Surpris? Pourtant, admettez: on ne sait jamais vraiment à quel moment précis on s’assoupit. C’est comme ça sur l’oreiller, c’est aussi comme ça derrière le volant.

On se croit en pleine possession de ses moyens? Erreur: sans même le savoir, notre conduite trahit déjà qu’on est en train de s’endormir: nos mouvements de direction se font plus amples et moins précis, notre vitesse et notre trajectoire n’ont plus rien de constant, notre la vision devient fixe, moins périphérique…

Vous en doutez? Croyez-en les experts du Laboratoire de conduite de l’Université de Montréal, qui ont mené des tests en simulateur. Les cobayes soutenaient qu’ils allaient très bien – «Non, non, je ne m’endors pas!», mais leur corps et leur conduite disaient tout autrement.

«C’est stupéfiant de voir que les gens tombent en hypo-vigilance sans s’en rendre compte», s’exclame le directeur du Labo, Jacques Bergeron.

«Ils nous disent être dans leur état normal, mais tout dans leur comportement montre qu’ils sont sur le point de faire une fausse manœuvre ou de perdre le contrôle.»

Jacques Bergeron, directeur du Laboratoire de conduite de l’UdM

C’est dire que lorsqu’on a conscience que nos pensées vagabondent, que notre vision se brouille, que l’on baille et que l’on a de la difficulté à garder la tête droite ou encore les yeux ouverts… on n’est déjà plus en état de conduire.

Il est alors plus que temps de s’arrêter sur le bord de la route (de grâce, dans en endroit sécuritaire) et de piquer un p’tit roupillon.

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Si l’on vous demande quelles sont les deux principales causes de mortalité routière au Québec, vous répondrez la vitesse et l’alcool – et vous aurez raison.

Maintenant, si l’on vous demande quelle est la troisième cause plus importante, répondrez-vous la fatigue au volant?

Et pourtant, c’est le cas: en moyenne 116 décès et presque 10 000 blessés par année au Québec. Pour l’ensemble du Canada, la fatigue au volant serait à l’origine d’un accident mortel sur cinq.

Un sondage de la SAAQ révèle cependant que moins d’un Québécois sur dix considère la somnolence au volant comme cause principale d’accident.

C’est dire qu’on sous-estime grandement cette problématique, alors que celle-ci touche tout le monde.

Un autre sondage, cette fois de la Fondation de recherches sur les blessures de la route, démontre en effet qu’un Canadien sur cinq se serait – ou aurait été sur le point de – s’assoupir au volant au moins une fois au cours de l’année précédant l’enquête.

Mais qu’à peine 15% des interrogés se seraient garés pour se reposer…

Des constructeurs automobiles ont voulu remédier (en partie) au problème et c’est pourquoi certains de leurs véhicules proposent l’alerte au changement de voie; ça «buzz» dans l’habitacle si le véhicule franchit une démarcation routière sans que le clignotant ne soit engagé, voire la direction s’auto-corrige pour que la voiture reprenne son tracé.

Certains vont encore plus loin en insérant une programmation pour qu’un tasse de café s’illumine à l’instrumentation quand trop de mouvements amples de la direction sont notés par l’ordinateur. Dans un proche avenir, des lecteurs de rétine à bord pourront même discerner le regard fixe du conducteur et suggérer une pause…

En attendant que tous ces gizmos se démocratisent, comment combattre la fatigue au volant?

Oui, le café peut stimuler un moment, mais il ne fera pas disparaître la fatigue.

Ouvrir une fenêtre, démarrer la climatisation, jaser avec le passager (s’il ne dort pas…), hausser le volume de la radio? Des band aids posés sur une fracture béante, sans plus, disent les experts.

Alors, ne vous fatiguez pas (!), surtout si vous êtes du genre à vous endormir avant que votre tête ne touche l’oreiller: dès les premiers signes «d’endormitoire» au volant, arrêtez-vous dans un endroit sécuritaire et reposez-vous.

Même s’il ne s’agit que d’un roupillon de 15 minutes.

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Ne partez pas fatigué. Avant un long trajet, passez une bonne nuit de sommeil. Sachez qu’une “dette de sommeil” de cinq heures entraîne au volant le même effet que l’absorption de deux ou trois verres de vin.

Planifiez des trajets qui ne dépassent pas huit heures de route – et planifiez-les, en autant que possible, alors qu’il fait jour et non pas lors des périodes habituellement occupées à dormir.

Conservez l’habitacle frais et bien aéré – la fatigue se fait sentir plus vite lorsqu’il fait chaud. En soirée, réduisez l’éclairage du tableau de bord; les contrastes lumineux accroissent la fatigue visuelle.

Les experts suggèrent une pause d’une dizaine de minutes à toutes les deux heures de route pour se changer les idées et se dégourdir les jambes.

Encore de la route à faire demain? Offrez-vous une bonne nuit de sommeil – pas une sieste inconfortable sur la banquette arrière… Et retenez qu’un conducteur en «dette de sommeil» qui est éveillé depuis plus de 20 heures voit ses réflexes et sa concentration diminuer au même niveau qu’un conducteur présentant un taux d’alcoolémie de 0,05mg.

Vous êtes fatigué? Ne conduisez pas. Pourquoi risquer… de ne plus jamais vous réveiller?