« Acheter une voiture usagée, c’est acheter les problèmes des autres »… Voici l’une des idées les plus répandues quant à l’achat d’un véhicule d’occasion. Cette perception nuit à l’un des achats les plus raisonnables, agréables et rationnels qu’un automobiliste puisse réaliser. C’est du moins l’opinion d’experts dans le domaine, qui possèdent des arguments difficiles à rejeter du revers de la main.

Considérez d’abord que tout marchand de véhicule neuf ne cesse de vanter la durabilité de ses produits. L’analyste du domaine automobile Dennis DesRosiers a d’ailleurs compilé les données quant au kilométrage effectué en moyenne par les véhicules canadiens, et a déterminé que ceux des années 1970 duraient 8,4 ans et parcouraient 179 000 kilomètres. Que ceux de la décennie suivante ont duré 10,1 ans et ont roulé 206 000 km, ceci passant à 12,2 ans et 267 000 dans les années 1990. Il est prévisible que les véhicules récents dureront plus de 15 ans et parcourront plus de 300 000 kilomètres ! Et n’oubliez pas qu’il existe désormais des garanties de manufacturier atteignant parfois 100 000 ou même 160 000 kilomètres pour le groupe motopropulseur. Qu’elle est donc cette peur irraisonnée de tout remplacer après quelques années et environ 60 000 kilomètres parcourus ?

Pensez également que, même s’il existe des exceptions, un véhicule perd le tiers de sa valeur après seulement un an et n’en vaut plus que la moitié après trois, cette dévaluation se poursuivant d’environ 10% pour les années subséquentes. Il s’agit donc d’une chute de valeur qui atteint des dizaines de milliers de dollars, bien souvent !

Me Jean-François Cavanagh, directeur général de l’Association des marchands de véhicules d’occasion du Québec, l’AMVOQ, considère que « tu t’appauvris quand tu loues, parce qu’il ne te reste pas de capital à la fin de la location. » Cette absence du véhicule à échanger, à monnayer au plus fort prix possible, favorise alors la location perpétuelle.

Pourtant, il ne faut pas se le cacher, conduire pour la première fois un véhicule dont l’odomètre frise le zéro est un grand bonheur. « L’odeur du neuf et la tranquillité d’esprit apportés par un véhicule nouveau comptent encore pour beaucoup dans l’esprit des gens. Et pour les entreprises dont le coût de la location est une dépense déductible, il s’agit d’un choix sensé », poursuit Jean-François Cavanagh. Ce qui attire les gens vers la location est essentiellement le mirage de faibles mensualités, et d’un montant à payer constant d’un mois à l’autre.

Acheter un véhicule usagé, encore en bon état, permet pour le même montant d’avoir accès à une auto de niveau supérieur, bien équipée, confortable, sécuritaire et sophistiquée. Par exemple, une Chevrolet Malibu LT 2006 dotée d’un 4-cylindres de 2,2 litres et d’une transmission automatique vaut environ 9000 dollars après 60 000 kilomètres. Cette voiture à la garantie de cinq ans ou de 160 000 kilomètres pour le groupe motopropulseur vaut environ 28 000 dollars neuve ! Et pensez qu’une Chevrolet Aveo 2010 possède un prix suggéré d’environ 15 000 dollars…

Mais vous êtes davantage intéressé par un véhicule utilitaire qui vous permettra de tirer une remorque avec bateau… Un Ford Escape 2006 XLT à traction intégrale avec V6 de 3,0 litres vaut environ 13 000 dollars après 70 000 kilomètres. Un véhicule semblable neuf vaut plus de 30 000 dollars, et même une petite Ford Fiesta de base se vend plus chère que l’Escape 2006.

Vous me rétorquerez qu’entretenir un véhicule usagé coûte cher… Oui, mais ce coût est considérablement moindre que celui de la dépréciation, du carburant, des assurances et même du stationnement ! Dennis DesRosiers a analysé qu’il a coûté en entretien durant l’année 2005 en moyenne 510 dollars pour les véhicules canadiens âgés de trois ans. Ceux de cinq ans ont coûté 791 dollars, tandis que ceux de neuf ans ont exigé 834 dollars. Et même les véhicules de douze ans n’ont demandé que 1048 dollars en moyenne !

Éric Brassard, comptable agréé, conseiller financier et auteur du livre Finance au volant, suggère fréquemment à ses clients les véhicules d’occasion. Mais ajoute qu’il faut demeurer vigilant avant d’acheter : « les prix des voitures d’occasion sont parfois exagérés et les clients, croyant économiser, baissent la garde. C’est souvent le cas des voitures japonaises très fiables et très demandées. Par exemple, il n’y a pas d’avantage à acheter une voiture âgée de trois ans qui ne s’est dépréciée que de 30%. Pour qu’une voiture d’occasion soit vraiment économique, son prix doit être nettement inférieur à celui du modèle neuf. »

Sur le site Internet de cet expert en finance, on retrouve plusieurs articles concernant l’automobile, ainsi que des outils de calculs des mensualités, des taux d’intérêt et des soldes à payer. Si la lecture de www.ericbrassard.com ne favorise pas le rêve du véhicule idyllique, elle remet rapidement les deux pieds bien sur terre.

Il existe quelques livres de référence comportant des données sur les véhicules d’occasion, dont L’Annuel de l’Automobile, le Guide d’évaluation d’Hebdo Mag inc. Mais l’Internet est désormais la façon la plus rapide d’obtenir le prix moyen de n’importe quelle auto. Consultez à ce sujet des sites comme www.amvoq.com, kijiji.ca, www.lespac.com et www.occasionenor.com. Dans le cas de modifications subites de la valeur des véhicules, par exemple après l’augmentation des prix des carburants, les données virtuelles sont mises à jour.

Vous avez déniché un véhicule qui vous semble intéressant, et ce tant pour son prix, pour son état que pour ses caractéristiques ? Voici venue l’étape de la vérification visuelle, de l’essai routier et de l’inspection mécanique. Cette dernière s’effectue chez un mécanicien d’expérience en qui vous avez confiance ou auprès d’organismes tels le CAA-Québec. Vous devriez considérer le coût demandé d’environ 100 dollars comme un excellent investissement. Et si celui-ci permet de découvrir des problèmes mécaniques réparables, servez-vous de ce nouvel argument pour ajuster le prix de vente.

Après cette lecture, vous n’êtes toujours pas convaincu du bien-fondé d’acheter un véhicule d’occasion ? C’est très bien ainsi. Il se vend environ 400 000 véhicules légers neufs au Québec par année, à des gens qui, comme vous, avez les moyens et l’exigence de conduire des automobiles intactes. Et celles-ci demeurent essentielles pour les automobilistes qui ont choisi de ne les acheter qu’après quelques mois ou années. En passant, les modèles 2010 arrivent déjà en grand nombre chez les marchands de véhicules d’occasion…