Concrètement, que se passe-t-il lorsqu’on fume un joint avant de prendre le volant (ou en conduisant, ce qui est encore pire!)?

Même s’ils diffèrent de ceux de l’alcool (qu’on connaît déjà très bien!), les symptômes ressentis par un conducteur drogué peuvent être tout aussi dangereux pour lui, pour ses passagers et pour les autres usagers de la route.

Ledit automobiliste est un consommateur occasionnel? Cette altération de sa capacité à conduire est encore plus importante, puisqu’il est moins habitué aux effets euphoriques de la marijuana:

  • l’attention et la concentration baissent
  • le temps de réaction s’allonge
  • le suivi de la trajectoire est moins constant
  • le contrôle des mouvements diminue

Cela signifie que vous pourriez, par exemple:

  • ne pas remarquer certains panneaux de signalisation
  • effectuer des dépassements non sécuritaires
  • rouler de façon erratique ou inconstante
  • tarder à freiner
  • avoir de la difficulté à réagir en situation d’urgence

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De manière encore plus concrète, sachez que la consommation récente de cannabis double le risque d’être impliqué dans une collision causant la mort ou des blessures graves, selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Pour en venir à cette conclusion, le centre gouvernemental provincial d’expertise et de référence en santé publique s’est basé sur des études menées dans des conditions de conduite réelles.

Justement: l’INSPQ a recensé nombre d’études internationales qui, comme pour l’alcool au volant, établissent l’influence négative du cannabis sur les fonctions cognitives et motrices nécessaires à une conduite automobile sécuritaire.

Mais pas besoin d’aller bien loin pour se convaincre de la chose: en 2012 au Québec, 55 des 172 conducteurs décédés et testés – soit le tiers (32 %) – avaient de la drogue dans le sang.

Dans la majorité des cas, c’était le résultat d’une consommation de marijuana.

Et le phénomène n’est pas nouveau: des statistiques datant de 1999-2002 (soit il y a près de deux décennies déjà) montraient déjà que sensiblement la même proportion (30%) des conducteurs décédés testés avaient consommé des drogues, dont du cannabis dans 19,7 % des cas.

Pas besoin de se tuer pour être dans le trouble: déjà en 2000, 6,7 % des conducteurs interceptés sur les routes québécoises montraient des symptômes d’intoxication au cannabis.

On peut facilement croire que cette proportion s’est accrue depuis et qu’elle augmentera encore avec la légalisation prochaine du pot. C’est d’ailleurs ce qui a poussé la Société de l’assurance automobile du Québec à concevoir cette campagne-publicité:
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Ce qu’il faut savoir des effets du cannabis, versus ceux de l’alcool, c’est qu’ils sont à leur maximum dans la première heure suivant la consommation. Puis, ils diminuent graduellement sur une période de trois à quatre heures.

Mais ils peuvent se prolonger jusqu’à 24 heures pour l’exécution de tâches complexes.

Donc: «On ne devrait jamais conduire dans les cinq heures après avoir fumé du cannabis ou six à sept heures après en avoir ingéré sous d’autres formes», recommande la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Ce qui n’aide en rien: l’usage de cannabis s’accompagne très souvent d’une consommation d’alcool. Ce mélange explosif vient décupler les risques pour la conduite automobile.

L’âge du conducteur est un autre facteur déterminant. «Plus il est jeune, et donc inexpérimenté, plus sa performance de conduite est affectée», a constaté l’INSPQ.

Surtout, l’Institut a noté que chez les conducteurs de moins de 19 ans décédés et testés en 2000, la présence de cannabis était plus fréquente que celle de l’alcool…

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La conscientisation des jeunes face à la conduite avec facultés affaiblies par le cannabis représentera d’ailleurs un grand défi, dans le contexte de la légalisation de cette drogue récréative, qui risque d’en banaliser l’usage.

«La légalisation va diminuer les craintes et entraîner une plus grande consommation », a prévenu Reynald Marchand du Conseil canadien de la sécurité publique, dans une entrevue à Radio-Canada.

Le conducteur qui n’a consommé que du cannabis est généralement encore plus conscient de son intoxication que ne l’est une personne sous l’emprise de l’alcool. Pour compenser, il aura tendance à rouler plus lentement et à prendre moins de risques.

Certains croient même qu’après avoir fumé, ils sont plus détendus et donc, plus prudents… Erreur!

«Penser qu’on est un meilleur conducteur après avoir consommé est une perception dangereuse », prévient le Dr Robert Mann du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, lui aussi cité par Radio-Canada.

D’ailleurs, un sondage réalisé en 2013 par la SAAQ faisait écho à cette perception erronée: à peine la moitié (54 %) des conducteurs interrogés estimaient que le risque d’être arrêté s’ils avaient consommé de la drogue était élevé, comparativement au tiers (67 %) pour les facultés affaiblies par l’alcool.

Quand même: quatre interrogés sur cinq (81 %) considéraient élevé le risque d’avoir un accident sous l’effet de drogue, contre près de 87 % pour l’alcool.

Peu importe les nuances que peuvent comporter les statistiques, le message est clair: ce n’est pas parce que la consommation récréative de cannabis deviendra bientôt légale que les automobilistes seront à l’abri des dangers d’une conduite sous l’effet du pot.