En effet, impossible de se prononcer de manière générale, puisque l’autopartage est un phénomène encore trop jeune et en constante transformation. Même les plus récentes études ne peuvent déterminer combien les utilisateurs-payeurs épargnent versus la propriété automobile.

Parce qu’on ne sait encore trop quoi calculer: les prestations pour la voiture en libre-service ou aussi celles du covoiturage? Est-ce qu’on rajoute les dépenses pour les transports en commun, voire les taxis, traditionnels ou ceux d’Uber?

Et on compare à la possession de quel type de véhicule en privé: à une sous-compacte achetée neuve à 15 000$ ou à la moyenne d’achat automobile canadienne (30 000$)?

Peut-être serions-nous mieux de comparer versus une minoune de 14,4 ans sur le point de rendre l’âme, puisque c’est l’âge moyen des véhicules qui, selon une étude Car2go, sont vendus au profit de l’utilisation en libre-service…

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Et comment mesurer les économies pour les autopartageurs qui habitent en ville, près de tous les réseaux de transports, versus ceux qui résident en banlieue, voire ceux qui ont élu domicile encore plus loin et où les transports complémentaires sont à peu près inexistants?

De même, est-ce qu’on calcule les coûts par kilomètre ou par déplacement? Et comment tenir compte du fait que les ménages qui «autopartagent» prennent 25% moins souvent le volant, selon une étude de Communauto, que ceux qui ont une voiture?

Surtout, il faut savoir que les résultats obtenus, une fois tous ces facteurs pris en compte, seraient obsolètes en… quelques semaines. Concurrence de plus en plus féroce oblige, les tarifs d’autopartage diminuent (jusqu’à un tiers moindre en 2016), les prix des forfaits se réduisent et les coûts d’inscription disparaissent.

Ajoutons des variables comme les besoins (une smart Car2go à deux places suffit-elle ou il nous faut une berline familiale?), si l’on souhaite réserver ou pas, où l’on veut conduire, où l’on entend laisser le véhicule, si on doit partager les frais de stationnement ou pas…

… et nécessairement, c’est le bon vieux principe du cas par cas qui s’applique. Quelques pistes, quand même, pour ces prestations de transport qui incluent généralement les assurances et l’essence:

  • les droits d’adhésion varient de 0$ à… 500$;
  • des abonnements débutent à 40$ ou… d’autres sont sans abonnement;
  • il peut y avoir des frais mensuels de 20$ ou un pourcentage de redevances versées à l’application d’hébergement;
  • les taux varient de 0,38$ à 2,10$ la minute; de 10$ à 12$ l’heure; de 25$ à… 300$ par jour (pour les véhicules de luxe sur Turo);
  • attention aux kilomètres excédentaires, de 0,20$ à 0,45$;

Plus simplement, on peut généraliser, comme le fait la professeur Florence Paulhiac-Scherrer, titulaire de la Chaire d’Innovations en Stratégies Intégrées pour le Transport-Urbanisme de l’UQAM: «Les tarifs de l’autopartage au Québec? Ils se situent entre le billet d’autobus et la course en taxi.»

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À défaut de connaître – et de pouvoir comparer ce que coûte l’utilisation partagée d’une voiture versus la propriété automobile, on sait au moins une chose: une auto, ça coûte cher.

On sait depuis belle lurette ce que coûte l’achat, le fonctionnement, l’entretien et la réparation d’un véhicule. Jesse Caron, recherchiste automobile chez CAA-Québec, a calculé l’an dernier que les coûts d’utilisation d’une Honda Civic 2017 sont de 7 728$ par année.

Dennis DesRosiers, président de la firme DesRosiers Automotive Consultants, soutient pour sa part que posséder et opérer une automobile pendant 15 ans coûte en moyenne 100 000$ – oui, oui, cent mille dollars. Ce grand manitou de la statistique automobile au Canada a lui-même été surpris par ses résultats: «Le coût de propriété d’un véhicule, tout au long de sa vie, représente plus de deux fois son coût en capital!»

La dépense la plus importante? Pas le carburant, encore moins l’entretien ou les réparations. C’est plutôt la dépréciation qui fait mal – en moyenne 30 000$ sur 15 ans, estime M. DesRosiers.

De fait, Éric Brassard, auteur du livre québécois Finance au volant, affirme que «l’automobile est le moyen de transport qui coûte plus cher que tout autre mode alternatif.»

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Bon, avant de faire le grand saut vers la non-propriété automobile, on a intérêt à d’abord tenter l’expérience. Et pour un bon bout de temps, semble-t-il.

C’est du moins ce qu’a révélé l’étude Smart Mobility 2015 de Deloitte Consulting LLP Transportation: ceux et celles qui, ultimement, abandonnent leur voiture personnelle au profit de l’autopartage mettent plusieurs années avant de se décider. «Le retrait de la voiture dans la famille n’est pas instantané,» concluent les auteurs.

Alors, pourquoi ne pas remiser son véhicule pendant trois ou six mois et employer les économies en assurances, en entretien, en essence et en immatriculation, afin de tester quelles plateformes sont disponibles dans votre ville ou région?

Mieux encore: si vous êtes le moindrement aventureux, profitez des nouvelles applications comme Netlift pour louer vos places vacantes à d’autres, voire comme Turo pour louer votre véhicule. Les revenus serviront alors à tester quels services d’autopartage vous conviennent le mieux.

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