Nous aurions pu choisir la légendaire et typiquement californienne Route 1 qui borde l’Océan Pacifique pour conduire la Ferrari California T. Mais la brume matinale qui embrouille le paysage nous retranche toute envie de longer la côte – et d’électriquement dénuder notre roadster.

Remarquez, ce n’est là que de la paresse. Car sur la simple impulsion de notre bout de doigt, il n’aurait fallu que 14 secondes au tout premier toit rigide chez Ferrari pour aller se caser dans le coffre.

Il l’aurait fait dans un savant ballet mécanique déjà observé chez feues les Volkswagen Eos et Volvo C70, de même que chez la toute nouvelle Mazda MX-5 RF.

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Euh… fouillez tant que vous voudrez les trois quarts de siècle d’histoire de Ferrari, vous n’en trouverez pas, d’autre roadster au toit rigide.

À son lancement officiel en l’année-modèle 2009, la Ferrari California (sans le «T», à l’époque, notez bien) devenait la première de la Famiglia à proposer pareil faîte rétractable. Depuis, la Ferrari 488 Spider lui a emboîté le pas.

Et l’attente aura valu la peine: parce qu’ils sont noirs, les panneaux amovibles, même lorsque remontés, donnent une fière allure décapotée à la silhouette sportive.

C’est là un exploit de design digne de mention, contrairement à… cet arrière-train qui a bien tenté de réduire sa protubérance, au passage générationnel de 2015, mais qui n’a pas complètement réussi.

Mais à celui-là, on pardonne pareille élégance torturée. Car non seulement héberge-t-il le toit décapotable, mais il fait de même pour les bagages du week-end…

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Au sortir de Santa Barbara, surnommée la Riviera américaine pour son doux et complaisant climat méditerranéen, nous choisissons les hauteurs arides et ensoleillées du nord, enfilant la route 154 qui franchit le col San Marcos, dans les montagnes Santa Ynez.

Voilà qui est parfait pour notre Ferrari California T 2016 – «T» comme dans turbo. Pardon: comme dans deux turbos.

Cette simple lettre écarlate désigne l’une des rares Ferrari turbocompressées chez le Cheval Cabré. La plus «récente» remonte à la fin des années 1980, il s’agissait de la Ferrari F40, dernière mouture personnellement approuvée par un certain Enzo Ferrari.

Ici, et contrairement à il y a trois décennies, le duo de compresseurs s’accroche au moteur V8 (3,855 litres) placé à l’avant. De fait, la naissance de la Ferrari California il y a sept ans a marqué le pas du tout premier V8 à s’installer sous le capot, et non derrière les oreilles des occupants.

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Digne successeur du V8 (4,3 litres) à aspiration naturelle qui nichait dans la première génération du bolide (2009-2014), ce nouvel organe mécanique a exigé quatre ans d’intense labeur de la part des ingénieurs de Ferrari, mais aussi de ceux de la Scuderia F1.

Bien lui en prit: ce V8 bi-turbo est capable de 563 chevaux (à 7500 tr/min) et de 557 lb-pi (à 4750 tr/min). C’est précisément 145 poulains au litre, l’un des ratios les plus élevés pour le genre. Et cette puissance, on la développe du bout du pied droit dans une sonorité gutturale qui n’a rien à envier aux autres V8 et V12 de la gamme.

Cela dit, le plus beau compliment que l’on puisse lui accorder, à cette mécanique «T», est d’en louanger la turbocompression: celle-si se fait si transparente que jamais l’on ne discerne, qu’importe la plage de régime, ne serait-ce qu’une fraction d’hésitation.

Bref, un laïus de trois lignes pour finalement dire: du turbo lag? Y’en n’a pas.

Justement, parlant poulains et Cheval Cabré: nous venons de bifurquer sur la StageCoach Road, qui traverse le canyon Cold Spring. À l’ombre des denses et odorants eucalyptus, loge une enseigne du même nom, fondée dans les années 1860 et… toujours en opération après un siècle et demi.

À l’époque des diligences tirées par les chevaux, la Cold Spring Tavern constituait l’arrêt incontournable pour y ravitailler les chevaux… et leurs cavaliers.

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En ce mois de mai 2016, si nous passions par là un beau dimanche de fin d’après-midi, une foule d’amateurs de country-folk se seraient «tiré une bûche» et, au son des talents musicaux locaux, auraient englouti bières et… rondelles d’oignons frits à la bière.

Mais en ce petit matin, tout y est tranquille. Tout au plus un feu brûle dans l’antique cheminée, libérant assurément les mêmes effluves qu’il y a 150 ans.

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Une brève flânerie derrière la taverne nous fait découvrir un étrange petit pavillon de bois. Surprise: il s’agit de l’antique prison de Ojai, construite dans les années 1870 et que la petite agglomération établie plus au sud a voulu détruire, avec le tournant du millénaire.

Devant cet héritage en perdition, les propriétaires de la Cold Spring Tavern ont récupéré le vieux bâtiment et l’ont fait transporter sur les 75 kilomètres qui les séparent d’Ojai.

Depuis, la plus que centenaire prison se targue d’être la seule au monde à avoir… traversé les montagnes.

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À pareil patrimoine américain, notre Ferrari California T seconde d’un héritage de performance qui, malgré son étiquette d’au minimum un tiers moindre versus les autres bolides de la marque italienne, en conserve néanmoins les principaux atouts.

À commencer par un volant presque identique à celui de la Ferrari LaFerrari. Quand même!

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Avec pour toile de fond l’une des plus belles instrumentations de l’industrie, ce volant entremêle la fibre de carbone et le cuir, arbore le flamboyant bouton-pression de démarrage et se surmonte des (désormais) traditionnels indicateurs DEL rougissant au rythme des révolutions.

Surtout, il accueille la commande la plus sexy de toute la voiture: la manitteto, qui permet la sélection des modes «confort», «sport» ou… sans assistance.

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Entre vous et nous et la boîte à beurre, nous avons laissé ça à sport, parce que ce mode est garant de belles et musicales montées en régime au moment des rétrogrades de la boîte sept vitesses à double embrayage.

Cette dernière, de type «encore jamais vu» chez Ferrari, on la doit non pas au constructeur italien, mais plutôt au fournisseur allemand Getrag, le plus important concepteur de transmissions de la planète.

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Non, plus de boîte manuelle pour la Ferrari California T: le stickshift a définitivement tiré sa révérence avec la seconde génération du bolide. Et à l’instar de toutes les Ferrari de l’ère moderne, il n’y a plus aucun levier à manier, automatisé ou pas.

En effet, au-delà des commandes R pour recul, Auto pour la mise en marche et PS – le Partenza Sportiva – pour la… mise à feu et le 0-100km/h en 3,6 secondes, la transmission ne réagit aux commandes du pilote que par les palettes, fixées à la colonne de direction.

À ceux qui se plaignent que lesdites palettes ne suivent pas le mouvement du volant, Ferrari répond simplement… qu’on ne passe pas les rapports lorsqu’on négocie un virage.

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Notre balade vers le nord-ouest nous pousse maintenant jusqu’à Solvang, bourg américain déguisé en petit… Copenhague. Fondée il y a un siècle (1911) par trois éducateurs danois, la localité ressemble au village touristique de Saint-Sauveur, dans nos Laurentides, mais avec l’architecture des maisons en pain d’épices.

Tout y est, de la Petite Sirène des contes Andersen trônant au coin des rues Mission Drive et Alisal, aux moulins à vent jouxtant les artères où tradition, folklore et gastronomie s’allient au gré d’une centaine d’échoppes d’artisanat, boutiques de porcelaine, galeries d’art, magasins d’antiquités et authentiques boulangeries.

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En 2014, le site de réservations voyages Trivago a décrété la municipalité de 5245 habitants comme «l’une des Meilleures destinations européennes»… d’Amérique.

Et vrai qu’ici, il y a lieu de visiter le Danemark et d’y déguster ses… pâtisseries danoises sans même sortir son passeport.

C’est un peu la même histoire avec la Ferrari California T: pas besoin de quitter les territoires connus – à commencer par le confort – pour profiter des bienfaits de la sportive italienne.

Versus les exotiques qu’il nous a été donné de piloter ces dernières années (Ferrari F12 Berlinetta et Ferrari 458, mais aussi Aston Martin DB9 GT, Aston Martin Vantage S Roadster, voire Dodge Viper SRT et Bugatti Veyron), la Ferrari California est celle qui s’équilibre le mieux entre «domesticalité» et performance.

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Au-delà de l’étonnante facilité de conduite qui passe par un court et agile (!) rayon de braquage, un équilibre presque parfait des masses (53% du poids se trouve à l’arrière, un exploit quand on sait que le moteur se trouve devant), des sièges avant fermement enveloppants et un comportement à la «gentleman», qu’importe les modes sélectionnés, il y a toujours…

  • les puissantes et rugissantes accélérations;
  • la tenue de route trop solide (soyons honnête…) pour nous permettre d’amener la voiture à ses limites;
  • l’intense freinage 100-0km/h en un très court 34 mètres (merci, céramique de carbone!);
  • la direction est d’une séduisante légèreté, mais aussi d’une précision chirurgicale qui ne pardonne pas le faux mouvement, pas même le plus infime;
  • et une suspension arrière qui, même si elle a adopté l’architecture à bras multiples, une autre première chez Ferrari, retransmet sans vergogne la plus petite des aspérités troublant le bitume.

Ferrari un jour, Ferrari toujours…

Encore plus au nord, nous attendent les routes 166 puis 33, bordées par la chaîne de montagnes Caliente dont le grès est chauffé à blanc par le soleil depuis, dit-on, l’ère Jurassique.

En traversant la petite localité de Ventucopa, nous tombons sur…

… mais qu’est-ce donc cette étrange baraque, mi-dépanneur et mi-station-service, aux pompes à essence aussi archaïques que fonctionnelles?

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En fait de «dépanneur», nous avons plutôt affaire au marché principal – et familial – de la ferme Santa Barbara Pistachios.

S’y conjuguent en multiples saveurs les noix dites organiques et savamment cueillies à l’arrière, à même 420 acres d’arbres pistachiers: salées ou pas, assaisonnées d’un zest de citron ou d’une fumée Hickory, rôties à l’ail pressé ou intensément épicées de Habanero, l’un des piments les plus forts sur l’échelle de Scoville.

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La pistache est débarquée en Californie en 1854 – soit quelques années avant la construction de notre Cold Spring Tavern citée plus haut. Mais ce n’est que depuis l’embargo imposé en 1979 à l’Iran, alors le plus grand producteur mondial, qu’on a vraiment commencé à la cultiver dans l’État Doré.

La famille Zannon s’y consacre de père en fils et de mère (une ancienne ballerine de l’American Ballet Theatre de New York…) en fille depuis une vingtaine d’années.

Elle le fait en profitant d’un climat idéal, dit-elle, pour ce type d’agriculture: dans la vallée Cuyama, sise à près de 3000 pieds d’altitude, les nuits sont fraîches, mais les jours sont chauds et ensoleillés.

D’ailleurs, à l’heure Zénith, notre Ferrari California T affiche au point central de sa planche de bord, par le biais de sa nouvelle rondeur TPE (pour Turbo Performance Engineer), un beau 77 degrés Fahrenheit (25 degrés Celsius).

Autre chose que le charmant indicateur nous annonce, à chaque fois que le doigt l’effleure: les PSI de pression livrés par le turbo, de même que l’efficacité et la réponse de ce dernier, dans des pourcentages qui s’accroissent au fur et à mesure que le pied droit enfonce l’accélérateur.

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Sauf que… ne cherchez pas d’indicateur quant à la consommation en essence. Certes, l’instrumentation principale, devant les yeux du conducteur, livre les informations quand aux vitesses moyenne et de pointe, la distance parcourue et l’autonomie restante en carburant…

… mais rien pour renseigner quant à la gourmandise à la pompe. Tout au plus doit-on se fier à ces cotes officielles: 14,7L/100km en ville, 10,2L/100km sur autoroute et 13,1L/100km en combiné.

L’américaine EPA prend soin de préciser qu’il s’agit là d’un tiers plus de carburant versus la moyenne des véhicules commercialisés sur notre continent…

La route 33 nous attire encore plus loin, là où elle devient sinueuses à souhait alors qu’elle traverse le Parc national Los Padres.

Ah, cette forêt au beau milieu du désert: une merveille pour le regard, en ce jeune printemps où tout est encore (trop) gris par chez-nous.

Les 7700 kilomètres carrés d’aires protégées, depuis 80 ans maintenant, sont sillonnés par 2000 kilomètres de sentiers balisés et par 750 kilomètres de routes tortueuses, bifurqueuses, onduleuses au gré d’une altitude qui va jusqu’à toucher les 2697 mètres (8847 pieds).

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Surtout, le territoire est survolé par l’un ou l’autre des rares 225 condors californiens encore en liberté et qui y pavoisent leurs ailes sur 2,9 mètres – une envergure plus large que n’est longue la smart fortwo

Vous dites que c’est bien peu, 225 spécimens vivants de ces oiseaux parmi les plus grands du monde? Certes, mais c’est quand même 25 fois plus qu’il y a trois décennies, alors que l’on dénombrait moins d’une dizaine de représentants de cette race (toujours) en voie d’extinction.

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Pareille rareté trouve écho chez notre Ferrari California T.

Non pas que le modèle soit aussi exclusif que, par exemple, la Ferrari LaFerrari. Au contraire, le Bambino Rosso que nous pilotons est le bolide le plus vendu de l’actuelle gamme italienne, merci à sa production à bride abattue et à son étiquette moins solliciteuse de portefeuilles (à partir de 231 000$ canadiens).

Cela dit, le bolide est l’un des rares dans la Famiglia, avec la Ferrari FF sur le point de devenir la Ferrari GTC4 Lusso, disposé à accueillir quatre passagers.

Bon, quatre places, il faut le dire vite. Un 2+2, alors? Le constructeur hésite lui-même à parler d’un «+2», tellement les places arrière sont claustrophobiquement inhospitalières.

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Mais c’est bien là le seul et unique bémol – ça, et le fait que le toit craque démesurément au rythme des cahots – que l’on puisse reprocher à la Ferrari California T.

Et ce, même si de toute l’histoire automobile, le supercar Rosso figure parmi les plus «abordables» du genre. Quoique…

Consultez notre galerie pour admirer plus de photos de la Ferrari California lors de notre périple en Californie!