Au début du mois, je vous jasais du SeaLander de conception et de fabrication allemandes, alors que la planète Internet au grand complet s’enflammait pour cette roulotte qui flotte – ou ce bateau électrique qui roule, à vous le choix.

D’ailleurs, relisez ici notre reportage afin de découvrir comment le créateur Daniel Straub, un designer industriel de la ville portuaire Kiel et âgé dans la mi-trentaine, a voulu créer à la fois le parfait bateau de pirate et le tipi idéal pour son jeune garçon.

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Je vous disais alors que la drôle de bibitte venait tout juste d’obtenir sa certification pour une distribution et des ventes au Canada (depuis, elle a aussi obtenu son homologation américaine).

Ce que je ne vous disais pas, cependant, parce que la chose n’était pas encore confirmée, c’est que le seul et unique exemplaire de ce SeaLander à se balader en Amérique se cachait… dans un garage du Plateau Mont-Royal.

Et vous savez quoi? Son propriétaire, Michel Foti, a généreusement accepté de nous le prêter le temps d’une fin de semaine, afin que nous puissions l’essayer sous toutes ses coutures – lire: sur ses nombreux terrains de prédilection.

Si l’expérience devait être résumée en trois mots? La journaliste automobile de près de deux décennies que je suis, et qui a donc arrêté depuis longtemps de vouloir systématiquement acquérir toutes les voitures qu’elle essaie, vous dira:

… J’en veux un.

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Samedi après-midi, événement de marque dans mon petit bled des Laurentides, autour de «mon» lac où sont interdites les embarcations motorisées à l’essence: le SeaLander y fait son arrivée, tiré par… une MINI Cooper.

Pas même la MINI Cooper S et son moteur turbo, non non: la MINI Cooper toute de base, une version de la première génération, qui plus est. C’est dire qu’avec ses petits 486 kilos, l’Atterriseur des mers peut être remorqué même par la plus compacte des voitures.

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Premières impressions: non seulement ce pod monocoque sur deux roues est aussi joli en chair et en fibre de verre que sur les photos montrées dans Internet, mais ses qualités de fabrication et de finition sont celles que savent reconnaître les marins.

Le blanc lustré qui court jusque dans la cabine est découpé de boiseries Sapele, à la chaude teinte qui se rapproche de l’Acajou. De l’acier inoxydable brille à l’évier et au brûleur – parce que oui, le SeaLander peut être livré avec une mini-kitchenette misant sur un réservoir de 13 litres d’eau fraîche, une glacière électrique et… un BBQ.

La liste des options comprend même la toilette portable et la douche rétractable extérieure, ce dont n’est cependant pas nantie notre version d’essai.

Celle-ci propose tout de même le coin-cuisine avec sa table de simili-teck et ses assises en cuir synthétique pouvant accueillir quatre personnes. (Nous avons passé outre la recommandation pour en asseoir six… et même que les banquettes auraient pu en asseoir chacune une de plus.)

Une fois le soir venu, le tout se transforme en double couchette, non seulement très confortable, mais aussi large qu’un lit Queen.

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Aux larges fenêtres latérales qui laissent tout voir du bâbord et du tribord, s’annexe un grand hayon dont l’ouverture vers le haut, facilitée par des cylindres à compression, constitue une protection idéale par temps de pluie.

Le soleil brille de tous ses feux? La presque entièreté du toit de polyester renforcé se déroule, pour découvrir 3,5 mètres de plein air. Même lorsque la toile est rabattue et solidement fixée à la coque par des boutons-pression, les adultes de taille normale peuvent se déplacer dans la partie avant sans devoir courber l’échine.

Ajoutez l’éclairage d’ambiance aux teintes kitsch modulables par télécommande, le système audio qui s’appareille à votre Spotify grâce à Bluetooth, les cabinets disséminés jusque dans les raccoins, question d’héberger tout le nécessaire au périple…

… et voilà que la bibitte mutante, malgré ses dimensions pas plus larges et à peine deux fois plus longues que pour une smart fortwo, comble autant les nomades de la terre que ceux de la mer.

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Arrivé jusqu’à nous par voie terrestre, le SeaLander a vite trouvé le chemin nautique, devant les oh! et les ah! de tous ceux qui se trouvent à proximité de la débarcadère. On ne voit pas ça tous les jours, une caravane qui brave le rivage…

En deux temps et trois mouvements, la MINI pousse le SeaLander sur l’eau, avant de s’en laisser détacher. Puis, le moteur électrique («de six forces, mais un trois forces aurait suffi,» clame son propriétaire Michel Foti) quitte son abri dessous l’une des banquettes et s’installe en position de propulsion.

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Et… hop! moins d’une minute plus tard, ça flotte – allègrement, s’il vous plaît.

La grande surprise est, justement, dans cette facilité d’utilisation. De fait, il y a des voitures beaucoup moins plug and play à apprivoiser que ce pod amphibie. Mon âme de non-navigatrice a vite fait de démystifier la barre, pendant que mon pied très peu marin apprécie la stabilité de la balade.

Bon, il est vrai que pas un frisson ne trouble la surface de l’eau. Mais Michel Foti m’assure que sur le Lac Champlain ou sur la Rivière-des-Mille-Îles, «entre la route 117 et l’autoroute 15, notre plus grand coup de coeur!», le SeaLander peut affronter des vagues hautes jusqu’à deux pieds.

Je veux bien le croire.

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Après un week-end dans cet exclusif bateau-campeur, de jour comme de nuit, par beau temps le samedi mais aussi lorsque les vannes du ciel se sont ouvertes sur des trombes de pluie le dimanche, je n’ai toujours pas réussi à déterminer ce qui est le plus cool:

  • Voir une roulotte se mettre à flotter, ses roues de 13 pouces garnies de belles jantes disparaissant à moitié dans l’eau?
  • La faire naviguer d’un simple coup de barre, merci au moteur électrique alimenté par des batteries profitant d’au moins cinq heures d’autonomie?
  • S’évacher au soleil sur le pont, les deux pieds pendants à l’eau et, lorsqu’il fait trop chaud, déployer l’échelle télescopique pour descendre vers la baignade – et facilement en remonter?
  • Le fait de dormir (très confortables, ces panneaux de banquette!) sous le ciel étoilé, alors que l’ondée clapote sur la coque?
  • Savoir que lorsque la fibre nomade reviendra, on n’aura qu’à guider le SeaLander vers la terre ferme, l’atteler à peu près à n’importe quel véhicule et simplement rouler vers l’ailleurs?

Un peu tout ça, pour tout dire.

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Si vous êtes comme moi, vous aimez les anecdotes juteuses. En voici une qui explique la présence du SeaLander en sol québécois.

Michel Foti, designer industriel de métier et plaisancier à loisir, a découvert cette remorque-bateau l’an dernier, lors d’un voyage d’affaire en Allemagne. Il en est suffisamment tombé amoureux pour acheter – malgré une étiquette d’un peu plus de 15 000 Euros et le coût du transport – et ramener un exemplaire à Montréal.

Sauf qu’une fois «son» SeaLander aux portes canadiennes, les douaniers l’ont interrogé: s’agit-il d’un véhicule destiné à un usage terrestre ou à la navigation?

Lorsque M. Foti répond: «Eh bien… les deux!», la boîte de Pandore s’ouvre. Non mais, comment immatriculer la chose: d’un NIV pour la route ou d’un NBH pour les flots? Dans l’indécision, on lui a accordé le statut temporaire – pour douze mois – de prototype. Et la SAAQ de lui octroyer sa vignette de conformité.

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Il aura fallu tout ce temps de tractations, de présentations, d’officialisations et autres paperasserie du genre pour que ce qui est entré au pays en septembre dernier en tant que prototype (et qui devait en ressortir ce lundi, l’échéance accordée par Transports Canada étant échue) ait mené à l’homologation des modèles 2016 du SeaLander.

Justement: devenu, dans la foulée, le distributeur officiel du SeaLander pour tout notre continent, M. Foti compte prochainement en faire venir six unités d’Allemagne, équipées au gré de la demande. (L’usine qui les fabrique à Kiel, en bordure de la Mer Baltique, peut en produire une soixantaine par année.)

Vous êtes intéressés? Sachez que le prix de départ, à 27 250$ canadiens, ne vous offre que la coque étanche qui roule. Vous voulez rajouter le groupe électrique (2425$), l’ensemble «living» pour l’habitacle (2275$), le kit de marin (685$), voire les moustiquaires de protection (485$), ces derniers étant, croyez-nous, des indispensables pour dormir toutes portières ouvertes?

Vous voguerez allègrement vers les 39 000$ canadiens. Plus taxes.

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Tous les gens à qui j’ai déclamé pareil prix ont déclaré la facture trop dispendieuse, jetant définitivement l’ancre sur le beau rêve qui avait commencé à germer. Et j’étais du même avis… avant d’expérimenter la chose.

Mais maintenant que le petit bidule amphibie n’est plus arrimé à mon quai – il a pris la direction de la Floride, où il doit définitivement s’installer – je me dis que combiner le coût d’acquisition d’une roulotte et d’un bateau reviendrait passablement au même.

Et alors, il me faudrait faire un choix: la terre ou la mer? Au lieu de quoi, le SeaLander me permet la réelle liberté du nowhere, en toute autonomie, sans me soucier de dénicher un terrain de camping en haute saison touristique, me laissant accès même aux cours d’eau où les embarcations motorisées sont interdites.

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Le SeaLander s’est avéré non seulement d’une grande polyvalence, mais aussi d’une telle simplicité à transformer et à manoeuvrer (même pour la fausse blonde que je suis!) que pas un autre équipement récréatif ne lui arrive à la cheville.

Certes, mon compte de banque continue de m’indiquer qu’il n’a pas les presque 40 000$ demandés. Mais peut-être qu’en cette ère d’économie de partage, il y aura des tripeux plus en moyens pour se le procurer et ensuite l’annoncer sur Airbnb.

Peut-être même que la division BPR de Bombardier aura l’oeil sur cette embarcation de plaisance à propulsion «verte». Imaginez si le SeaLander était assemblé en sol québécois, combien on pourrait réduire autant les coûts de production que ceux de transport…

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