Il n’y a pas si longtemps, l’infodivertissement était un débouché si modeste que les constructeurs le laissait au marché de la vente secondaire. Mais aujourd’hui, ces systèmes automobiles de connectivité, d’infos, d’audio, de réglages et – oui – de divertissement sont une part cruciale lors de l’acquisition d’un nouveau véhicule.

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Certains diront même que ces dispositifs infotainment seront bientôt l’aspect le plus important des performances d’une voiture…. si ce n’est pas déjà le cas. Un rapport de Cox Automotive affirmait d’ailleurs tout récemment que ladite technologie compte davantage dans la décision d’achat des consommateurs que la couleur (61% contre 39%) et presque autant (48% contre 52%) que le style.

Mais est-ce qu’on en obtient pour notre argent avec ces outils technologiques?

Est-ce que les coûteux systèmes offerts dans les véhicules de luxe sont inévitablement supérieurs à ceux proposés dans les berlines d’entrée de gamme et petits VUS, voire dans les fourgonnettes que la majorité achète?

Surtout, quels sont les éléments clés qui séparent les meilleurs… des pires systèmes?

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Pour répondre à cette question existentielle (!), nous avons réuni six véhicules, de la petite Kia Rio à l’hyper-luxueux Land Rover Range Rover Velar, en passant par le VUS compact GMC Terrain, la fourgonnette (branchée!) Chrysler Pacifica et les utilitaires de luxe BMW X3 et Volvo XC60…

… et nous nous sommes enfermés dans le laboratoire automobile de Canadian Tire, au Centennial College de Toronto, pendant toute une journée.

Et vous savez quoi? Pas une fois, on a fait démarrer les moteurs! Certes, on a conduit lesdits véhicules jusqu’au lieu d’évaluation, mais une fois sur place, aucune combustion interne (ou propulsion électrique) n’était impliquée dans cet exercice de comparaison technologique.

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(Photo: Chris Balcerak)

Plutôt, nous avons passé de longues heures à manipuler, activer et triturer les molettes et les roulettes, les interrupteurs, les écrans tactiles et tous ces autres «pitons» livrés par la modernité automobile.

Et la première découverte a été…

La première découverte a été qu’il existe très peu de corrélation entre le prix du véhicule et la satisfaction générale de son système d’infodivertissement.

Oh, bien sûr, les véhicules les plus coûteux proposent des écrans plus larges, des fonctionnalités supplémentaires et des graphismes plus élaborés. Mais en termes de facilité d’utilisation et de commodités, il y a peu de rapport entre le prix et la performance.

Ceux et celles qui se magasinent une Kia Rio, et qui s’intéressent à l’infodivertissement, peuvent donc se réjouir: la petite coréenne a beau avoir été – et de loin – la candidate la moins chère de notre cohorte (la version EX s’échange pour 20 945$), son dispositif UVO de dernière génération été voté parmi les plus «userfriendly».

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(Photo: Chris Balcerak)

Oui, son écran est relativement petit et les réactions à certaines commandes se font parfois lentes. Mais autrement, la radio a l’avantage d’indiquer non seulement la chanson diffusée, mais aussi son auteur, pour le plus grand bonheur des mélomanes qui souffrent d’une mémoire défaillante. (Pas nous, bien sûr…)

Le second constat découle également du système UVO de Kia. Car l’une des raisons pour lesquelles ce dispositif bon marché a été si apprécié de nos essayeurs, versus les systèmes plus coûteux mis en présence, est son maniement… par le biais de commandes traditionnelles.

Les bons vieux «pitons», quoi.

On ne s’en sort pas: à ce jour, pas une manoeuvre à l’écran tactile, pas une tentative gestuelle, encore moins ces infernales épreuves «haptiques» que veulent nous imposer Ford et Honda n’égalent la simplicité de tendre la main et, d’une rapide contorsion du poignet, de hausser le volume de sa chanson préférée.

Certains constructeurs automobiles se vantent que leurs systèmes d’infodivertissement «avancés» éliminent complètement les contrôles physiques? Nos testeurs ont émis en coeur un gros: Wow les moteurs. Il y a de ces fonctions, telles le réglage du volume, mais aussi celui d’une station et la réduction rapide de l’intensité des sièges chauffants par exemple, où l’analogique demeure formellement et indéniablement supérieur au numérique.

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(Photo: Chris Balcerak)

Troisième découverte: les écrans tactiles sont peut-être l’avenir, mais ils ont encore du chemin à faire pour y parvenir.

Ainsi, deux des technologies embarquées dans des véhicules de luxe, soit celle du Land Rover Range Rover Velar (photo ci-haut) et celle du Volvo XC60 (photo ci-bas), misent presque entièrement sur les écrans tactiles pour le (bon?) fonctionnement de leur infodivertissement.

Et vrai qu’en plusieurs occasions, ces systèmes savent oeuvrer de manière spectaculaire.

Par exemple: le dispositif Sensus de Volvo propose, de loin, la meilleure interface de syntonisation radio. Elle répertorie les stations, la chanson en cours et l’auteur-interprète, dans une longue énumération à la iPad, qu’un simple défilement permet de consulter d’un coup d’oeil. Oui, oui: même pour les moult stations Sirius!

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(Photo: Chris Balcerak)

De son côté, le Touch Pro Duo de Land Rover – avec non pas un, mais bien deux écrans tactiles, comme l’indique son nom – transforme les cartes de navigation en de véritables œuvres d’art.

Le hic, pour ces deux systèmes, c’est que la complexité inhérente aux autres fonctions fait rapidement chuter le degré de satisfaction des utilisateurs.

Dans le Volvo, l’entrée de données de navigation est problématique, le dispositif de commande vocale peu fiable et la reconnaissance de l’écriture manuscrite est susceptible de vous diriger vers Pluton… la planète, et non vers Pluto, la rue de Saint-Jean, à Terre-Neuve.

Le dispositif du Range Rover Velar, quant à lui, exige de parcourir chaque station de radio individuellement, à même l’écran tactile, de sorte qu’il faut une éternité pour trouver celle de son choix. Oh, aussi haut de gamme soit-il, ce système ne propose pas la reconnaissance vocale pour l’entrée de données de navigation…

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(Photo: Chris Balcerak)

Et puis, il y a le plus récent dispositif iDrive de BMW, qui propose, de l’avis de nos essayeurs, les meilleures commandes vocales, autant des candidats en lice dans cet exercice d’évaluation, que de l’ensemble du marché actuel.

Non seulement le iDrive reconnaît réellement ce qu’on lui dicte – ce à quoi le Volvo échoue plus souvent qu’autrement – mais même lorsqu’on lui lance des commandes relativement compliquées, il mène sans coup férir à la fonction souhaitée.

Le problème, avec le iDrive, c’est que malgré son immensité au sommet de la planche bord, l’écran n’offre pas la fonction… tactile. Plutôt que d’adopter la philosophie «tablette» qui semble se démocratiser chez les autres technologies de connectivité, celle de BMW mise sur la philosophie «souris», en l’occurrence la molette centrale.

Très dérangeant, en cette ère où le doigt est habitué à taper pour tout obtenir…

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(Photo: Chris Balcerak)

Pire encore: la propension du constructeur allemand à compliquer même les choses les plus simples se reflète dans les opérations les plus courantes. Par exemple, la réinitialisation de la consommation en carburant est profondément enfouie dans une enfilade de sous-menus.

Remarquez, avec sa reconnaissance vocale de haut niveau, mais aussi l’une des rares reconnaissances gestuelles offertes par l’industrie, le iDrive fait oublier sa complexité à tous ceux et celles qui s’en remettent à la voix pour réinitialiser le lecteur de consommation d’essence, au doigt qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre pour hausser le volume de la radio ou au mouvement latéral de la main pour annuler un appel téléphonique.

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(Photo: Chris Balcerak)

Certes, notre examen des plus approfondis de six des principales technologies disponibles sur le marché automobile vient démontrer que, manifestement, les systèmes d’infodivertissement en sont à leurs balbutiements.

Cela dit, certaines tendances se dessinent. Et comme mentionné plus tôt, la plus importante réside dans le fait que le prix n’est pas une garantie de performances supérieures.

Ainsi, louangeant sa facilité d’utilisation, ses graphiques et ses fonctions pratico-pratiques, nos essayeurs ont, de manière unanime, classé le dispositif UConnect de Fiat Chrysler Automobiles au tout premier rang. Le système voté #1 monte pourtant à bord de la fourgonnette Chrysler Pacifica, mais également à bord de petits Jeep, loin d’être les véhicules les plus coûteux du marché.

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(Photo: Chris Balcerak)

Qui plus est, ce dispositif de FCA est talonné de très près, dans le coeur de nos testeurs, par l’IntelliLink du GMC Terrain (#2), qui s’avère des plus intuitifs et… le plus rapide de tous dans ses temps de réaction. Là encore, rappelons-le: l’utilitaire américain n’est pas le candidat le plus dispendieux dans cet exercice de comparaison.

Tant le UConnect que l’IntelliLink (photo ci-dessous) se sont bien débrouillés et ce, sur tous les plans, sans jamais présenter de faille majeure, s’offrant par ailleurs comme des interfaces simples à apprivoiser et promptes à répondre.

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(Photo: Chris Balcerak)

Au troisième rang? Surprise: le système UVO de Kia, nez à nez avec l’iDrive de BMW (ex-aequo en #3). Rappelons que le premier a grandement plu à nos essayeurs pour sa simplicité, mais il perd des points pour une absence flagrante: la reconnaissance vocale…

… alors que le second, le BMW iDrive, paie la note pour ses sous-menus et ses manoeuvres à deux et trois temps, avant que l’automobiliste en arrive à ne serait-ce que jumeler son cellulaire.

Voilà qui repousse donc le Sensus de Volvo et le Touch Pro Duo de Land Rover aux 5e et 6e rangs, respectivement, malgré le fait que les deux technologies sont décrites par nos essayeurs comme les plus agréables, esthétiquement.

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Voilà qui nous amène à la prochaine évidence: chaque système possède au moins un avantage sur les autres. Et si tous ces avantages étaient combinés en un seul et même dispositif, ce dernier ne serait certes pas irréprochable, mais il devancerait allègrement l’offre actuelle.

En effet, si le répertoire défilant du Sensus de Volvo, la vitesse de réaction de l’IntelliLink de GMC et la facilité d’utilisation du UConnect de FCA pouvaient fusionner dans un duo d’écrans aussi attrayants que ceux du Range Rover et s’agrémenter de l’intelligence des commandes vocales et gestuelles du iDrive de BMW, on s’approcherait de la perfection.

Et si le tout pouvait s’offrir dans les échelons de prix comme pour l’UVO de Kia, eh bien, on parlerait alors d’une révolution dans nos habitacles automobiles.

Les meilleurs systèmes, tant ceux du jour que ceux de l’avenir, passent non seulement par une combinaison de commandes physiques, d’écrans tactiles et de commandes vocales et/ou gestuelles, mais les manoeuvres doivent être adaptées à la tâche spécifique que l’automobiliste veut accomplir – en complément ou pas des Apple Car et Android Auto de ce monde.

Vous n’utilisez pas le système embarqué pour naviguer, préférant vous fier au Google Maps ou au Waze de votre cellulaire, mais… l’information audio est primordiale pour votre bonheur au volant? Le Sensus de Volvo pourrait vous convenir, même s’il termine presque en queue de peloton dans notre comparo.

Au contraire, c’est l’affichage cartographique qui est votre priorité? Le Range Rover Velar, malgré sa 6e et dernière position, est de loin le plus satisfaisant en la matière.

Ce qui débouche sur le conseil suivant: ne partez pas avec un nouveau véhicule sans en avoir testé la technologie. Faites comme vous le feriez pour la réactivité des freins, la puissance du moteur, le passage de la transmission et le confort des sièges…

… bref, incluez cet élément dans l’ABC du bon essai routier, avant d’apposer votre signature sur la ligne pointillée.

Sinon, vous risquez de le regretter pendant sept ans – la moyenne de propriété automobile au pays…