Plus de 15 ans après leur apparition progressive sur les routes du Québec, les giratoires ont clairement démontré leur utilité sur le plan de la sécurité routière, selon une analyse menée en 2016 par le ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports.

À l’heure actuelle, on en trouve environ 200 sur l’ensemble du territoire québécois, dont 65 sur le réseau de Transports Québec. L’étude de 2016 ne portait que sur 17 d’entre eux situés en région, et mis en service entre 2003 et 2009, de manière à considérer au moins trois années avant et après leur construction. On peut croire que ses conclusions seraient sensiblement les mêmes pour les autres giratoires.

L’objectif consistait à comparer la fréquence et la gravité des accidents survenus à ces intersections, avant et après la mise en place du carrefour giratoire.

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Premier constat sans équivoque: le nombre annuel moyen d’accidents corporels y a diminué de 63%, passant de 24 à 9. Encore plus significatif: la baisse est de 87% pour les accidents mortels ou entraînant des blessures graves.

Il est vrai que, pendant cette même période, une réduction des accidents corporels a aussi été notée sur l’ensemble du réseau routier québécois. Néanmoins, la performance des carrefours giratoires s’avère nettement supérieure à ce chapitre. Et leur effet bénéfique sur la baisse de la gravité des accidents semble durable.

L’explication est assez simple. Le seul fait que l’approche d’un carrefour giratoire oblige les conducteurs à ralentir leur vitesse contribue à diminuer le nombre d’accidents corporels. Mais c’est surtout que les conflits potentiels entre véhicules y sont beaucoup moins nombreux et moins graves que dans une intersection en croix ou en «T».

Ainsi, peu importe le nombre de branches du carrefour, les risques de collisions à angle droit disparaissent, de même que les virages à gauche. Dans une intersection conventionnelle, il s’agit qu’un conducteur ne fasse pas son stop ou «brûle» un feu rouge pour qu’une collision soit inévitable, bien souvent à haute vitesse – un type d’accidents qui cause généralement des blessures graves, sinon la mort.

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Seule ombre au tableau de cette étude: le nombre annuel d’accidents avec seulement des dommages matériels a augmenté de 35% en moyenne, passant de 65 à 88.

Cette «contre-performance» vient ternir le bilan global des carrefours giratoires, en faisant grimper de 9% le nombre total d’accidents, toutes gravités confondues, après leur aménagement. Pendant ce temps, c’est plutôt une baisse de 9% qu’on a constaté sur l’ensemble du réseau routier…

On peut toutefois lier cette hausse des accidents matériels à une croissance du débit de circulation dans les secteurs concernés. En effet, ce n’est pas pour rien qu’on implante un giratoire: un développement urbain intensif ou l’arrivée de grands magasins motivent bien souvent la construction d’une telle structure.

L’autre élément qui entre en jeu est bien sûr le comportement des usagers de la route qui ne sont pas familiers avec les carrefours giratoires. En effet, ce type d’aménagement routier est encore récent au Québec et leur nombre demeure relativement limité. Pensons qu’en France, où les automobilistes s’y sont habitués depuis une cinquantaine d’années, on en trouve pas moins de 30 000 – dont le plus important au monde: celui parisien autour de l’Arc de Triomphe!

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De fait, une étude menée à la fin des années 2000 par l’ingénieur Alexandre Beaupré, dans le cadre de son mémoire de maîtrise, avait mis en lumière le manque de connaissance des conducteurs québécois à cet égard.

Ses observations, menées sur une dizaine de sites de carrefours giratoires durant deux ans, avaient révélé qu’un mauvais comportement y survenait environ toutes les deux minutes!

La majorité des fautes concernait la règle de priorité à l’anneau. Question de vous rafraîchir la mémoire: lorsque vous arrivez au giratoire, vous devez céder le passage aux voitures déjà engagées dans la structure circulaire… et non le contraire.
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Parmi les autres comportements erratiques fréquents notés à l’époque, mentionnons des véhicules qui arrêtaient sans raison à l’approche du carrefour et même dans l’anneau.

Dans 10% des cas problématiques, la voiture roulait en outre à une vitesse excessivement basse, alors que le giratoire a entre autre pour but d’améliorer la fluidité de la circulation.

Face à cette évidente méconnaissance des règles de priorité du giratoire, l’ingénieur Beaupré y allait de plusieurs recommandations portant sur la formation et l’information des conducteurs. Le sujet devait, selon lui, être intégré adéquatement aux cours de conduite, ainsi que dans les questions de l’examen de la SAAQ pour l’obtention du permis de conduire.

Il soulignait aussi l’importance d’ajuster le Code de la sécurité routière en fonction des carrefours giratoires.

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Près de dix ans plus tard, où en est-on rendu? Sans avoir vraiment suivi le dossier depuis, M. Beaupré croit que la situation s’est sans doute améliorée, «surtout aux endroits où le carrefour giratoire est implanté depuis longtemps et où la circulation est avant tout locale».

L’ingénieur semble moins convaincu par contre en ce qui regarde le manque d’uniformité dans la conception et la signalisation de ces aménagements routiers, qui contribuait selon lui à la confusion des conducteurs.

Du côté de Transports Québec, on affirme que la conception des carrefours giratoires a continué d’évoluer avec les années. «Les approches sont maintenant conçues pour permettre de mieux réduire les vitesses, surtout en milieu rural où elles sont plus élevées», souligne le porte-parole Alexandre Bougie.

On a aussi mis en place des mesures différentes en milieu urbain; les approches y sont désormais rectilignes, afin que les conducteurs perçoivent mieux les usagers vulnérables que sont les piétons et les cyclistes.

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De plus, dans un souci d’uniformisation, le ministère ne construit plus de ronds-points, où la priorité allait aux véhicules arrivant dans la structure, alors que dans un giratoire, ceux-ci doivent céder le passage aux voitures déjà engagées dans l’anneau.

«La signalisation a également été revue», ajoute M. Bougie, précisant que certaines normes pour les giratoires ont été modifiées récemment, soit en décembre dernier. «Il appartient aux gestionnaires du réseau routier de s’assurer que la signalisation est conforme à ces normes,» dit-il.

Même si les configurations différentes des carrefours giratoires « peuvent parfois présenter un défi pour l’usager », le ministère rappelle qu’il diffuse de l’information sur les règles à respecter dans ces aménagements.

Ces efforts se manifestent surtout lors de l’implantation d’un nouveau giratoire et prennent la forme de communications à l’échelle locale, dans la région concernée. Dans son étude, l’ingénieur Beaupré souhaitait pour sa part une campagne de sensibilisation à l’échelle du Québec. Mais une telle initiative serait très onéreuse, surtout compte tenu du nombre peu élevé de giratoires.

Quant au Code de la sécurité routière, le projet de refonte en voie d’adoption (le plus important en 30 ans par l’Assemblée nationale (loi 165) prévoit effectivement l’introduction des règles à observer par les différents usagers des carrefours giratoires.

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L’Association des écoles de conduite du Québec se dit également préoccupée par l’importance d’inculquer aux apprentis-conducteurs les bons comportements dans les giratoires. Si le sujet est abordé dans les cours théoriques, la pratique n’est pas toujours possible et ce, pour une raison bien simple: il n’y a parfois pas de carrefours giratoires à proximité…

On constate aussi qu’au-delà du cours, dont la durée reste bien limitée, les jeunes conducteurs sont souvent plus portés à prendre exemple sur leurs parents. Et malheureusement, la plupart de ceux-ci n’ont pas l’expérience de circuler dans un giratoire.

Sur ce point comme sur d’autres aspects de la conduite automobile, l’Association croit que Québec devrait mettre en place, pour les conducteurs plus âgés, une forme de révision en continu de leurs connaissances.

Entre-temps, l’Association estime faire sa part avec les populaires tests qu’elle met en ligne sur sa page Facebook, dans le but de sensibiliser le grand public aux réalités de la route, tels que les giratoires.

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Chose certaine, le nombre de carrefours giratoires est appelé à augmenter dans le futur, alors aussi bien s’y habituer! À Transports Québec, on ne peut évidemment pas prédire à quel rythme il s’en construira. Notons tout de même qu’on en trouve deux à venir dans le plan des investissements routiers 2018-2020, sur la route 117 à Val d’Or et Rouyn-Noranda.

Il faut considérer le coût assez élevé d’un tel aménagement: une moyenne de 2,1$ millions pour chacun des 17 giratoires ciblés dans l’étude du ministère. Et comme ces travaux datent de plus de 10 ans, on imagine que la facture a dû grimper depuis!

Reste qu’en considérant les économies procurées par la baisse des accidents corporels (notamment pour l’indemnisation des victimes), dit le ministère, il suffirait de 12 ans pour que ces «bénéfices de sécurité» dépassent les coûts de construction et d’entretien d’un giratoire, dont la durée de vie est d’au moins 25 ans.

D’autant que cette analyse des avantages-coûts des carrefours giratoires ne tient pas compte de gains en fluidité de la circulation et en temps de déplacement pour les usagers de la route, ni de la réduction souhaitable des gaz à effet de serre.

Imaginez maintenant si les Québécois apprenaient à bien les aborder, ces carrefours giratoires
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