C’était une belle journée d’automne, comme celle que l’on espère pour une dernière sortie en moto de la saison. Pour Yves Côté, de Victoriaville, c’était d’autant la dernière sortie qu’il venait de vendre sa Harley-Davidson. Et avant de la livrer à son nouveau propriétaire, le camionneur de 59 ans a voulu faire une courte chevauchée de commémoration. Oh, une toute petite…

Mais les accidents ne choisissent pas leur moment. Et comme c’est majoritairement le cas lors des collisions impliquant un véhicule et une moto, une berline a ce jour-là émergé d’une entrée pour enfiler la route 122, à St-Germain-de-Grantham dans le Centre-du-Québec, sans que son conducteur n’ait vue la moto qui s’amenait en sens inverse.

La Harley-Davidson d’Yves Côté n’a jamais eu le temps de freiner; elle a embouti si violemment le véhicule fautif qu’elle en arraché le pare-chocs, pendant que son motocycliste partait dans un long vol plané.

Le casque de protection lui a sauvé la vie (voyez d’ailleurs ci-dessous la photo qu’il nous a remise…). Et, depuis, ses éraflures aux jambes et au torse ont guéri. Mais l’épaule droite sur laquelle il a durement atterri le fait toujours souffrir – même six mois après l’accident.

Dire qu’un simple item de sécurité aurait pu épargner Yves Côté de cette séparation de l’épaule – et des autres blessures au haut du corps qu’il aurait pu subir: un coussin gonflable.

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Autant les coussins gonflables pullulent depuis deux décennies dans nos voitures, autant ils tardent à se démocratiser chez les motos. Il y a dix ans, Honda a été le premier constructeur à doter son légendaire modèle Gold Wing d’un coussin gonflable. Depuis… aucune autre marque n’a vraiment emboîté le pas.

Pourquoi? Pour une raison fort simple: certes, le coussin gonflable protège efficacement le motocycliste lors d’une collision frontale, l’empêchant d’aller s’écraser dans l’obstacle percuté. Mais comment l’airbag peut-il protéger un motocycliste… volant?

La réponse à cette question réside dans l’intégration du coussin gonflable à même les vêtements qu’il porte. Déjà, le réputé fabricant Dainese propose une technologie gyroscopique dans les combinaisons qu’il conçoit pour le circuit. Mais alors, il faut verser plus ou moins 3000$ afin de se procurer l’un de ces habits à la Ninja, au demeurant bien peu confortables pour la balade sur deux-roues en campagne.

Heureusement, d’autres fabricants comme Airetronics; MotoAir; SaferMoto et Spidi développent depuis quelques années des gilets équipés de coussins gonflables destinés aux motards des grands boulevards.

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Plus particulièrement, la compagnie française Helite propose des blousons intégrant l’airbag. Plus qu’une veste à porter par-dessus ses atours de motocycliste, les modèles de manteau Vented, Roadster et Xena (ce dernier spécialement conçu pour les femmes) se gonflent en un dixième de seconde afin…

  • d’absorber et disperser le choc de l’accident;
  • minimiser l’impact de la chute;
  • limiter les risques d’hyperflexion;
  • et protéger les parties les plus vulnérables…

… de la colonne vertébrale aux cervicales, en passant par la cage thoracique et, donc, les poumons, le foie et autres organes vitaux.

Déjà, cette entreprise Helite installée à Dijon (rue de la… Petite Fin!) se spécialisait dans la fabrication d’équipements de protection individuelle pour les sportifs de l’équitation, du ski et même… de la marche. (Adieu, hanches fracturées!)

Aujourd’hui, elle est l’une des seules compagnies à distribuer sur le marché canadien un blouson à coussin gonflable qui soit estampillé CE – soit la conformité aux législations et obligations européennes prévues en sécurité.

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Dit très simplement, le gilet Helite sans manche (à partir de 650$) ou le blouson complet pour une rigidification de tout le haut du corps (de 950$ à 1100$, selon qu’il soit fait de textiles techniques ou de cuir vintage) est relié au cadre de la moto par un cordon.

On embarque sur la moto? On se «clipe». On en débarque? On se «déclipe». Un peu comme avec la bonne vieille ceinture de sécurité automobile.

Advenant une force d’au moins 20 à 30 kg – par exemple si le motocycliste tombe ou part en vol plané – le cordon se tend, déclenchant mécaniquement le système de percussion qui, lui, fera se décharger la bonbonne de gaz CO2 intégrée au vêtement.

Ce dernier se gonflera en moins de 120 millisecondes – c’est deux fois plus vite que pour un airbag automobile – et il le restera pendant plus ou moins dix secondes. Soit assez longuement pour protéger le motocycliste qui glisse au sol ou y culbute plusieurs fois sur lui-même.

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Oh, bonne nouvelle: contrairement au coussin gonflable de nos véhicules, celui de Helite est réutilisable: il suffit de le replier (selon les instructions du fabricant) et de le connecter à une nouvelle cartouche de CO2 (de 35$ à 42$).

(Notez que si ladite cartouche n’a jamais eu à se vider, elle doit quand même être pesée à toutes les saisons, de manière à vérifier que le gaz n’a pas fui.)

Et ça marche, comme peut en témoigner David Booth, journaliste pour la revue Cycle Canada et Driving.ca (et, incidemment, le conjoint de l’auteur de ces lignes.)

N’écoutant que son courage, le motocycliste cumulant 40 années d’expérience au guidon s’est procuré le blouson de textiles Vented et a demandé à ses «amis», une fois la manoeuvre de gonflage déclenchée, de le frapper au corps à grands coups de bâton de baseball.

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L’exercice a été si concluant que Booth a déclaré: «De toutes les grandes avancées des dernières années en matière de protection pour motocyclistes – pensez protecteurs dorsaux viscoélastiques et thermoplastiques rigides – rien ne se compare à la protection d’un coussin gonflable de pas sa capacité à absorber et à distribuer le choc qui survient lorsqu’on tombe au bas de sa moto.»

Autrement dit: un blouson avec airbag peut faire en sorte que ce qui aurait été une blessure catastrophique soit réduite à une simple ecchymose.