nouveau produit. La concurrence est forte et les constructeurs cherchent par tous les moyens à obtenir un maximum de visibilité. S’ils jugent que cette dernière passe par tel ou tel salon automobile, ils y seront. Si c’est par une autre voie, ils utiliseront les courroies de transmission que nous sommes, d’une manière ou d’une autre.

Aux plus nostalgiques, oui, la fête de Détroit n’est plus ce qu’elle était et il est fort probable qu’elle ne le sera plus jamais. Ça vous laisse devant deux options. Rechigner et vous rappeler comment c’était fantastique dans le temps ou bien embrasser la nouvelle situation et trouver le moyen de vous émerveiller de nouveau.

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Ça, ça nous appartient, surtout en vieillissant.

Mais, cela dit, ne perdons pas notre sens critique au passage. Le Salon de Détroit de 2018 ne passera pas à l’histoire et la nature de ses présentations aura été, dans l’ensemble, décevante.

C’est un peu comme le vin ;  il y a de bonnes et il y a de moins bonnes cuvées.

En attendant 2019…