Avec le Salon international de l’auto de Montréal 2018 (SIAM), on célèbre la 75e édition de ce grand événement annuel. Pourtant, lorsqu’on consulte les communiqués relatifs à l’édition 2016 du salon, on constate que les organisateurs évoquent une 48e édition. Selon toute logique, le salon de cette année aurait donc dû être le 50e. Dans ce cas, d’où viennent les 25 autres?

Une explication s’impose puisque ce 75e salon de l’auto de Montréal est à la fois une 75e édition ET une 50e édition. Et pour remettre tout cela en contexte, ouvrons le grand livre d’histoire des regroupements de concessionnaires d’automobiles.

Cette histoire débute en octobre 1913 avec la fondation de la Montreal Automobile Trade Association (MATA), l’ancêtre de l’organisation actuelle responsable du SIAM, la Corporation des concessionnaires d’automobiles de Montréal (CCAM).

Ce premier regroupement de détaillants d’automobiles se donne entre autres mandats celui de prendre en main l’organisation du salon annuel de l’automobile présenté à Montréal, un événement réalisé par des promoteurs indépendants depuis 1906.

Le Montreal Motor Show, premier des 75 salons qui seront organisés par la MATA et les deux organisations qui lui succéderont, ouvre donc ses portes le 24 janvier 1914. Il a lieu au Drill Hall, un manège militaire situé au carrefour des rues Craig (maintenant Saint-Antoine) et Hôtel-de-Ville. L’espace est aujourd’hui occupé par l’autoroute Ville-Marie.

Le prix d’entrée de 50 cents est l’équivalent d’un repas ordinaire au restaurant à l’époque et cet événement attire plus de 29 000 visiteurs.

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Jusqu’en 1938, le salon est présenté dans sept édifices situés dans différents secteurs de la ville, à commencer par l’édifice Ford (Exhibition Building) en 1915, sur l’avenue Laurier.

Puis, de 1916 à 1918, il se tient dans l’édifice Almy’s (appelé Belgo aujourd’hui), sur l’avenue Laurier Est, où se trouve le Quartier des spectacles.

L’Armistice ayant lieu le 11 novembre 1918, une situation économique précaire et de problèmes de disponibilité font que le salon, qui devait comme toujours avoir lieu en janvier, est annulé.

Il reprend l’année suivante dans le MotorDrome, un tout nouveau complexe conçu par l’architecte montréalais Ernest Cormier. Plus de 8 600 visiteurs s’y rendent.

En septembre 1922, faute de pouvoir organiser son Motor Show à cause d’un imbroglio légal, la MATA s’attaque à un nouveau créneau, celui des voitures de luxe, en organisant son premier Montreal Closed Car Show (MCCS).

Présenté au Drill Hall, le MCCS présente une variété de berlines et de coupés, des automobiles à carrosserie fermées (comme la limousine Lincoln qu’on voit ci-dessous) qui sont plus luxueuses et plus coûteuses que les voitures populaires, comme la Ford modèle T. En effet, ces dernières ont généralement une carrosserie décapotable que nos patriarches désignent affectueusement du terme anglophone Touring.

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L’association récidive l’année suivante avec une seconde édition du Closed Car Show, qui sera toutefois la dernière. Le fait d’avoir repris la présentation du Motor Show en janvier a sans doute convaincu les responsables de l’association qu’un seul salon par année suffit. En 1923, la MATA a donc organisé deux salons plutôt qu’un : ses 9e et 10e depuis 1914.

En 1924, le salon s’installe dans l’annexe de l’édifice Morgan (qu’on voit sur la photo ci-dessous prise au début des années 60), un lieu qu’il occupe jusqu’en 1927. Étalé sur quatre étages, du 3e au 7e, il est facile d’imaginer la congestion engendrée, les jours d’affluence, par le déplacement des visiteurs d’un étage à l’autre. On est loin du Palais des congrès avec ses longs escaliers mécaniques qui mènent au « Septième ciel ».

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Le salon se déplace ensuite dans le Stade Delorimier, un complexe récréatif également surnommé Stadium par les fanatiques de baseball, qui vont y acclamer leurs vedettes des Royaux, depuis 1928.

En 1931, la Canadian Automobile Manufacturers and Exporters Association accorde à la 18e édition du Montreal Motor Show le titre d’exposition nationale, une première dans l’histoire de cet événement.

Puis, pour la 21e édition de salon, en 1934, la MATA emménage dans l’édifice ultramoderne de la Sun Life, dont la construction a été complétée à peine trois ans plus tôt. C’est là, en novembre 1937, qu’aura lieu le dernier salon d’avant-guerre : le 25e (après avoir présenté son 22e Motor Show en janvier 1935, l’administration de la MATA décide d’organiser ses salons suivants au mois de novembre, ce qui fait que la 23e édition de cet événement aura également lieu en 1935).

Dans l’après-guerre, l’administration de l’association décide de laisser à des promoteurs indépendants le soin d’organiser les expositions d’automobiles annuelles. Ce sont eux qui mettent sur pied les événements présentés, par exemple, au Palais du commerce, sur la rue Berri, durant les années 50.

En mars 1963, une restructuration transforme la MATA en Association des marchands d’automobiles de Montréal (AMAM). Bien que durant les années 50 l’idée d’organiser de nouveau un salon ait parfois resurgi, il faut attendre avril 1967 pour qu’une action concrète soit entreprise à l’initiative de Norman D. Hébert Sr, le père de l’actuel président et chef de la direction du Groupe Park Avenue, Norman E. Hébert Jr.

Un projet en bonne et due forme est lancé et aboutit à une annonce officielle à laquelle assiste le maire de Montréal, Jean Drapeau, en mai 1968. On annonce alors qu’un premier salon ouvrira aura lieu en janvier 1969 à la place Bonaventure. Inauguré en 1967, ce nouveau complexe du centre-ville est doté d’un centre d’exposition. Ce salon, le 26e de l’histoire de l’association, sera aussi le premier d’une nouvelle ère.

La suite de l’histoire est bien connue. Pendant 20 ans, le SIAM occupe le hall Concordia de la Place Bonaventure. C’est aussi durant cette période, soit le 8 avril 1980, qu’une refonte corporative fait de l’AMAM la CCAM.

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Puis, en 1990, pour sa 47e édition, le salon déménage au Stade olympique afin d’offrir plus d’espace aux visiteurs et aux exposants.

Au Stade, en 1992 (49e édition), la CCAM réalise un record d’assistance qui tient toujours en accueillant 271 917 visiteurs. C’est là aussi, en 1999, qu’une avarie du toit causera l’annulation du salon.

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Après un retour temporaire à la Place Bonaventure, en 2000, et deux années passées dans les aires intérieures du Stade, en évitant l’aire de jeu, le salon s’installe enfin au Palais des congrès de Montréal. Les responsables de la CCAM attendaient qu’un projet d’agrandissement double sa superficie utile pour y présenter le Salon 2003 (60e édition).

Quinze années se sont écoulées depuis l’arrivée du salon au Palais des congrès et ainsi s’achève le 75e salon organisé par la corporation des concessionnaires depuis 1914 (MATA, AMAM et CCAM confondues). Un salon qui est aussi… le 50e depuis le « 1er salon » présenté, celui-là, en 1969!

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