Colorado Springs, CO – Chaque année, des milliers d’amateurs d’adrénaline pure convergent vers l’un des sommets les plus élevés de l’État du Colorado, le Pikes Peak. Cette montagne reconnue pour son paysage à couper le souffle, mais surtout pour son autoroute sinueuse est également l’endroit où, depuis 92 ans, a lieu la deuxième plus ancienne course automobile en territoire américain, le Pikes Peak International Hill Climb.
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Le constructeur Mitsubishi avait convié quelques membres privilégiés de la presse – dont l’auteur de ces lignes – à venir vivre l’expérience Pikes Peak et à faire connaissance avec l’équipe impliquée dans cette aventure entièrement électrique. Voyez-vous, la division aux trois diamants est associée au PPIHC depuis des lustres, mais depuis trois ans, sa participation à l’événement en est une de type laboratoire.

Son bolide judicieusement baptisé MiEV Evolution III – cette année marquait le troisième anniversaire du projet – est muni de quatre moteurs-roues électriques, ce qui en fait une traction intégrale. Les développements apportés à la voiture ont d’ailleurs permis à Mitsubishi de monter sur les deux dernières marches du podium, n’étant devancée que par un seul concurrent, Romain Dumas, au volant de sa Norma M20 RD Limited propulsée par un moteur à essence.

Cette performance remarquable de la part du constructeur laisse présager de belles choses pour l’avenir de la technologie… du moins en sport motorisé à autonomie réduite.

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À notre arrivée dans la région, nous sommes descendus dans les artères de Colorado Springs, afin de jeter un coup d’œil aux écuries participantes à cette course d’une journée.

Un peu à la manière de la rue Crescent à Montréal durant le weekend du Grand Prix de F1, le centre-ville de cette municipalité se transforme en une énorme salle d’exposition pour les bolides, les équipages et les amateurs.

Baptisée simplement «Fan Fest», cette soirée est idéale pour rencontrer les pilotes et les mécaniciens. L’ambiance qui y règne est festive et les poignées de main sont nombreuses. C’est d’ailleurs la seule occasion de pouvoir «toucher» aux voitures et motos, car sur la piste, celles-ci défilent à vive allure.

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La veille du PPIHC, c’est-à-dire le samedi, la route rouvre à nouveau au public, le tracé étant fermé pendant quelques heures chaque jour de la semaine précédente, afin que les pilotes se familiarisent avec les 156 courbes (!) de cette ascension fulgurante.

Cette dernière journée avant la compétition est en quelque sorte l’ultime occasion pour les mécaniciens d’apporter les correctifs nécessaires aux véhicules.

En photos : Pikes Peak International Hill Climb 2014

Pendant que ceux-ci travaillaient d’arrache-pied à peaufiner le bolide, nous en profitons pour escalader ce trajet mythique, question de constater par nous-mêmes ce qu’est réellement le Pikes Peak Highway. Évidemment, notre Chevrolet Suburban de location n’avait rien d’une sportive élaborée pour battre le record de piste, tandis que le nombre de passagers à bord limitait notre marge de manœuvre. Mais même à basse vitesse, ce parcours s’avère sensationnel.

Bien entendu, les multiples courbes serrées au début sont suffisantes pour satisfaire n’importe quel passionné de conduite dynamique, mais il faut l’avouer, c’est lorsque la végétation disparaît que le spectacle prend un tournant indescriptible.

À cette hauteur, il n’y a plus d’arbres pour amortir les sorties de piste. Aux environs de «Heltmann’s Hill», les virages en épingle se font de plus en plus fréquents, mais ce qui impressionne le plus, c’est ce vide illustré par le ciel bleu et quelques nuages au bout de chaque courbe prononcée. C’est à couper le souffle.

Après le «Devil’s Playground» à 3895 mètres, un endroit réputé pour recevoir des éclairs pendant les orages (!), le tracé se fait moins sinueux, ce qui permet aux pilotes d’atteindre des vitesses plus importantes et ce, malgré une baisse de puissance engendrée par l’altitude dans le cas des mécaniques à explosion.

Puis, la dernière portion du parcours fait apparaître quelques congères de neige éternelle, preuve irréfutable que la température là-haut est un peu plus fraîche qu’en bas de la montagne.

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Une fois au sommet, le manque d’oxygène est l’élément qui frappe le plus. Une petite course à pied est suffisante pour s’essouffler, tandis que le vent ne se gêne pas pour signifier sa présence. Certains touristes courageux revêtent encore la tenue estivale, mais à vrai dire, il est préférable de se couvrir, voire de porter la tuque.

L’ascension au sommet en vaut-elle la peine, même au volant d’un gros VUS? Absolument. En fait, malgré la peur de tomber dans le vide à certains endroits, faute de barrières de sécurité, c’est réellement lorsque nous reprenons la route vers le bas que ça se corse.

Disons que les freins deviennent soudainement indispensables. Tellement qu’à mi-chemin, un inspecteur jette un coup d’œil aux disques de notre véhicule en calculant la température de ceux-ci. Il nous recommande d’arrêter quelques minutes, afin de refroidir notre système de freinage sollicité au maximum. Heureusement, notre retour à l’hôtel s’est ensuite effectué sans heurt.

Le clou de cette semaine Pikes Peak a lieu le dimanche. Pour accéder à la montagne, il faut toutefois accepter de se lever tôt. Les courageux qui veulent atteindre le sommet ou les différents lieux en altitude doivent obligatoirement quitter en direction de la montagne aux environs de 2h30am.

Imaginez: la course ne débute qu’à 8h00am!

Pour notre part, nous décidons plutôt de demeurer dans les puits, afin de prendre le pouls des écuries mais aussi obtenir les résultats en temps réel. Qui plus est, la température à 2862 mètres est définitivement plus clémente…

Quand même, nous devons partir vers 4h00am. Ce qui est plus surprenant à cette heure, c’est la circulation monstre rencontrée sur l’autoroute menant à la montagne. Juste pour accéder au site, une heure et demie supplémentaire dans le trafic est nécessaire, mais bon, ça fait partie de l’expérience, n’est-ce pas?

Dans les paddocks aménagés le long de la route, on peut sentir la frénésie des différentes équipes. Les mécanos s’affairent à chauffer les pneumatiques, à réviser les moteurs et autres composantes des bolides. Les amateurs commencent aussi à envahir les deux côtés de la piste, non loin de la ligne de départ. Certains sont des habitués: avec eux, ils trimballent une tente pour se protéger du soleil, une radio pour écouter les résultats et des breuvages de toutes sortes.

Après la parade d’ouverture mettant en vedette quelques véhicules antiques qui escaladent l’autoroute, les hostilités peuvent enfin débuter. Notez que chaque concurrent est envoyé à un intervalle régulier, afin de donner suffisamment d’espace à celui qui précède pour se rendre au sommet, tout en gardant un flot constant pour les spectateurs.

Si un incident sur la piste empêche ceux qui suivent, ces derniers sont autorisés à recommencer du départ.
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Ce sont les motocyclettes qui ouvrent le bal. Malgré mon inexpérience sur deux roues, je peux vous affirmer que ces virtuoses du pilotage en mettent plein la vue aux spectateurs présents. Aborder un circuit exigeant à une vitesse aussi folle sur une moto qui touche à peine au bitume est un exploit qui relève de l’extraordinaire.

La classe des «deux-roues» regroupe plusieurs sous-catégories (250, électriques, légères, intermédiaires, illimitées, antiques, etc.), mais toutes sont excitantes à regarder à quelques pas de la piste seulement.

Puis, c’est au tour des voitures d’escalader le Pikes Peak. Au même titre que les motocyclettes, ce sont les plus rapides en qualifications qui s’élancent en premier. Le Français Romain Dumas, un habitué du PPIHC, aborde donc le circuit en première position, son temps de qualification lui donnant ce privilège.

Par la suite, les deux Mitsubishi MiEV Evolution III essaient de retrancher quelques secondes à leur temps, dans le but d’enlever le titre au pilote français. Malheureusement, la technologie électrique n’a pas eu le dessus encore cette année, les deux voitures rouges complétant le podium. Le mythique pilote Nobuhiro «Monster» Tajima, neuf fois champion du PPIHC, s’élance quant à lui après les deux Mitsubishi, mais un bris de transpondeur ne lui permet pas d’enregistrer un temps final.

Les bolides se succèdent ainsi tout au long de la journée, les modèles et les mécaniques étant toutes bien différentes les unes des autres. La catégorie Unlimited est bien entendu celle qui suscite le plus de réactions, avec ces ailerons surdimensionnés installés aux deux extrémités de la voiture, mais certains autres véhicules captivent également les amateurs, dont celui qui tient le clavier en ce moment.

Ce qui est fascinant, avec le PPIHC, ce sont les techniques utilisées pour aborder la piste. Tous les moyens sont bons, tant qu’ils respectent les règles de sécurité. Qu’il s’agisse d’implanter un V8 dans le compartiment moteur d’une Porsche 914 ou d’ajouter deux turbocompresseurs à une mécanique déjà vitaminée, les participants n’hésitent pas à se surpasser pour atteindre le sommet. Une chose est sûre, le spectacle en vaut la chandelle.

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Malheureusement, cette 92e édition du PPIHC a coûté la vie à un motocycliste qui en était à sa deuxième présence à la course. Bobby Goodin, 54 ans, aux commandes de sa Triumph Daytona 675R 2014, a terminé le parcours, mais a perdu le contrôle de sa monture au-delà de la ligne d’arrivée. Malgré plusieurs tentatives de le réanimer et un transport héliporté vers l’hôpital, le Texan n’est jamais revenu à lui.

Cette course, aussi mythique soit-elle, comporte d’énormes risques, dont le plus fatal de tous. Malgré ce tragique événement, le Pikes Peak International Hill Climb va continuer d’accueillir des milliers d’amateurs et des centaines de compétiteurs pendant de nombreuses années encore. C’est que l’être humain voudra toujours repousser les limites – et cette montagne est un endroit parfait pour le faire.

  • Pas plus de 1300 véhicules sont autorisés à monter plus haut que la ligne de départ le dimanche, les espaces de stationnement étant limités;
  • Les organisateurs vendent seulement 4000 billets pour la journée;
  • Les organisateurs ne peuvent garantir que les endroits prescrits pour observer sont sécuritaires. À vos risques et périls!
  • Aucun animal domestique n’est autorisé sur le site;
  • Il est interdit de conduire un véhicule hors route pendant la course (motocross, VTT, bicyclette de montagne même, etc.);
  • Quelque 130 pilotes ont participé à l’édition 2014;
  • Deux équipes canadiennes ont pris part à la compétition en 2014;
  • Et deux femmes participaient à la compétition cette année.

En photos : Pikes Peak International Hill Climb 2014

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