Comme arguments en faveur de ce mode de financement hybride, les commerçants mentionnent habituellement la possibilité de se procurer un nouveau véhicule plus fréquemment – souvent de classe supérieure – pour des mensualités inférieures à ce que coûte un financement traditionnel. On ajoute qu’un dépôt n’est pas nécessaire et que la durée du terme est souple.

Selon Jean Jacques Préaux, relationniste pour l’Office de la protection du consommateur (OPC), il n’y a rien d’illégal à ce qu’un commerçant offre ce type de transaction si elle est effectuée selon les règles commerciales en vigueur au Québec. «Comme il s’agit de deux transactions indépendantes l’une par rapport à l’autre, il n’y a rien d’illégal à se départir ainsi de son premier véhicule et à reporter un solde dû sur les mensualités de la location à long terme suivante.»

Ce report du solde impayé s’effectue autant dans le cas de la location à long terme que de l’achat d’un véhicule neuf ou d’occasion. Comme nous l’a expliqué Jean-François Truchon, d’Automobile Serge Hamelin de Châteauguay, «ça n’a pas à figurer sur le contrat de vente du véhicule. Le solde négatif apparaît sur le contrat de l’institution financière, par contre. Cette balloune vous appartient. C’est l’institution financière qui procède ainsi.»

Il n’est pas possible d’obtenir de statistiques précises à propos de ces «ballounes». Par contre, M. Truchon considère, selon son expérience acquise auprès de marchands de véhicules neufs et d’occasion, que cela survient dans 20 à 30% des cas tout au plus. Et ce, pour des montants relativement peu élevés.

«À partir de 3000 dollars, c’est excessivement compliqué. Mais ce n’est pas plus cher à financer, et les taux sont les mêmes selon le montant à financer. Il n’y a pas de frais ajoutés ou de frais d’administration supplémentaires.»

Notez également que l’entente contractée avec l’institution financière doit contenir toutes les données nécessaires: durée du terme, mensualités, frais d’intérêt, taxes et montant total à payer. En outre, vous ne payez pas de taxes supplémentaires sur la «balloune», puisque vous avez déjà payé ces taxes lors de l’acquisition du premier véhicule que vous êtes en ce moment en train d’échanger.

Par contre, cette façon de faire n’est pas sans danger et n’est pas non plus pour toutes les bourses. «Si quelqu’un a par exemple un budget pour une Toyota Yaris et qu’il la remplace par une Toyota Camry, c’est le surendettement presque à coup sûr. Il faut établir un budget réaliste et le respecter,» recommande Jean Jacques Préaux.

L’autre danger serait que le commerçant n’informe pas suffisamment et clairement le consommateur à propos du report du solde dû sur les mensualités du nouveau véhicule. Il contreviendrait alors à l’article 148 de la loi protégeant les consommateurs québécois. Ce serait d’ailleurs une raison suffisante pour faire annuler la transaction, selon M. Préaux.

S’il est possible de reporter le solde impayé d’un véhicule, de rendre celui-ci au commerçant, pour ensuite s’en procurer un nouveau en location à long terme, par exemple, cela n’est pas sans risque pour tous les consommateurs. Si l’automobiliste constate par exemple que le coût payé par année pour utiliser ce nouveau véhicule augmente de 5000$par rapport au précédent, ceci incluant les frais d’immatriculation, d’assurances et de carburant, sans compter la dépréciation pour laquelle personne ne reçoit jamais de facture, il y a alors danger de surendettement.

Notez également que le premier véhicule allait bientôt être payé. Donc qu’il n’allait bientôt plus nécessiter de paiements mensuels autres que ce qui est nécessaire pour son utilisation. Et que les coûts d’entretien d’un véhicule d’occasion sont à peine plus élevés que ceux d’un véhicule récent.

L’analyste Dennis DesRosiers précise d’ailleurs à ce sujet que la moyenne canadienne pour les véhicules âgés de quatre ans s’établit à plus ou moins 700$ par année et à plus ou moins 850$ dans le cas de ceux âgés de neuf ans. Même un très ancien véhicule de 15 ans ne nécessite qu’un millier de dollars par année pour continuer à rouler.

Bien sûr, il existe de très valables raisons de vouloir changer son véhicule, par exemple l’augmentation du nombre de membres de votre famille, la nécessité de traîner fréquemment une lourde remorque ou encore pour acquérir une automobile consommant moins de carburant.

Quoique… lisez ici qu’il est rarement économique de se départir de son véhicule déjà déprécié pour en acheter un nouveau.