Selon l’analyste du domaine automobile Dennis DesRosiers, cette diminution importante du nombre de consommateurs ayant recours à la location s’explique par les faillites aux États-Unis des Chrysler et General Motors, par la crise financière de 2008 et par l’impossibilité pour les compagnies prêteuses d’alors assurer leurs portfolios de véhicules à louer.

« La location ne reviendra jamais comme avant », nous a précisé Pierre Hudon, un expert du domaine qui est directeur du centre de financement aux concessionnaires de la Banque Scotia. C’est que la location a été utilisée à tort par plusieurs constructeurs – particulièrement les américains – pour diminuer au maximum le nombre des véhicules tenus en inventaire. Les marques l’ont alors subventionnée à grands frais, en basant leurs calculs du montant des mensualités sur des valeurs résiduelles excessives.

Mais le grand retour de la location à long terme est en cours. Ainsi, le pourcentage des automobilistes y ayant eu recours a plus que doublé au Canada de 2009 à 2010, passant ainsi de 7,1 à 14,7%.

On ne resserre et desserre pas ainsi les normes d’accès au crédit sans que des milliers de consommateurs en soient touchés. Les effets sont multiples et différents selon le dossier de financement de chacun, allant du refus court et simple à l’augmentation du coûteux taux et au reclassement vers ce que l’on appelle la seconde et la troisième chance au crédit pour ceux qui ne parviennent pas à obtenir d’entente auprès des principales institutions financières.

En même temps que diminuait fortement le nombre de contrats de location automobile, celui des prêts pour l’achat de véhicules d’occasion connaissait un record au pays. En 2010, près de deux millions de véhicules usagés au pays ont trouvé de nouveaux acheteurs grâce à un financement institutionnel, plutôt que d’être achetés comptant ou d’être loués. 

Au Canada, 31% des automobilistes ont acheté leurs véhicules d’occasion en payant comptant en 2010, selon Dennis DesRosiers, ce qui est beaucoup plus que le domaine des véhicules neufs, où 17,1% ont fait de même. C’est que le prix moyen d’un véhicule âgé de plus d’une dizaine d’années dépasse à peine les 5000 dollars. De façon intéressante, le nombre de véhicules d’occasion loués au Canada est resté presque le même durant la dernière décennie, oscillant entre 5,4% et 2% plus récemment, ce qui constitue donc un marché marginal.

Nous connaissons tous certaines des qualités de la location, telles que la possibilité d’obtenir un véhicule neuf bien équipé avec garantie d’origine pour un montant mensuel qui ne connait pas de fluctuations. Mais il y en a d’autres. Le marché de la location est celui qui alimente celui des véhicules d’occasion récents, et ce pour la plupart des marchands d’automobiles au Canada.

« Nous approchons bientôt du creux de la vague. Le retour de tous les nombreux véhicules qui ont été loués durant les années 2006 et 2007 sera bientôt complété. La diminution prévue des retours de location est de 60%, et cela se ressent dans les encans », nous a précisé Gabriel Baker, directeur adjoint aux ventes de Fortier Ford.
 
Cette disette anticipée, qui durera plusieurs mois, aura des effets non négligeables, dont la raréfaction des véhicules d’occasion de qualité, et la hausse du prix de ceux-ci. Il est également à prévoir que cette augmentation affectera également le prix des véhicules neufs qui seront vendus et loués durant les prochaines années. Déjà, en mai 2011, la firme J.D. Power & Associates a calculé qu’au niveau nord-américain, il y a une stabilisation du nombre de véhicules loués par rapport à la hausse marquée connue durant l’hiver 2010.

Au milieu de la décennie précédente, les ventes de véhicules se sont emballées en Amérique du Nord. Par exemple, aux États-Unis, on a atteint un record de près de 17 millions, un nombre qui s’est effondré à 10,4 millions en 2009, pour remonter légèrement à 11,55 millions en 2010. L’obtention (trop) facile du crédit a compté pour beaucoup dans ce phénomène qui a participé à la crise des constructeurs américains.

Les constructeurs domestiques reviennent en ce moment dans le marché de la location, après avoir interrompu leurs offres et poussé les consommateurs vers l’achat. Mais ils le feraient en tentant d’éviter les erreurs du passé. « Les résiduels farfelus sont maintenant beaucoup moins fréquents », poursuit Pierre Hudon.

La plupart des constructeurs n’ont pas que revu la valeur des véhicules à leurs retours de location pour la rendre plus fidèle à la réalité. Ils ont également déterminé différemment les taux et coûts convenus pour en assurer le financement et la location. De même que les exigences monétaires pour y avoir accès. Ce qui signifie que l’établissement ou le rétablissement d’un bon dossier de crédit personnel devient alors d’autant plus important.

Mais la tâche ne s’annonce pas facile pour de nombreux consommateurs, puisque selon Statistiques Canada, les trois quarts des Canadiens vivaient en 2009 dans des foyers endettés en moyenne de 119 000 dollars. Et que pour les jeunes vivant en couples âgés de 19 à 34 ans, le niveau d’endettement atteignait alors 180% du revenu avant impôt. Conduisons et dépensons donc, mais avec discernement.